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Procès Salvail: manque d’empathie?

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Si le procès de l’animateur déchu Éric Salvail a retenu l’attention cette semaine, la stratégie de la défense, elle, en a fait sourciller plus d’un. 

Dans la plupart des procès, l’idée est de discréditer l’autre partie. 

Et même si cette stratégie est balisée dans les causes d’agressions sexuelles, cela reste excessivement délicat. 

Comme les agressions se produisent habituellement sans témoin, c’est la parole du potentiel agresseur contre celle de la victime alléguée. On cherche donc à invalider son témoignage afin d’installer un doute raisonnable dans la tête du juge. 

Me Michel Massicotte, un ténor du Barreau, s’est donc attaqué à la crédibilité de la présumée victime, Donald Duguay, allant jusqu’à suggérer que M. Duguay aurait pu mentir pour s’attirer la sympathie. 

La victime parfaite

On a supposé que Donald Duguay aurait pu faire ceci ou dire cela afin de se sortir de sa fâcheuse position. 

Me Massicotte s’est même interrogé sur le fait que Duguay soit resté se laver les mains au lieu de sortir de la pièce lors d’un présumé incident. 

Il y aurait donc une victime idéale. Et celle-là a les réactions « adéquates », s’oppose clairement, est habillée décemment et affiche des mœurs irréprochables. Et, surtout, elle se défend physiquement. 

Interroger après #metoo

À l’heure où les juges devront suivre une formation liée au droit relatif aux agressions sexuelles et où l’on envisage de créer un tribunal qui se consacrerait essentiellement à ces affaires, est-ce que les avocats de la défense devraient revoir leur stratégie ? 

Quand on est victime d’agression sexuelle et qu’on voit comment ça se déroule, ça ne donne pas envie de porter plainte. 

Qui a envie de faire partie de ce spectacle où l’on tente par tous les moyens de prouver qu’on exagère ou qu’on ment ? Il ne faut pas s’étonner, après, que les victimes d’agressions sexuelles perdent confiance en notre système de justice.