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L’immense casse-tête de la rémunération des médecins

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Le gouvernement Legault est en négociations avec les médecins omnipraticiens. Deux questions d’importance ressortent de ce processus. D’abord le gouvernement voudrait adopter la formule par capitation, qui rémunère les médecins en fonction du nombre de patients pris en charge.  

Par ailleurs, le gouvernement veut imposer des pénalités aux médecins qui prendraient moins de patients les soirs et les fins de semaine.   

  • Écoutez l'entrevue de Jean-Denis Garon à QUB Radio avec Jonathan Trudeau:

Les propositions du gouvernement amélioreront-elles l’accès à un médecin de famille ? Pas évident !  

Une classe privilégiée 

Sans surprise, les médecins n’aiment pas qu’on veuille pénaliser ceux qui travaillent moins les soirs et les week-ends. Ils travaillent déjà beaucoup, ont d’importantes responsabilités, on en convient.  

Cela dit, des nuances s’imposent. Selon Revenu Québec, en 2007, 93 % des contribuables québécois gagnaient moins de 100 000 $. Les médecins, eux, faisaient à peu près tous partie des 7 % les mieux rémunérés.  

Selon les données colligées par l’Institut du Québec, les honoraires moyens des généralistes sont de 344 214 $ pour l’année 2017 en équivalent temps plein. On comprend qu’ils ont des frais de fonctionnement, mais tout bien considéré, cela fait d’eux les professionnels les mieux payés au Québec.  

Soirs et fins de semaine  

Le Québec compte plusieurs professionnels qui gagnent très bien leur vie et qui gagnent des salaires dans les six chiffres. Pensons aux pharmaciens, comptables agréés, avocats de grands cabinets, entrepreneurs et sous-ministres de ce monde.  

L’ensemble de ces professionnels travaillent d’incalculables heures de travail, cumulées les matins, soirs et les fins de semaine. Je ne sais pas s’il s’agit d’une situation saine, mais elle est tout à fait normale à ces niveaux de rémunération.  

Dans une étude toute récente, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) vient de publier une étude montrant que 76 % des entrepreneurs travaillent plus d’heures pour compenser la pénurie de main-d’œuvre...  

N’oublions pas que les médecins de famille sont des prestataires de services. Il va de soi que les patients peuvent les rencontrer hors des heures de travail. On ne devrait pas systématiquement avoir à annuler des demi-journées de travail pour une consultation.  

Cela dit, il y a un mauvais côté à ces pénalités. Elles pourraient rappeler à certains médecins la valeur de leur temps libre et les inciter à réduire leurs heures de travail ! Pourquoi faire tant pour si peu ?  

Rémunération par capitation 

Il est bien établi que la rémunération à l’acte s’accompagne de mauvais incitatifs et qu’elle gonfle la facture des contribuables. Ce débat fait d’ailleurs rage dans presque tous les pays développés.  

Reste à savoir si une approche basée entièrement sur le nombre de patients pris en charge fonctionnera mieux. Ce n’est pas parce qu’on a plus de patients sur papier qu’on s’en occupe mieux !  

En Ontario, il semble que la solution préconisée par le gouvernement Legault n’a pas tout réglé les problèmes. Si l’accès à un médecin de famille s’est amélioré, le temps d’attente pour une consultation, lui, s’est allongé. Ce qui nous ramène à la base : il faut former plus de médecins.