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C’est pas les « z’indiens » le problème!

Il y aura un «avant» et un «après» Wet’suwet’en.

C’est pas les « z’indiens » le problème!
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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Il y aura un «avant» et un «après» Wet’suwet’en.  

Entre le mépris affiché par certains opposants au blocus par les sympathisants de la cause des Wet’suwet’en et celui qui percole dans un texte du Figaro de par les clichés dégoulinants concernant les «Indiens», voire les peaux rouges rendu-là, on perd de vue l’essentiel : l’ère du colonialisme envers les Premières Nations est terminée.    

Quoi qu’en disent les tenants de la ligne dure envers les manifestants, ce qui arrive en ce moment aurait dû se produire il y a longtemps. Et ce n’est pas une question d’argent ou de compensation; ô que non! C’est une question de dignité et de respect.    

Et à la Chambre des communes, hier, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet l’a bien résumé en appelant à de l’empathie envers la cause des Autochtones. C’est précisément l’attitude que l’on doit adopter.    

C’est pas les « z’indiens » le problème!
Photo AGENCE QMI, STEVE MADDEN

Au-delà des pipelines...   

Si, au départ, cette mobilisation avait pour but d’appuyer l’opposition à la construction de l’oléoduc Coastal GasLink (CGL) sur le territoire des Wet’suwet’en, le tout s’est transformé en appui aux Premières Nations en elle-même.     

Quand un politicien insiste pour que la GRC rentre dans l’tas des manifestants et des membres des Premières Nations afin de libérer les voies ferrées au nom de l’impératif économique, de plus en plus de citoyens non-autochtones réagissent négativement.     

  • ÉCOUTEZ la chronique de Steve E. Fortin à l'émission Politiquement incorrect sur QUB Radio :

Quand les pétrolières et leurs alliés au gouvernement font miroiter les pétro-dollars aux yeux de chefs de bande dont ils savent que les communautés sont réduites à l’indigence, de plus en plus de citoyens non-autochtones trouvent ça répugnant.    

Car c’est précisément ce qu’explique la photo-journaliste Amber Bracken, elle qui a multiplié les reportages et les séjours au sein de nations autochtones, elle qui connaît bien la dynamique qui a cours sur les réserves, quand les pétrolières débarquent avec leurs gros sabots et leurs valises pleines de cash...     

«Diviser pour régner est une stratégie classique qui a été utilisée efficacement pour régner sur les terres autochtones tout au long de l'histoire du Canada. [...]    

En finançant des factions pro-pipeline au sein de la nation Wet’suwet’en, le gouvernement et l’industrie gazière de la Colombie-Britannique ont semé la confusion quant à savoir qui a voix au chapitre. La population canadienne, bien intentionnée, ne veut pas empiéter sur les droits des Autochtones. Mais lorsque la détermination de la poursuite des travaux de construction des pipelines est représentée comme un exercice démocratique, les «règles de la majorité» deviennent un peu biaisées.»    

Et surtout, ceci :     

« Tout en parlant des bénéfices du projet, la contrainte est inhérente au processus – de fait, les Premières Nations ne peuvent dire non à aucun projet au Canada. De plus, la plupart des Conseils de bande sont à court de liquidités et certains ont déclaré qu'on leur avait dit, de toute façon, que le projet irait de l'avant avec ou sans leur consentement - aussi bien monter à bord pour en tirer profit n’est-ce pas! Des fuites d’accords avec Coastal GasLink qui ont été divulguées montrent des preuves d'importantes subventions provinciales pour convaincre les Premières Nations, mais aussi de tentatives de museler la dissidence envers le pipeline et de limiter la revendication des droits ancestraux. »    

C’est ce type de colonialisme là, cette maudite machine pétrolière qui use de tous les subterfuges pour en arriver à ses fins; de ça, de plus en plus de citoyens non-autochtones en ont soupé.       

C’est pas les « z’indiens » le problème!
Le Journal de Québec

Un pipeline... d’eau potable!  

Si l’on devait construire un pipeline qui traverse les communautés des Premières Nations, il faudrait qu’il transporte de l’eau potable. C’est absolument sidérant que des centaines de communautés autochtones soient encore, en 2020, sans eau potable.    

Le problème est connu depuis longtemps, et on se bouscule moins pour le régler que lorsqu’il est temps de faire les beaux yeux pour acheminer le pétrole bitumineux.     

Une experte en la matière, Dawn Martin-Hill, cofondatrice du programme d’études Indigenous Studies à l’université McMaster, explique que « certains avis sont si anciens qu’une jeune fille de 16 ans qui a grandi dans le nord de l'Ontario pourrait n’avoir jamais pu boire ou se baigner dans l'eau à laquelle elle a eu accès. »    

Ajoutons au portrait ce témoignage de Angela Mashford-Pringle, qui travaille au Waakebiness-Bryce Institute for Indigenous Health de l'Université de Toronto. Celle-ci a déclaré ceci au réseau Global News en juillet 2019 : « Un bon nombre des 633 Premières Nations reçoivent des avis à court ou à moyen terme. Je ne sais pas si nous faisons beaucoup pour changer cela. »    

Commençons par ça. Ce minimum de décence. De l’eau potable. Finies les excuses, ces conditions du tiers-monde, au Canada, que l’on accepte, que l’on tait surtout, car ça se passe chez les Autochtones. Sinon, comment expliquer pareille indigence?     

Et après, certains osent insinuer qu’il faudrait envoyer l’armée? Qu’on force la GRC à user de la force? Voilà qui est tout à fait indécent. Que l’on commence par le plus logique, même si ça déplaît aux puissantes pétrolières, que l’on cesse les travaux de construction de l’oléoduc Coastal GasLink. Que l’on prenne un pas de recul.     

Il sera ainsi plus légitime de demander la levée des barricades. Pour lancer un dialogue respectueux des doléances des Premières Nations, de leur manière aussi de se représenter devant ce type de projets.     

La photo-journaliste Bracken, lucide à propos de ce qui se passe chez les Wet’suwet’en :     

«Les positions opposées des deux groupes de chefs ont été présentées par le premier ministre de la Colombie-Britannique John Horgan et les médias, comme une lutte au sein de la nation entre les acteurs égaux; des chefs héréditaires, qui défendent la terre, et les chefs de bande, qui cherchent à sortir les leurs de la pauvreté.  

Mais cette simplification masque le fait que les deux groupes de chefs sont du côté de leur peuple, en travaillant contre un système colonial qui vise avant tout le développement économique et la cession des terres autochtones.  

Les Wet’suwet’en ne sont pas divisées, ils s’agit d’une nation où se manifestent des opinions divergentes sur la voie à prendre vers un avenir meilleur, loin de l'histoire de l'oppression.»    

À défaut de reconnaître la racine du problème, nous ne résoudrons rien. L’usage de la force ne ferait qu’empirer les choses.