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Saleté américaine

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Il y a vraiment des choses qui se passent en ce moment aux États-Unis qui donnent froid dans le dos. Et non, ça ne concerne pas le gars avec les cheveux orange.  

Imaginez qu’en 2020, dans une démocratie occidentale, on a dû annuler la tournée d’une auteure parce qu’on avait peur pour sa sécurité, les libraires ayant reçu des menaces de violence.  

Ce n’est pas une fatwa, mais ça produit le même résultat : on terrorise un auteur et tout un milieu. On vit vraiment une époque délirante.  

TOURNER LA PAGE  

Le livre s’intitule American Dirt (Saleté américaine). Il est écrit par Jeanine Cummins. Ce roman, dont les droits pour une adaptation au cinéma ont déjà été vendus, raconte l’histoire d’une Mexicaine qui fuit son pays avec son fils de huit ans. Le problème, c’est que Mme Cummins n’est pas plus mexicaine que moi je suis guatémaltèque.  

Ouain pis, me direz-vous ? Mais c’est sans compter sur le climat de censure qui souffle en ce moment sur l’Amérique.  

Salma Hayek, qui s’était fait photographier avec le livre dans les mains, a dû s’excuser par la suite. Un groupe de 90 auteurs a écrit à la célébrissime Oprah Winfrey pour lui demander de retirer American Dirt de son fameux Book Club.  

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En fait, Cummins a une grand-mère qui est portoricaine, mais pour la foule en colère, elle n’a pas assez de sang latino-américain dans les veines pour se permettre d’écrire sur une femme latino-américaine.  

Flatiron Books, la maison qui publie le livre, a écrit : « Jeanine Cummins a passé cinq ans de sa vie à écrire ce livre, avec l’intention de braquer les projecteurs sur les tragédies que vivent les immigrants.  

Pour cette raison, il est dommage qu’elle soit la cible de tant de haine émanant précisément des communautés qu’elle cherche à honorer.  

Nous sommes tristes qu’une œuvre de fiction qui avait de si bonnes intentions ait mené à une telle rancœur vitriolique. »  

À cause des menaces visant les libraires et l’auteure, Flatiron a annulé la tournée de Cummins.  

Pouvez-vous croire qu’une auteure latina a dénoncé le fait que la maison d’édition parle de « menaces violentes » parce que, disait-elle, c’est exactement le genre de vocabulaire que Trump associe aux migrants mexicains ? Misère, un éditeur n’a même pas le droit de dénoncer la violence dont il est la cible ?  

Certains militants reprochent à Cummins de recevoir beaucoup d’attention alors que la plupart des auteurs latinos sont supposément victimes d’invisibilité.  

Cet argument me semble plutôt faible, si on tient compte de la fulgurante popularité de livres d’Isabel Allende ou de Zoe Valdés. Au fil des ans, on a décerné le prix Nobel de littérature à Octavio Paz, Gabriel Garcia Marquez, Pablo Neruda, Miguel Angel Asturias et Gabriela Mistral.  

QUÉ PASA ?  

Si Cummins réussit à bouleverser ses lecteurs en leur racontant l’odyssée d’une migrante, n’est-ce pas ce qui importe ? La force d’un artiste, c’est justement sa capacité à se mettre dans la peau d’un autre, pour montrer la part d’humanité qui nous habite tous.  

Si on suit cette règle tordue : « Seuls les membres du groupe X peuvent parler du groupe X », Podz n’aurait pas le droit de faire Mafia Inc. parce qu’il n’est pas... italien.   

 

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