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Une crise en trois temps

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C’est à la capacité d’un capitaine à naviguer jusqu’à bon port à travers la tempête que l’on mesure pleinement de quel bois il se chauffe. La crise des blocages ferroviaires nous en dit en effet très long sur les chefs de partis fédéraux. 

Le choix du premier ministre Justin Trudeau d’encourager un dialogue pacifique avec les opposants autochtones au gazoduc Coastal GasLink est sans nul doute le bon. Le vrai problème est sa gestion brouillonne de la crise. 

Il confirme ainsi sa principale faiblesse déjà amplement révélée par l’« affaire » SNC-Lavalin qui, sur plusieurs mois, n’en finissait pas de finir. Face à la complexité, son réflexe est de se réfugier dans le flou. Quel est son plan de sortie de crise ? Mystère et boule de gomme.

En cela, M. Trudeau ne vit pas tant au pays des licornes que chez celui des autruches. Le simple fait que les premiers ministres provinciaux se sentent obligés de solliciter une conférence téléphonique avec lui pour commencer à savoir ce qui se passe dans leur propre cour en est l’ultime preuve par l’absurde. 

Déshonoré

Quant au chef conservateur Andrew Scheer, il se gonfle les muscles comme un ado à son premier cours de boxe. Il somme Justin Trudeau de mettre les opposants autochtones au pas, par la force s’il le faut. On voit que pour M. Scheer, le combat partisan passe avant tout. Y compris la préservation de la paix sociale. 

Le meneur dans la course à sa succession, l’ex-ministre Peter MacKay, s’est carrément déshonoré. Son approbation d’une poignée d’Albertains se faisant justice eux-mêmes contre une barricade érigée par des opposants autochtones montre que son étiquette de « progressiste » au sein de la mouvance conservatrice n’est qu’un vulgaire trompe-l’œil. 

En présentant des propositions réalistes et respectueuses de résolution de conflit, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, s’est avéré le plus responsable de tous les chefs. Idem pour sa déclaration sentie à savoir que la société canadienne n’a pas à juger des choix de certains Autochtones face à d’autres.

Au-delà des acteurs du jour

Or, bien au-delà de la classe politique du jour, cette crise, comme symptôme aigu d’une myriade de problèmes beaucoup plus profonds au pays, se déclinera nécessairement en trois temps. À court terme, elle sera résolue d’une manière ou d’une autre. Les conséquences économiques des barricades étant ce qu’elles sont, c’est inévitable. 

À moyen terme, sur le front élargi de l’environnement, d’autres crises suivront. Incluant chez les non-Autochtones. Du moins, tant que le Canada n’amorcera pas un vrai combat contre les changements climatiques. Les blocages ferroviaires de 2020 annoncent ceux de demain.

À plus long terme, face aux Autochtones, les crises perdureront tant que le pouvoir fédéral, quelle que soit sa couleur, n’aura pas négocié un tout nouveau rapport politique avec les Premières Nations basé sur une forme ou une autre d’autonomie gouvernementale. 

Ce qui, on ne s’en sort pas, commandera l’abolition de la Loi sur les Indiens, ce vestige honteux du colonialisme canado-britannique.