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Sois Blanc et tais-toi!

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Vous vous souvenez, il y a deux ans, de la controverse Kanata ? Robert Lepage s’était fait dire que seuls des Autochtones pouvaient jouer des rôles autochtones. 

Hé bien, en 2020, c’est une autre controverse au sujet du théâtre et des Premières Nations qui secoue... le Canada anglais. Une dramaturge d’origine autochtone et asiatique présente une pièce à Toronto et seuls les Autochtones, les Noirs et autres personnes de couleur ont droit de dire ce qu’ils pensent... Les Blancs ? Qu’ils se taisent !

Vous en pensez quoi de vous faire dire que vous n’avez pas le droit de dire ce que vous pensez ?

TROP DE BLANCS

Yolanda Bonnell présente jusqu’à demain au Théâtre Passe-Muraille de Toronto une « cérémonie artistique » qui s’intitule Bug (Insecte, car elle compare le traitement accordé aux femmes autochtones à celui qu’on accorde aux insectes).

Elle a envoyé aux médias une déclaration dénonçant « les pratiques de critiques coloniales actuelles » et affirmant que « les colons ont une vision spécifique de la culture et à ce stade-ci nous ne sommes pas intéressés à renforcer cette vision, mais plutôt celle des voix marginalisées, en particulier les femmes autochtones ».

Par conséquent, elle accueille uniquement « les critiques ou les réflexions venant de personnes IBPOC ».

Bon, je le vois, vous êtes un peu déstabilisés par cette nouvelle dénomination, vous qui commenciez tout juste à vous habituer à LGBTQIA2+. En anglais, IBPOC signifie « Indigenous, blacks, people of colour », donc « Autochtones, Noirs et personnes de couleur ». Bref, tout sauf Blanc.

Ça ne suffit plus de dire que seuls des gens X peuvent interpréter des gens X, il faut maintenant que seuls des gens X fassent une critique des œuvres des gens X au sujet des gens X ?

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Sur son compte Instagram, Yolanda Bonnell se décrit dans ses propres mots comme « Proud fat, Queer, 2 Spirit Anishinaabe & South Asian » (« Fière, grosse, queer, bispirituelle, Anishinaabe et Sud-Asiatique »). J’ai une question pour elle.

Si je suis Noire, mais que je suis unispirituelle, puis-je critiquer son spectacle ?

Michel Jean, qui est journaliste à TVA et auteur (Kukum, Amun, etc.), qui est un Innu de Mashteuiatsh, pourrait-il critiquer ce spectacle... vu qu’il est un homme ?

ON DEVRAIT SE PARLER

J’ai écouté l’entrevue que Mme Bonnell a donnée à CBC, à un animateur (blanc) complètement complaisant qui n’arrêtait pas d’acquiescer à la moindre de ses affirmations sur les « colons blancs oppresseurs ».

J’ai lu son texte dans Vice où elle dit « comme personnes de couleur, nous sommes constamment inondées de la blancheur des médias ».

Et je me fais la réflexion suivante... Au moment où le pays au complet est sens dessus dessous à cause des blocages ferroviaires, on entend parler de « dialogue » avec les Premières Nations, de l’importance « d’écouter les voix ».

Il me semble justement que le théâtre est un outil parfait de dialogue. Mais si, comme Blanc, tu te fais dire « Ferme-la » ou « Je me fous de ton opinion », il me semble que ça ressemble plus à un monologue.

Après le Speak White, assistons-nous au Shut Up White ?