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Un accusé violent seul et en psychose hors de Robert-Giffard

L’homme était inapte à subir son procès pour tentative de meurtre

Un accusé violent seul et en psychose hors de Robert-Giffard
Photo Jean-François Desgagnés

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Un homme détenu à l’hôpital Robert-Giffard après avoir été accusé de tentative de meurtre l’an dernier s’est retrouvé seul et en état de psychose à l’extérieur des murs, dénonce sa victime, qui lance un cri du cœur pour un rehaussement des soins en santé mentale.  

Victime d’un homme atteint de troubles de santé mentale, Marie-Claude Matte exhorte la ministre de la Santé et des Services sociaux à améliorer l’accessibilité et la qualité des soins. « Il ne faut pas attendre qu’il arrive des choses graves avant de mettre des mesures en place », peste l’éducatrice.
Photo Stevens LeBlanc
Victime d’un homme atteint de troubles de santé mentale, Marie-Claude Matte exhorte la ministre de la Santé et des Services sociaux à améliorer l’accessibilité et la qualité des soins. « Il ne faut pas attendre qu’il arrive des choses graves avant de mettre des mesures en place », peste l’éducatrice.

Éducatrice depuis 30 ans, Marie-Claude Matte est responsable depuis près d’une décennie d’une petite ressource intermédiaire en santé mentale à Québec. En novembre 2018, un de ses résidents, psychotique, s’en est violemment pris à elle.         

«J’avais un très bon lien avec lui. Ce jour-là, je le sentais différent. Il a pris un couteau et il a tenté de me trancher la gorge par-derrière. J’ai été capable de me déprendre et de le maîtriser et une collègue est venue m’aider. Il était complètement déconnecté», explique la dame, qui a été en arrêt de travail durant un an à la suite de cette agression.         

Le résident, un homme d’une soixantaine d’années que Le Journal ne peut identifier pour respecter la confidentialité de son dossier médical, a été accusé de tentative de meurtre et d’agression armée.         

Inapte à subir son procès, le contrevenant a été envoyé à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ), où il représentait lors de sa dernière évaluation un «risque important pour la sécurité du public».         

Seul et en état de psychose  

Or, le 7 février dernier, une collègue de Marie-Claude Matte a été surprise de croiser par hasard le sexagénaire complètement seul, en crise, dans la salle d’attente de l’hôpital de l’Enfant-Jésus.         

L’homme lui aurait signifié qu’il résidait à Robert-Giffard, qu’il avait rejoint l’hôpital à pied, dans la tempête, pour voir un médecin. «Son délire psychotique, c’est de dire qu’il a le sida. C’est des affaires qu’il disait aussi chez nous», avance Marie-Hélène Lemay.         

Face à la situation, l’intervenante a rapidement contacté la sécurité de l’hôpital pour l’aviser des antécédents violents de l’homme. «Ça m’inquiétait. Dans l’état qu’il était, si le docteur ne répond pas à sa demande, on ne sait pas comment il va réagir. C’est sa maladie qui prend le dessus», analyse-t-elle.         

Un accusé violent seul et en psychose hors de Robert-Giffard
Photo Jean-François Desgagnés

 L’un des agents a contacté l’IUSMQ, qui a demandé à s’entretenir avec Mme Lemay. «J’ai parlé à une intervenante, ça avait l’air compliqué. On dirait qu’ils ne savaient pas quoi faire et qu’ils ne savaient même pas qu’il était parti, expose-t-elle. Ils m’ont demandé si je pouvais aller le reconduire dans un taxi!»          

Craignant pour sa propre sécurité, elle a refusé. Vers 11 heures, elle a reçu un appel d’une employée de Robert-Giffard, pour la remercier de son intervention et l’aviser que l’individu était rentré à l’Institut.         

Le Journal a d’ailleurs pu entendre le message laissé sur son répondeur.         

Urgence d’agir  

Les deux femmes peinent maintenant à comprendre pourquoi et comment cet individu a pu se retrouver dans une telle situation. «Il présente les mêmes symptômes que lorsqu’il m’a agressée, l’an dernier, et on l’a laissé sortir. C’est une petite bombe ambulante s’il n’est pas contrôlé», plaide Mme Matte.         

«Il est à Robert-Giffard, c’est la place spécialisée en santé mentale. Comment ça, ce monsieur-là a les mêmes délires? Est-ce qu’il a les services qu’il doit avoir, comme une personne qui aurait le cancer?» questionne sa collègue.         


♦ Il a été impossible de savoir si l’homme avait la permission de sortir seul le 7 février, le CIUSSS de la Capitale-Nationale ayant refusé de commenter le dossier. Ses sorties, avec ou sans accompagnement, devaient être déterminées «par l’équipe traitante en fonction de son état clinique, de son comportement et du plan de traitement», avait ordonné le tribunal.   

  

Voici des extraits de ce jugement      

Le tribunal a ordonné le 21 novembre 2018 que l’individu ayant tenté de poignarder Marie-Claude Matte soit détenu à l’IUSMQ. La Commission d’examen des troubles mentaux s’est penchée sur son cas, le 1er avril dernier.  

«L’accusé est connu de la psychiatrie depuis 1989. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises dans différents établissements.»      

«Il est convaincu depuis plusieurs années d’être porteur du virus du sida et d’être atteint du cancer, ainsi que d’être à l’origine de la mort de plusieurs personnes.»      

«L’accusé n’a aucune autocritique face aux gestes qui lui sont reprochés ni à l’égard de la maladie dont il est affecté.»      

«[...] la Commission est convaincue que l’accusé représente toujours, en raison de son état mental, un risque important pour la sécurité du public.»      

  

Des besoins criants en psychiatrie  

Juillet 2019  

Yannick Campagna dénonce le phénomène des «portes tournantes» dans les hôpitaux, après qu’un infirmier eut refusé de recevoir à l’urgence un patient atteint de troubles de santé mentale.         

Février 2020  

Les policiers de Québec répondent en moyenne à 18 appels par jour pour des cas de santé mentale, dévoile le chef de police.          

2021  

Le CIUSSS n’entend conserver que 257 lits en psychiatrie en 2021, soit 70 de moins qu’en 2017. On en compte aujourd’hui 282. Le CIUSSS affirme vouloir miser sur l’ajout de services et de ressources en santé mentale, en communauté.