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Le roi de la montagne

Une mission complètement différente

Le roi de la montagne

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Alors que s’est amorcée récemment la course à la chefferie du Parti Québécois, j’observe que beaucoup se frottent les mains d’excitation, car on anticipe une course intéressante, qui s’annonce être, comme le disait la semaine dernière mon collègue Mathieu Bock-Côté, « suffisamment contrastées pour qu’on puisse s’attendre à un vrai débat ». Même que, d’une certaine façon, ça me semble moins une course à la chefferie qu’une course à l’audace : celle d’oser prendre les vraies questions à bras-le-corps, contre les vents de la rectitude, du multiculturalisme galopant et des tirs d’artillerie lourde. C’est vrai que tout ça ne manquera pas d’être intéressant, mais il me faut vous confier que, personnellement, quelque chose me chicote.   

  

Je suis parfaitement consciente que la démocratie a été façonnée de telle façon qu’il est entendu que l’on escompte la victoire d’un seul individu pour exercer le leadership de toute formation politique viable. En ce sens, le Parti Québécois ne fait pas exception à la règle : il a besoin et veut, lui aussi, son roi de la montagne. Je comprends, mais ce qui m’embête, c’est que ce parti, contrairement aux autres, a une mission complètement différente : celle de réaliser l’indépendance du Québec.   

  

On a tellement dit que le PQ devait trouver le moyen de renaître plus fort et plus ardent que jamais, afin de conduire cette fabuleuse volonté qu’est celle de l’indépendance qui, même si malmenée et écorchée depuis longtemps, continue de parler au cœur de milliers de Québécois. Volonté qui, en contrepartie, ne se retrouve plus depuis belle lurette dans ses vecteurs traditionnels et encore moins dans les sparages de l’extrême gauche, qui aime la brandir à la moindre occasion comme un lapin malade de son chapeau troué.  

  

Pour tout vous dire, je n’arrive pas à me sortir de l’esprit que la cause de l’indépendance du Québec, qui concerne la moindre âme qui vive sur le territoire, ne doit pas porter qu’un seul nom et qu’un seul visage. Je trouve terriblement périlleux de personnaliser ce qui concerne la multitude, même si je ne suis évidemment pas sans connaître notre goût ancestral pour l’homme fort, celui qui se lève seul pour tous. Pour le héros à qui confier le salut de tous nos espoirs. C’est ce que nous ont toujours raconté nos livres d’histoire, sans que ça ne change strictement rien, toutefois, à son caractère extrêmement hasardeux, car un homme seul s’abat trop facilement, et emporte systématiquement avec lui la foi de tout un mouvement, sinon de tout un peuple, dans son déclin.   

  

Quand je regarde et écoute ces messieurs Saint-Pierre Plamondon, Nantel, Bastien et Gaudreault, je vois des qualités, des atouts, des acuités, des expériences et du potentiel en chacun d’eux, dont j’adorerais nous voir bénéficier, mais je vois surtout que les règles du jeu nous forceront à choisir et donc, à nous éloigner de tous ceux, pourtant frères en la volonté, qui n’adhéreront pas à la vision du futur chef élu.   

  

Pour moi, ça revient à nous demander de ne choisir qu’un seul de nos organes vitaux pour poursuivre l’aventure, alors qu’il est hautement notoire que c’est la somme de tous nos organes qui fait vivre la machine et qui la fait vivre en santé, surtout. Je suis peut-être naïve, mais il me semble que nous n’avons pas de cœurs, de temps, d’énergie, d’idées et de bras à perdre.   

  

L’indépendance, j’en suis viscéralement convaincue, ne doit pas être forcée dans le moule des tendances et des opinions d’une seule personne, tout comme je crois qu’elle a le devoir de transcender tout axe politique, si elle se veut vraiment bonne pour tous, car nous aurons beau espérer d’une fois à l’autre que ce soit suffisant pour rallier la majorité, l’histoire fait déjà la preuve que ce ne sera jamais assez et à plus grande raison aujourd’hui. Que ça nous condamne à ne pas voir que c’est précisément ce qui nous affaiblit, nous décourage, nous rend cyniques et nous fragmente. Bref, je crois que la solution est nécessairement ailleurs.    

  

Une idée complètement folle, on jase, mais admettons un instant qu’on voudrait arrêter de réduire notre futur à un jeu de hasard dont on peut tricher les résultats, et que, coup de théâtre, le PQ se doterait, en toute franchise et en toute transparence, non pas d’un seul, mais de quatre chefs pour se donner les moyens de rejoindre beaucoup plus de gens, d’ouvrir le champ des possibilités et, surtout, pour enfin redonner son caractère rassembleur à la formation. Ceci dit, je ne propose pas que le PQ imite Québec Solidaire avec ses porte-paroles chapeautés par des instances fantômatiques, c'est juste qu'il m’arrive souvent de me dire que le cœur lui-même possède toujours plus d’une artère et qu'il serait plus judicieux de partager l'immense charge pour s'offrir des leaders forts et en santé.   

  

Impossible, me direz-vous? Des divergences trop marquées pour pouvoir s’entendre? Peut-être bien, sauf que j’observe quand même quatre hommes, très différents certes, mais néanmoins réunis par cette même certitude que le Québec se mérite lui-même. Quelque part, n'est-ce pas tout ce que ça prend? Nous avons la chance de vivre à une époque qui permet toutes les créativités, les audaces et les originalités, alors pour l’amour du Québec, pour l’amour de nous et de tout notre potentiel collectif, cessons, même inconsciemment, de vouloir reproduire 95 et de penser qu’on ne reproduira pas également sa tragédie, qui est presque parvenue à nous ruiner l’identité, la dernière fois. Qui plus est, je suis persuadée qu’un premier grand exercice de concorde donnerait le ton, rassurerait et parlerait aux échaudés, aux craintifs et aux indécis, soit à beaucoup de gens. Faut-il rappeler, enfin, le caractère hautement séduisant qu'induirait une telle convergence des forces?  

  

Mais bon, il y a la tradition, le système et cette course d’aspirants rois qui veulent faire mainmise sur la montagne, je comprends ça. Seulement, il serait peut-être bon de nous rappeler qu’au sommet de la montagne, nous sommes toujours seuls et que l’indépendance n’a jamais concerné qu’un seul homme et ses tenants, mais absolument tout le monde et si j’en suis à ce point convaincue, c’est parce que pour moi, ce magnifique projet de société, le plus beau d'entre tous, se résume en une phrase bien simple : au Québec, c’est ensemble ou rien.