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Départ controversé du greffier de L’Ancienne-Lorette

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Le greffier de la Ville de L’Ancienne-Lorette a quitté ses fonctions dans la controverse, mardi. Le maire Émile Loranger assure que le divorce s’est fait à l’amiable mais des conseillers de l’opposition soupçonnent un «congédiement déguisé».

Me Claude Deschênes était à l’emploi de la municipalité depuis qu’elle a été reconstituée, au milieu des années 2000. Il agissait aussi depuis plusieurs mois comme une «courroie de transmission» avec la Commission municipale du Québec qui mène présentement au moins deux enquêtes sur les agissements du maire Loranger, souligne le conseiller indépendant Gaétan Pageau.

M. Pageau et le conseiller Charles Guérard croient que son départ précipité, effectif dès maintenant, découle de menaces de suspension qu’il aurait reçues de la part du maire. Ils disent s’appuyer sur les confidences de Me Deschênes lui-même, qui brillait par son absence à l'hôtel de ville en fin de journée.

«Dans toute cette démarche-là, j’ai beaucoup plus l’impression que c’est un congédiement déguisé ou une démission forcée. J’ai l’impression en plus qu’on demande aux payeurs de taxes d’acheter le silence du greffier», a déclaré M. Pageau lors d’une séance extraordinaire houleuse à 17h.

La Ville s’est engagée à verser une indemnité de départ globale et finale de 66 351 $ à Me Deschênes. Ce faisant, les parties renoncent à tout recours judiciaire l’une contre l’autre.

Aucune menace, dit Loranger

Émile Loranger affirme qu’il n’a jamais menacé le greffier qui aurait, dit-il, simplement manifesté le désir de réorienter sa carrière. «Ce n’est pas une prison ici. Les gens sont libres de venir et de quitter (...) Me Deschênes ne se sentait plus heureux dans son emploi et ça a conduit aux discussions et au résultat que vous avez là», a réagi le maire, laissant entendre qu’il pourrait poursuivre ses adversaires qui prétendent le contraire.

«Si on m’accuse d’avoir empêché le greffier de faire sa job, d’avoir voulu le museler, je m’excuse mais ce n’est pas vrai», a lâché M. Loranger par la suite en mêlée de presse. 

La conseillère Sylvie Falardeau a corroboré la version du maire. «J’ai parlé à Me Deschênes pour savoir comment ça s’est passé. Il m’a dit la même chose : "Je ne suis plus heureux mais jamais je ne me suis senti menacé ou obligé de m’en aller. Mme Falardeau, ne soyez pas inquiète, ça s’est fait correctement et je n’ai rien à dire là-dessus." J’ai posé les bonnes questions et il a été très clair dans ses réponses.»

Écorché par le maire en interrogatoire

Rappelons que lors de son interrogatoire avec des enquêteurs de la Commission municipale du Québec, en 2019, le maire Loranger avait sérieusement écorché Me Deschênes. Dans une déclaration assermentée rendue publique par Le Journal, en juillet, le maire disait avoir mal été conseillé par le greffier dans le dossier qui lui a finalement valu une suspension de 60 jours pour des manquements à l’éthique. 

«Je lui ai posé la question: “Je peux-tu voter?” Il dit: “Je ne peux pas répondre à ça.” Vous savez, moi, ma personne de référence, c’est le greffier. Mais il me dit: “Je le sais pas.” Bien, crisse! [...] Coudonc! le greffier, il en avait-tu fumé du bon, osti? C’est quoi qu’il lui a pris là?», avait déclaré M. Loranger. «Je ne me dégage pas de mes responsabilités. Sauf que, dans la vie, il faut bien se fier à quelqu’un qui est supposé d’être compétent pour te conseiller.»

Émile Loranger affirme que le départ de Me Deschênes n’a aucun lien avec cet épisode.«Dans le monde du travail d’aujourd’hui, on peut mettre énormément de pression sur quelqu’un pour lui faire comprendre qu’il n’a plus sa place ici, rétorque le conseiller Gaétan Pageau. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas un congédiement déguisé, que ce n’est pas une démission forcée.»

En attendant la nomination d’un nouveau greffier, Me Marie-Hélène Savard assurera l’intérim. C’est elle qui était assise dans le siège voisin du maire à l’hôtel de ville en fin de journée mardi.