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Le long calvaire de TQS et de V

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Conçu dans le tiraillement, le deuxième réseau privé de télévision francophone traîne sa langueur dans notre paysage audiovisuel depuis 34 ans.

À la fin de 1984, deux « familles » sont en lice pour la création de ce réseau : les Pouliot (CFCF et CF Câble) et les Audet (Cogeco). Les deux me courtisent pour que j’en sois le chef de file. Je choisis les Pouliot, bien que je ne sois pas d’accord pour que TQS ait aussi une antenne à Québec, comme ils le souhaitent.

Le 6 septembre 1985, le CRTC accorde la licence, mais pour Montréal seulement. Je gagne donc la première manche, mon intention ayant toujours été de faire de TQS une super station pour le grand Montréal, où j’estime qu’à terme, la chaîne pourrait être rentable.

Jean Pouliot, lui, tient mordicus à un réseau. Quelques semaines avant notre entrée en ondes, il signe des contrats d’affiliation ruineux avec des postes de province. Du coup, TQS devient malgré moi un réseau.

NOS DIVERGENCES SE MULTIPLIENT

Ce fut la plus grave des nombreuses divergences entre nous. Alors que je veux une télé qui soit complémentaire à Radio-Canada­­­ et à Télé-Métropole, les Pouliot veulent les affronter sur le même terrain. Six mois après l’inauguration, je quitte le navire, convaincu qu’il ne prend pas le bon cap. Cinq ans plus tard, on me rappelle à la barre, mais je refuse d’embarquer, TQS ayant déjà un déficit accumulé d’environ 68 millions $. 

Avant de tout perdre, les Pouliot cherchent à vendre. En 1996, ils acceptent une offre de Vidéotron (propriétaire de TVA) pour CF Câble, la chaîne anglophone CFCF et TQS, trois sociétés leur appartenant. En février 1997, le CRTC approuve la transaction pour le câble, mais refuse que Vidéotron­­­ soit propriétaire à la fois de TVA et de TQS. TQS est confié à un fiduciaire qui doit trouver un acheteur dans les 60 jours.

À la tête d’un consortium, Québecor achète TQS, mais doit ensuite le revendre ayant entre-temps acheté Vidéotron. Le CRTC refuse encore une fois que TVA et TQS appartiennent au même propriétaire. TQS passe donc entre les mains d’un consortium composé de Cogéco et de Bell Globemedia.

LA MISÈRE CONTINUE

Ce « nouveau » TQS est rentabilisé durant un an ou deux sous la gouverne de René Guimond, mais le déficit accumulé est tel que le 18 décembre 2007, TQS se place sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

Trois mois plus tard, Remstar (les frères Rémillard) reprend TQS, abolit le service des nouvelles et en 2009, rebaptise le réseau « V », pratiquement réduit au niveau d’une chaîne spécialisée. Remstar acquiert ensuite MusiquePlus (devenue Elle Fictions) et MAX. Malgré quelques succès comme L’amour est dans le pré et Occupation double, les pertes s’accumulent. L’été dernier, Remstar accepte une offre de 20 millions $ pour le Groupe V dont la valeur avait été estimée à 50 millions $ cinq ans plus tôt.

Dans quelques semaines, le CRTC décidera du sort de ce réseau chétif. Durant son existence incertaine, il aura fait perdre à ses divers propriétaires au moins 10 à 15 fois plus d’argent qu’en offre Bell Média pour l’acquérir. 

Ayant toujours répugné à voir mourir une société dont il avait accouché, le CRTC approuvera sans doute la transaction.