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Palmarès des cégeps: enfin, des enseignants reconnaissent leur responsabilité

Palmarès des cégeps: enfin, des enseignants reconnaissent leur responsabilité
Photo Stevens LeBlanc

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Quel délice de lire la réaction du Syndicat des professeures et professeurs du Cégep de Sainte-Foy au palmarès des cégeps publié samedi dans Le Journal! Enfin, un syndicat d’enseignants reconnaît la part de responsabilité de ses membres dans la performance institutionnelle. Alléluia!   

Pour susciter cet aveu, il aura fallu que la directrice générale de ce cégep omette de souligner l’apport des profs dans son rang enviable au palmarès. (Selon le reportage, elle a plutôt pointé les mesures d’encadrement et de soutien pédagogique.) Il n’en fallut pas plus pour que les profs la corrigent : «Nos 600 professeur.e.s n’auraient à peu près rien à voir avec le succès de leurs étudiant.e.s? C’est assez incroyable tout de même! » s’indignent-ils.    

Exactement! Cela tombe sous le sens commun que les enseignant.e.s premiers artisans du système d’éducation ont une part de responsabilité dans la réussite éducative des jeunes. Qui ne se souvient, en se rappelant son propre parcours scolaire, d’un ou deux profs qui ont été particulièrement bons (ou mauvais) pédagogues, et qui ont eu une influence significative dans sa propre persévérance scolaire ? Comme dans tous les métiers, il y a de bons profs et des pas bons. Idem au niveau institutionnel : il y a des directions qui réussissent mieux que d’autres à gérer les ressources dont elles disposent pour améliorer leurs indicateurs de performance, toutes choses égales par ailleurs.    

Cette reconnaissance par la direction et les professeurs du cégep Sainte-Foy de leur responsabilité respective dans la réussite éducative contredit le discours dominant des représentants du milieu de l’éducation. Que ce soit cette fois la Fédération des cégeps et les syndicats nationaux d’enseignants à l’égard du palmarès des cégeps, ou les commissions scolaires à l’égard du classement des écoles secondaires, ses représentants ne cessent de minimiser leur part de responsabilité dans les résultats éducatifs des jeunes. On convient aisément de l’impact de facteurs comme la sélection à l’entrée de certains programmes ou établissements, le niveau socioéconomique des élèves et étudiants, le niveau des ressources de soutien pédagogique et l’attrait de marché du travail. Mais de là à occulter la responsabilité des directions d’établissement et de leurs employés, il y a un pas que les représentants du milieu de l’éducation franchissent trop facilement.    

On les comprend : s’ils admettaient leur part de responsabilité, cela justifierait une évaluation de leur travail susceptible d’avoir des conséquences sur des carrières, du moins dans les cas patents. Horreur!    

Mieux vaut s’en tenir à demander plus de ressources.    

Les déterminants de la réussite éducative et de la persévérance scolaire sont certes multiples. Un indicateur comme le taux de diplomation ne rend pas justice à lui seul à la complexité du réel. Soit, mais cela n’entraîne pas qu’il faille y renoncer.     

Aucun indicateur de performance n’est parfait, même les plus pondérés. Celui auquel les étudiants du collégial préuniversitaire sont assujettis, la cote de rendement au collégial («cote R»), a fait l’objet de critiques et de révisions à plusieurs reprises depuis son instauration en 1977. En dépit de ses imperfections, il a perduré car il est utile: permettre aux universités de sélectionner des étudiants dans les programmes contingentés.    

Les élèves du secondaire et les étudiants du collégial préuniversitaire sont en concurrence les uns avec les autres pour accéder à des places limitées dans les programmes qu’ils privilégient au niveau d’enseignement supérieur. À cette forme de concurrence, les éducateurs sont habitués. Mais quand des établissements d’enseignement se voient placés en concurrence les uns avec les autres, par des médias, pour attirer les élèves et les étudiants les plus motivés, alors là leurs représentants rejettent la comparaison.    

Les médias comme Le Journal ou la revue L’actualité (jusqu’en 2009) qui produisent des palmarès répondent à un intérêt d’une partie des parents et des jeunes pour des comparaisons. Plutôt que d’y résister en bloc, le milieu de l’éducation pourrait collaborer avec les médias pour perfectionner la méthodologie. À défaut de cette collaboration et en dépit de l’opposition du milieu, les comparaisons d’établissements continueront quand même.    

L'auteur de ce texte est Paul Daniel Muller, économiste en politiques publiques