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Les nouvelles menaces de la Turquie

TURKEY-POLITICS
Photo AFP Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un rassemblement à Ankara mercredi.

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Ils ont chassé le dictateur Bachar al-Assad. Ensuite, ils ont été envahis par l’État islamique. Ils ont chassé l’État islamique. À présent, ils sont menacés par le retour de Bachar al-Assad et par les ambitions territoriales des Turcs.

Je parle des habitants de la région d’Idlib, au nord-est de la Syrie. Vous pensez que cette région est loin de nos préoccupations ? Détrompez-vous. 

La Turquie menace d’attaquer la Russie et la Syrie, si Bachar al-Assad persiste à reconquérir cette partie de la Syrie. La Turquie pourrait demander à ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, de lui venir en aide. Le Canada pourrait accepter.

Par ailleurs, les avancées militaires de la Turquie et de l’armée syrienne ont fait en quelques semaines un million de nouveaux réfugiés qui pourraient solliciter asile en Europe ou ailleurs, donc chez nous.

Pas rationnel

D’un point de vue rationnel, cette nouvelle phase de la guerre en Syrie est absurde.

La Turquie n’a pas besoin d’une zone tampon taillée à même le territoire syrien dans la région d’Idlib. 

Le gouvernement syrien pourrait très bien négocier des conditions de paix avec les forces d’opposition qui tiennent Idlib et sa région.

Mais non.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est obsédé par sa haine des Kurdes et par son rêve de reconstruire l’Empire ottoman. Il est soutenu par un puissant mouvement nationaliste turc.

Le président syrien est aveuglé par son désir de vengeance contre les populations qui ont rejeté sa dictature.

Désavantage turc

Sauf que la situation militaire sur le terrain est en train de tourner au désavantage des Turcs. Leurs soldats sont presque encerclés par les troupes syriennes. 

Dans les circonstances, Erdogan s’est lancé dans une série de vociférations internationales contre la Syrie et contre les Russes, alliés à la Syrie.

Il n’est pas sûr qu’Erdogan survivrait politiquement à une défaite militaire en Syrie. C’est ce qui rend sa réaction imprévisible et dangereuse.

Avec philosophie et sans perdre de vue leurs intérêts économiques, les Russes ont rétorqué que la Russie et la Turquie avaient parfois des différends sur certains problèmes, mais que la vente de missiles russes à la Turquie pouvait continuer.

Erdogan pourrait lancer une riposte militaire de grande envergure, mais qui le suivrait ? Il a beaucoup endommagé les relations entre la Turquie et les autres pays de l’OTAN. Il est vrai que sa relation avec Donald Trump est excellente et que les alliés des Américains pourraient malgré tout décider de le soutenir.

Responsabilité américaine

Rien de ceci ne serait arrivé si Trump n’avait pas trahi les Kurdes en retirant les soldats américains de la région. Les Turcs n’auraient probablement pas envahi une partie des zones syriennes tenues par les Kurdes et ces zones ne seraient probablement pas non plus attaquées par l’armée syrienne.

Nous voyons ainsi tranquillement émerger les résultats concrets du désengagement américain dans le monde. Ce désengagement permet à des puissances moyennes de tenter de conquérir ou de reconquérir de nouveaux territoires. 

Ce faisant, le monde devient plus dangereux. Les Américains et leurs alliés risquent d’être appelés à la rescousse dans des conflits qui sans retrait américain, n’auraient pas existé.