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Le lien Legault-Labeaume

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Bien malin celui qui aurait pu deviner que le troisième lien, objet de contentieux entre Régis Labeaume et François Legault, puisse finalement être à l’origine d’un important réchauffement dans les relations entre les deux politiciens. 

Ce n’est un secret pour personne qui s’intéresse le moindrement à la politique à Québec : les relations étaient au plus froid entre le maire de Québec et le chef caquiste François Legault, et ce, depuis des années. 

En 2014, François Legault s’était empressé d’annoncer ses couleurs face à un ensemble de projets chers à Régis Labeaume. Se faisant le porte-parole de la «révolte du contribuable», il ne voulait alors ni d’un centre de glaces, ni du théâtre le Diamant de Robert Lepage, ni d’un tramway, et ne voulait pas injecter un sou dans les Nouvelles-Casernes. 

«Mon interlocuteur, ce n’est pas Régis Labeaume, ce sont les citoyens de Québec», avait lancé le chef caquiste lorsqu’il avait dévoilé son programme pour Québec, lors de la campagne de 2014. Cette attitude mettait M. Labeaume en rogne, lui qui n’avait pas l’habitude de se voir contredire par un gouvernement libéral, de la part de qui il bénéficiait d’une oreille des plus attentives. 

Mais il fallait voir MM. Legault et Labeaume, la semaine dernière, pour constater à quel point les rapports se sont réchauffés depuis. Bien qu’ils se soient montrés courtois à chaque sortie commune, jamais les deux élus n’avaient paru comme larrons en foire, comme ce fut le cas jeudi à l’Assemblée nationale. 

Pas franchis  

Certes, des pas avaient été franchis depuis 2018. D’abord, avant sa grande victoire, M. Legault avait posé un geste des plus significatifs pour le développement de la région de Québec en appuyant le projet de Réseau structurant de transport en commun (RSTC). M. Legault avait ainsi démontré qu’il avait bel et bien l’envergure d’un premier ministre, en ce que le bien commun devait primer sur les intérêts de quelques députés au sein de son parti. 

Ce projet permettra à la région non seulement de se développer et de devenir plus attractive, mais aussi de rattraper un retard majeur en matière de services de transport en commun. À l’image des autres grandes villes comparables ailleurs au Canada, Québec ne mérite pas moins. Puis, le maire et le premier ministre s’étaient montrés courtois lors de leur première rencontre pour discuter des dossiers régionaux, en novembre 2018, tout juste après l’élection. Une trêve avait de toute évidence été déclarée. Le maire s’engageait à se taire concernant le troisième lien, en échange du financement du RSTC. 

Un pas de géant 

Mais le véritable ciment a pris il y a deux semaines. M. Legault a en effet franchi un pas de géant en donnant l’aval à l’abandon du projet farfelu d’un troisième lien à l’est pour le déplacer plus au centre et, surtout, pour l’arrimer au RSTC. Incapable de faire valoir adéquatement un projet pourtant très prometteur, le maire paraît beaucoup plus léger depuis que le gouvernement a ainsi volé à son secours. On dit qu’il ne faut jamais rien tenir pour acquis, en matière de relations, de quelque nature qu'elles soient. Mais c’est certainement de bon augure pour la région de Québec.