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Afghanistan: la guerre est finie ... vraiment?

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Après des mois de négociations au Qatar, les Américains et les talibans seraient sur le point de conclure un accord de paix. Le président afghan Abdullah Abdullah a confirmé que si tout se passe bien, l'accord sera signé par les parties d' ici la fin de février. À l’approche des élections présidentielles, Trump cherche tout ce qui peut lui permettre de crier victoire et de se péter les bretelles. 

Le président afghan Abdullah Abdullah
Photo AFP
Le président afghan Abdullah Abdullah

Divers médias rapportent qu’une trêve de 7 jours débutant le samedi 22 février serait d’abord annoncée. Cette cessation temporaire des hostilités serait le test déterminant pour évaluer si les parties peuvent contrôler leurs forces et en arriver à un accord de paix.  

C’est là le problème. Même si les talibans respectent la trêve de 7 jours, les autres formations djihadistes afghanes la respecteront-elles? Et comment déterminer qui seront les responsables des ruptures éventuelles de la trêve? 

L’accord de paix encore secret prévoirait que les États-Unis se retirent d'Afghanistan, que des négociations de partage du pouvoir s’ouvrent entre le gouvernement afghan et les talibans qui, de leur côté, s'engageraient à combattre al-Qaïda et Daesh, l'État islamique.  

Mais attention les Américains veulent maintenir sur place une «force antiterroriste» résiduelle de 8 600 militaires pour une période non spécifiée.  

Les talibans n’ont jamais déclaré publiquement qu’ils acceptaient que des troupes américaines restent en Afghanistan après l’accord de paix. 

Autre difficulté. Les talibans ne sont pas une organisation homogène. Il n’est pas sûr que les différentes tribus, factions et clans s’entendent entre eux sur les dispositions d’un tel accord de paix. 

En pratique un tel accord de paix va permettre un retour au pouvoir des talibans d’où ils avaient été chassés par l’invasion américaine du pays en 2001. 

Sans l’appui militaire et économique des Américains, le gouvernement afghan actuel sera incapable d’empêcher que les talibans dominent une éventuelle coalition et reprennent le contrôle du pouvoir. 

Ils n’ont qu’à prévoir un «intervalle décent» entre le retrait des derniers militaires américains et leur prise de contrôle effectif de l’État. 

Si l’accord de paix est signé, on va assister dans les prochains mois à la fuite à l’étranger des corrompus, des profiteurs du régime, et des exécuteurs des basses œuvres des Américains. Sans doute vers les Émirats arabes unis où ils placent depuis des années l’argent qu’ils détournent.  

Et que va-t-il se passer entre un éventuel gouvernement à dominance talibane et ses concurrents islamistes, Daesh et Al-Qaïda? Une nouvelle guerre «civile», entre islamistes fanatiques cette fois, est possible. Ce qui semble incontournable, c’est la réintégration d’un islamisme radical dans les principes de gouvernance de l’État afghan.   

Quoi qu’il en soit, 19 ans de guerre, 2440 soldats américains morts, 20 000 autres blessés et 2000 milliards US$ ( 2 trillions USD) n’auront pas permis à la première puissance militaire de la planète de vaincre des bandes de paysans enturbannés en sandales équipées de vieux fusils russes des années cinquante. Les satellites-espions, les B-52, les F-18, les drones et toutes les ressources technologiques américaines ne leur auront pas évité de pendre la guerre... et de perdre aussi la face.  

Cet épouvantable et inutile carnage va-t-il mieux finir que cette autre guerre aussi absurde que futile, celle du Viêt-nam. Rappelez-vous les images des diplomates américains évacués en catastrophe par hélicoptères du toit de l’Ambassade de Saïgon et des dizaines d’hélicoptères que des pilotes sud-vietnamiens écrasaient en mer près de porte-avions américains afin d’être rescapé et éviter de tomber aux mains des forces communistes.