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Situation de la course au Parti Québécois

La course devra porter sur les idées des candidats

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La publication d’un sondage Léger hier matin a permis aux observateurs de la scène politique de se faire une première idée de l’état de la course à la chefferie au Parti Québécois. Vue la qualité des candidats en présence, on y verra, à certains égards, une confirmation de l’importance de la notoriété dans la démocratie contemporaine. Elle pèse tellement dans une vie politique absorbée par le système médiatique qu’elle devient même une vertu. On aurait tort, toutefois, de croire que la course se termine avant même d’avoir commencé. Au contraire: il suffit de voir les péquistes débattre sur divers forums pour constater qu’il n’y pas de consensus chez eux. Aucun candidat ne devrait se croire battu d’avance.  

D’abord parce qu’il est loin d’être certain que l’électorat péquiste en général corresponde à la base militante péquiste qui dans les faits, se mobilisera pour élire le prochain chef. Certes, en permettant aux non-membres de voter, une décision très discutable, soit dit en passant, le PQ a élargi le bassin potentiel de ses électeurs – et on peut croire que ces derniers sont plus sensibles, en effet, aux effets de la notoriété. Mais ne nous leurrons pas: le PQ est un parti en crise et ceux qui se passionnent pour son destin sont moins nombreux qu’avant. Plus que jamais, les militants attentifs à l’avenir du parti, activement engagés dans ses structures et son appareil, pèseront dans le choix du chef. Il est possible que chez eux, les appuis aux différentes candidatures soient mieux partagés.  

En d’autres mots, la sociologie de l’électorat péquiste et celle des militants actifs qui pèseront dans la course n’est probablement pas la même - ce qui ne veut pas dire qu'elles n'ont rien à voir entre elles. Et on peut croire que ces derniers seront surtout attentifs à la qualité des propositions des candidats. On les jugera moins sur la sincérité de leur engagement souverainiste – en ce moment, s’engager politiquement avec le PQ représente tout le contraire de l’opportunisme et ceux qui s’y risquent témoignent de la profondeur de leurs convictions indépendantistes – que sur leur vision du Québec et des prochaines années du nationalisme québécois. Le PQ aurait tort, d’ailleurs, de ne pas aller intellectuellement au fond des choses dans les mois à venir. Il ne suscitera l’intérêt de l’électorat en général qu’en posant les questions qui passionnent le commun des mortels, même si elles scandalisent certains commentateurs qui dominent le récit médiatique.  

Les débats seront d’une importance capitale pour le choix des militants. En d’autres mots, dans cette course bien particulière, les idées pèseront pour beaucoup. Et n’en doutons pas: les candidats en ont. Tous ont, d’une certaine manière, déjà exprimé et formulé leur vision du Québec de manière assez substantielle, dans des livres, des articles ou des conférences. Et on conviendra aisément de la profondeur de cette réflexion collective, qui s’écrit toujours à l’encre de la question nationale. Comment replacer celle-ci au cœur de notre vie publique? Nul n’oubliera que le PQ n’en a plus le monopole et que la CAQ, depuis son élection, a replacé le nationalisme au cœur de notre vie politique. Le PQ n’occupe plus l’ensemble de l’espace nationaliste dans notre vie politique. Il occupe le créneau de l’indépendantisme. Les indépendantistes peuvent-ils à nouveau se faire entendre des Québécois? L’indépendantisme peut-il redevenir l’expression dominante du nationalisme? 

On connait le profil des candidats, et d’ici quelques semaines, je proposerai sur ce blogue une série d’articles pour analyser leurs propositions. Mais on peut dès maintenant voir quel créneau chacun occupe.  

Guy Nantel, le favori des sondages, arrive avec le profil hautement avantageux du candidat occupant la fonction tribunicienne dans une époque où le commun des mortels ne masque plus sa défiance pour les élites. Son souverainisme décomplexé enthousiasme avec raison ses partisans. Tous saluent l'arrivée d'une parole libérée, susceptible d'interpeller le commun des mortels. Anti-politiquement correct par son style et son parcours, il a eu l’occasion de préciser sa pensée politique dans Je ne me souviens ... de rien , un ouvrage paru en 2017 où on trouve tout à la fois des réflexions brillantes sur l’indépendance et la situation du Québec en général et des propositions un peu inquiétantes, sur lesquelles il devrait absolument s'expliquer. Par exemple, je l’ai déjà écrit ailleurs, mais Nantel a tort de croire qu’on devrait modifier le drapeau du Québec pour des raisons liées à ce qu’on appelle aujourd’hui l’inclusion. La manipulation des symboles est un jeu dangereux et le fleurdelisé, quoi qu’on en pense, incarne remarquablement notre histoire en plus de rappeler la profondeur de nos racines. Cette position est d’autant plus surprenante que Nantel est par ailleurs un défenseur convaincu de la culture québécoise et des droits légitimes de la société d’accueil à faire de son identité la culture de convergence de la nation. Il devra aussi s’expliquer à propos de la réforme du mode de scrutin, où il propose de conjuguer une proportionnelle intégrale pour la moitié des députés et le tirage au sort pour l’autre moitié. Ne faisons pas l’erreur toutefois de confondre ce livre avec son programme politique.  

Sylvain Gaudreault se présente comme le candidat comme le candidat de l’establishment péquiste. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Son expérience politique le sert et il a raison de la mettre de l’avant : l’exercice du pouvoir est une chose complexe et ils sont de moins en moins nombreux chez les péquistes à en avoir l’expérience. Résolu à axer sa campagne sur les thèmes «progressistes» et écologistes, il représente la continuité du souverainisme post-référendaire. Il faudra lui demander comment il entend ramener au PQ les électeurs nationalistes passés à la CAQ. Sans nul doute, il y a un espace pour une gauche raisonnable au Québec, surtout au moment où QS révèle ses limites et s’enferme dans un créneau radical souvent caricatural qui le coupe du corps central de l’électorat. Gaudreault, toutefois, fait preuve d’aveuglement sur la question identitaire – à moins qu’il ne s’agisse chez lui de convictions profondes? Il endosse ainsi les seuils d’immigration fixés par le PLQ et va même jusqu’à attaquer ceux qui veulent les ramener à la baisse. Croit-il vraiment que le PLQ n’avait aucune arrière-pensées politiques en faisant le choix de l’immigration massive? Comment explique-t-il la multiplication des forteresses libérales à Montréal et à Laval? Une question aussi chargée que l'immigration ne saurait être «dépolitisée» comme le proposent ceux qui rêvent d'une gouvernance technocratique.  

Paul St-Pierre-Plamondon s’est distingué jusqu’à présent par son hardiesse et la qualité de ses propositions. Sa candidature pourrait émerger. En présentant sa campagne comme l’annonce du prochain camp du Oui, il explique clairement qu’il refuse de dissocier la progression électorale du PQ de celle de son option fondamentale – il se réclame ainsi à sa manière de l’héritage de Jacques Parizeau. Son parcours ne le prédisposait pas à un engagement nationaliste qu’il pousse désormais jusqu’à mener une franche critique du multiculturalisme canadien. Cette position nous rappelle le repositionnement ces dernières années de la social-démocratie scandinave qui a su intégrer la question identitaire à son logiciel politique - il faur dire que celui qu'on appelle PSPP est familier avec la culture politique de l'Europe du nord. De même, PSPP a proposé une déclaration d’urgence linguistique qui en fait le candidat le plus au fait de la situation désastreuse du français dans la grande région de Montréal. À l’heure où le Québec redécouvre la question linguistique, cette position pourrait bien être entendue et lui valoir des appuis inattendus. L'heure est venue d'un retour au nationalisme linguistique. PSPP pourrait bien être capable de rallier à la question identitaire une partie de la jeunesse qui pour l’instant ne s'y reconnaît pas. Comme Nantel, il peut probablement rejoindre un électorat nouveau, pour l’instant inaccessible au PQ.  

Frédéric Bastien donne enfin une voix au courant que l’on aime dire identitaire du souverainisme québécois, même si les électeurs attentifs à la question identitaire ne se reporteront pas exclusivement sur lui, évidemment. Intelligent et courageux, il est parvenu, ces derniers mois à inquiéter l’establishment juridique canadien en montrant à quel point le régime de 1982 est écrasé par le gouvernement des juges. S’il n’est pas très connu, il impressionne lorsqu’il se fait connaître. Il nous rappelle que les intellectuels ont leur place en politique, même si le passage du monde des idées à celui de l’action ne va pas de soi. Bastien est étranger à la langue de bois et imposera dans la course à la chefferie certains thèmes que l’establishment péquiste aurait probablement préféré éviter. En proposant de ramener significativement les seuils d’immigration à la baisse (entre 25 000 et 30 000), il oblige tous les candidats à expliquer comment ils se situent sur cet enjeu, et pourquoi certains s'y refusent. Croient-ils que l'intégration se passe à merveille? Au Québec comme ailleurs, l’immigration massive est une question politique centrale et qui la fuit s’éloigne des électeurs attentifs à l’identité de leur pays. Bastien a aussi la vertu de poser clairement la question du régime même si sa proposition constitutionnelle semble en décalage avec la réalité actuelle du PQ et cadre davantage avec ce que pourrait être le nationalisme autonomiste caquiste s’il était vraiment conséquent. Quel que soit son score, il sortira de cette course comme une figure majeure du mouvement souverainiste.  

Quoi qu’il en soit, nous aurons l’occasion de revenir sur cette course. Mais il serait malheureux de la déclarer terminée alors qu’elle ne fait que s’ouvrir. Les quatre candidats sont de grande valeur et ils sont nombreux à confesseur leur difficulté à choisir, tant ils reconnaissent à chacun de vrais mérites. Chacun porte aussi une vision forte de l’avenir du souverainisme, un courant politique essentiel qui peut renaître et doit renaître.