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Des éducatrices incapables de se libérer de leur syndicat

Elles disent y avoir adhéré contre leur gré

Garderie Angelus
Photo Pierre-Paul Poulin «Nous avons l’impression d’être au centre d’une guerre entre le TUAC et la CSN, qui ont déjà le mandat dans plusieurs garderies», soutient Cynthia Dupont, éducatrice spécialisée à la garderie L’Angelus, qui agit comme porte-parole des employées.

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Des éducatrices sont incapables de se libérer du syndicat auquel elles disent avoir adhéré contre leur gré.  

L’atmosphère s’est dégradée, depuis deux ans et demi, dans deux garderies privées de la petite municipalité de Marieville, située à 40 kilomètres de Montréal.   

En septembre 2017, le syndicat des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) s’est lancé dans une intense campagne de recrutement auprès des employées de L’Angelus et de L’Ange Rumiel.   

L’approche privilégiée par les représentants syndicaux, qui se sont pointés au domicile des intervenantes en petite enfance la fin de semaine, en a choqué plusieurs.   

«Ça m’a dérangée», raconte Valérie Ouellet qui est éducatrice dans cette garderie depuis quatre ans. Sa collègue Vanessa Paquet reconnaît avoir cédé. «C’était sous pression, à mon domicile. Quand j’ai refusé, ils ont continué à mettre la pression jusqu’à tant que je me sente obligée», se remémore-t-elle.   

Les éducatrices déplorent également une attitude «condescendante» de la part du syndicat à leur endroit. «[Le représentant] nous appelait les préposées, c’était un peu insultant», signale Cynthia Dupont, éducatrice spécialisée à la garderie L’Angelus et porte-parole des employées.   

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Cynthia Dupont avec Richard Martineau à QUB Radio :

«Naïves»  

Le processus de syndicalisation a suivi son cours, mais il traîne en longueur. Les employées n’ont toujours pas de convention collective, même si elles paient des cotisations syndicales depuis octobre 2018.   

«On a été vraiment naïves. Ça a pris du temps avant qu’on comprenne le jeu du syndicat; un coup qu’on s’est réveillées, on n’a plus confiance en le TUAC», souligne Mme Dupont.    

En octobre dernier, 29 des 35 éducatrices que comptent les garderies ont déposé une demande de révocation de l’accréditation syndicale. Seul hic, dans les jours précédant le dépôt, un arbitre a été nommé, à la demande du syndicat. Les éducatrices ne croient pas au hasard. Désormais en arbitrage, et le litige entre les mains du ministère du Travail, les employées n’ont plus de recours.   

«Nous avons l’impression d’être au centre d’une guerre entre le TUAC et la CSN, qui ont déjà le mandat dans plusieurs garderies», insiste Cynthia Dupont.    

Multiples recours  

Ce sont les multiples recours juridiques de l’employeur qui expliquent les délais, soutient le TUAC. «L’employeur a pris tous les recours qu’il a pu; disons qu’il a les poches probablement aussi creuses qu’un [employeur de la taille d’une entreprise comme] Cascade, on n’a jamais vu ça», soutient la relationniste Roxanne Larouche.   

 «À partir du moment où nous, on est appelés, que des gens veulent se syndiquer, c’est rarement parce que ça se passe bien dans une entreprise», ajoute-t-elle.  

Mme Larouche précise qu’une demande de «désyndicalisation» avait d’ailleurs été accueillie par le tribunal en début de processus. Des dates d’audiences ont été fixées, mais «les éducatrices se sont désistées», insiste Mme Larouche.  

L’éducatrice Cynthia Dupont admet qu’à cette époque, elles avaient abandonné leurs démarches. «On s’était laissées convaincre de leur donner une autre chance, et parce que ça coûtait vraiment cher de se défendre. Aujourd’hui, on le regrette vraiment», dit-elle.  

«Une excellente relation»  

Propriétaire de L’Ange Rumiel et de L’Angelus, Renée Houle assure qu’elle a une «excellente relation» avec ses employées et qu'elle les soutient dans leurs démarches. Si elle a contesté l’accréditation syndicale, c’est parce que ses deux garderies, qui sont situées dans le même bâtiment, sont totalement différentes.   

L’une offre des places subventionnées par l’État et l’autre n’est financée que par la contribution des parents. «On n’a pas les mêmes revenus du tout», plaide Mme Houle, laquelle précise que les conditions salariales ne sont conséquemment pas les mêmes dans les deux services de garde.