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Réformes décevantes ailleurs au pays

L’abolition ou la fusion de commissions scolaires n’a fait que réduire le pouvoir des parents

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L’abolition ou la fusion de commissions scolaires dans plusieurs autres provinces du Canada n’a fait que réduire le pouvoir des parents et augmenterait la bureaucratie.  

« Si j’étais un parent au Québec en ce moment, je serais très inquiet », dit Paul MacNeill, éditeur du site d’information Island Press, à l’Île-du-Prince-Édouard.  

Les élus scolaires du Québec ont vu la fin de leur mandat la fin de semaine dernière avec l’adoption du projet de loi qui transformera les commissions scolaires en centres de service.  

Selon le ministre Jean-François Roberge, ce changement devrait permettre d’économiser et de donner plus de pouvoirs aux écoles et aux parents.  

Promesses non tenues 

Or, des réformes semblables dans d’autres provinces canadiennes n’ont pas tenu leurs promesses, selon plusieurs observateurs interrogés.  

« Je ne connais aucune fusion ou abolition de commissions scolaires au Canada qui a permis d’économiser de l’argent », dit John Wiens, ancien doyen de la Faculté d’éducation de l’Université du Manitoba.  

Par exemple, dans sa province, une fusion des conseils scolaires au début des années 2000 a plutôt entraîné une hausse du salaire des administrateurs.  

L’Île-du-Prince-Édouard est même en train de planifier le retour des conseils élus pour l’automne prochain.  

Tout a commencé il y a une dizaine d’années, quand la relation entre les établissements de l’est de la province et Charlottetown a viré au bras de fer.  

En quelques années, les conseils scolaires anglophones ont été mis sous tutelle, puis dissous. À partir de là, toutes les décisions sont venues « d’en haut », et de nombreux parents sont devenus frustrés, dit-il.   

En Nouvelle-Écosse, voilà maintenant un an et demi que les écoles anglophones n’ont plus d’élus. Avant la réforme, le ministre de l’Éducation avait assuré que les parents pourraient le joindre sur son téléphone s’ils avaient des problèmes.  

« On a tous essayé d’appeler à ce numéro. Ils ont juste arrêté de répondre. C’en est presque comique », raconte Stacey Rudderham, une mère de Fall River, en banlieue de Halifax.  

« Politburo » 

Paul Bennett, analyste et consultant en éducation à Halifax, n’est pas un grand défendeur du modèle actuel des commissions scolaires. 

Mais même lui est très critique de la façon dont les choses se sont passées en Nouvelle-Écosse.  

« Tout est exactement comme avant. Sauf que les directeurs des [centres régionaux] n’ont plus personne pour les contredire. » 

Un comité consultatif a été créé pour pallier cet inconvénient, mais tous ses membres ont été nommés, et non élus. Le manque de transparence est si grand que leurs procès-verbaux sont dignes du « Politburo russe », ironise-t-il.  

Reste que « les conseils scolaires ne faisaient pas grand-chose de toute façon », abonde Robert Bérard, professeur à l’université Mount Saint Vincent, à Halifax.  

Pour les sujets qui préoccupaient les citoyens ordinaires, les décisions étaient déjà prises au niveau provincial, dit-il. 

Un peu partout au Canada, un fort vent de centralisation souffle sur les écoles.  

Différences québécoises 

Le système québécois se distingue toutefois sur plusieurs plans.  

Presque partout ailleurs, les élections scolaires se tiennent en même temps que les élections municipales, note M. Bennett. Cela favorise donc une participation plus grande que le taux anémique de 5 % dans les commissions francophones du Québec. 

De plus, nos écoles ont déjà une certaine autonomie grâce aux conseils d’établissement locaux. Pour M. Bennett, la réforme qui s’en vient est donc une opportunité d’augmenter le pouvoir des écoles.  

« Mais ces [parents élus] doivent être formés et la participation du public, encouragée. » 

Le nombre d’élèves dans les provinces maritimes est beaucoup plus petit qu’au Québec. L’île de Montréal à elle seule compte plus de 300 écoles de langue française, alors que l’Île-du-Prince-Édouard compte une soixantaine d’écoles publiques au total. 

Où ça bouge au canada 

Manitoba  

  • Enquête en cours. 
  • Une commission d’examen devrait rendre public le mois prochain un rapport qui portera notamment sur le nombre de commissions scolaires.  

Île-du-Prince-Édouard  

  • Sous tutelle en 2012. 
  • Abolies en 2015. 
  • Devraient être rétablies en 2020.  

Québec 

  • Abolies la semaine dernière.* 

*Ce sont en général les commissions de langue anglaise qui ont été dissoutes ailleurs au Canada, contrairement au Québec, où ce sont les françaises qui sont en jeu. 

Nouveau- Brunswick  

  • Abolies en 1996. 
  • Rétablies en 2001.  

Nouvelle- Écosse   

  • Abolies en 2018.