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Le socialiste et le milliardaire

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Pour déloger Donald Trump, les démocrates paraissent déchirés entre la « révolution » proposée par Bernie Sanders et le pouvoir de l’argent incarné par Michael Bloomberg.

À la veille des caucus du Nevada, les candidats qui monopolisent l’attention dans la course démocrate sont deux septuagénaires juifs dont les liens avec ce parti sont plutôt ténus. 

À part cela, ils n’ont pas grand-chose en commun. Chacun apporte des atouts évidents à cette course, mais représente aussi un risque non négligeable pour les démocrates.

Aux antipodes

Pour sa réélection, Trump compte sur l’enthousiasme de ses militants et sur une caisse électorale gonflée à bloc. Si Sanders peut compter sur le premier de ces atouts, Bloomberg est prêt à dépenser un ou plusieurs milliards de dollars de sa propre fortune pour vaincre Trump.

Au départ, il était loin d’être certain que Sanders puisse retrouver son niveau d’appui de 2016, à cause du fractionnement des votes de gauche. Aujourd’hui, ce sont plutôt les centristes qui sont divisés. Si un meneur centriste n’émerge pas bientôt, Sanders sera presque assuré d’une pluralité des délégués à la convention de juillet.

Ce meneur pourrait bien être Michael Bloomberg. Ses moyens illimités ont déjà eu raison de plusieurs bons candidats et s’il frappe un grand coup le 3 mars, il pourrait devenir l’alternative à Sanders. 

Opter pour la « révolution »...

Selon les récents sondages, Sanders et Bloomberg devancent Donald Trump dans les intentions de vote, mais ces chiffres pourraient être trompeurs. 

En fait, les stratèges républicains se délectent à l’idée d’affronter Sanders, puisque son étiquette « socialiste » permettra à Donald Trump de faire le plein de votes centristes. Si l’économie va bien, fera-t-on valoir à ceux qui désapprouvent les frasques du président, mais apprécient son bilan économique, pourquoi risquer de tout perdre en optant pour la « révolution » de Bernie Sanders ?  

De plus, malgré la capacité de Sanders de puiser des fonds dans une vaste réserve de petits donateurs, la désaffection d’une bonne partie des grands donateurs dans l’hypothèse de sa victoire aux primaires affaiblirait la campagne démocrate à tous les niveaux. Même si Bloomberg s’est déjà engagé à appuyer financièrement la personne qui sera désignée pour affronter Trump, il est loin d’être clair qu’il s’engagera à fond si le ticket démocrate est mené par un « socialiste » qui parle de révolution. 

... ou pour le pouvoir de l’argent ?

Une défaite acrimonieuse de Sanders entraînerait aussi bien des ennuis aux démocrates. En effet, plusieurs partisans du sénateur du Vermont pourraient tourner le dos au vainqueur démocrate s’ils sont persuadés que leur candidat favori a été floué par les « élites » du parti ou, encore plus, si Bloomberg s’impose par la puissance écrasante de ses moyens financiers.

Si Sanders s’est retenu jusqu’à maintenant de critiquer trop vertement ses opposants dans la course, il se gêne moins pour attaquer Bloomberg et surtout le pouvoir de l’argent qu’il représente. 

Il n’a pas tout à fait tort. Si Bloomberg parvient à enterrer ses opposants sous une avalanche de dollars, et même s’il parvient ensuite à soulager la démocratie américaine de la menace que fait peser Donald Trump sur elle, sa victoire n’en serait pas moins symptomatique d’un mal profond de cette démocratie, où les forces de l’argent demeurent incontestablement dominantes.