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L’arrêt des trains fragilise l’économie québécoise

Notre dépendance au transport par rails crée des turbulences dans plusieurs secteurs

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Photo Reuters Un train de marchandises du Canadien National arrêté alors que les membres des Premières Nations du territoire mohawk de Tyendinaga bloquent les voies ferrées à 2 km de là, hier, à Tyendinaga, en Ontario.

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Le blocus ferroviaire qui dure depuis plusieurs jours a mis en lumière l’importance stratégique du lien ferroviaire au Canada sur l’économie québécoise. Cette artère, une fois bloquée, crée des turbulences au cœur même de plusieurs industries qui dépendent des trains pour leurs marchandises provenant de l’Ouest canadien, de la Chine et de l’Asie. 

• À lire aussi: Une dépendance à l’Asie exacerbée par la crise

 L’arrêt de la circulation des trains a des conséquences désastreuses pour la production et les activités économiques de plusieurs secteurs y compris les ports et l’industrie du camionnage. Hier encore, plusieurs secteurs d’affaires et services étaient frappés de plein fouet :  

  • Produits forestiers Résolu a planifié des arrêts de production dans sa vingtaine d’usines de sciage au Québec et en Ontario. Deux des usines de Résolu se trouvent en Haute-Mauricie. Jusqu’à 5000 travailleurs pourraient être touchés. 
  • Les livraisons de véhicules neufs sont retardées. La gare de triage de Charny, à Lévis, où arrivent par train les voitures neuves destinées aux concessionnaires de la région de Québec se vide rapidement. En temps normal, le site compte environ 5000 véhicules. On peut compter en ce moment moins de 1000 unités. 
  • Il y a aussi le risque du manque de propane. L’Union des producteurs agricoles craint maintenant une crise agricole. Des producteurs de volailles et de porcs sont déjà affectés.  

Matières premières 

La compagnie Chemco, de Saint-Augustin-de-Desmaures dans la grande région de Québec, qui produit entre autres du liquide de déglaçage pour les avions, ne reçoit plus de matières premières par wagons pour soutenir sa production. Elle doit maintenant piger dans ses réserves pour assurer ses commandes. 

La direction précise avoir des réserves pour trois à quatre semaines. Elle prévient toutefois qu’un épisode de verglas pourrait venir compliquer les choses. La compagnie compte parmi ses clients plusieurs aéroports canadiens. 

« Oui, on commence à stresser. C’est préoccupant. Lorsque cela va reprendre, les gens du CN parlent de trois semaines à un mois avant de revenir à des délais réguliers », avance le président Frédéric Dessureault. 

« Si on manque de produits, cela peut avoir un impact assez grand. Si on bloque un aéroport, ce sont des avions commerciaux qui vont rester au sol, mais aussi des avions-ambulances », ajoute l’homme d’affaires. 

Également, la compagnie Chemtrade qui fabrique du coagulant pour le traitement des eaux des municipalités cherche des solutions. Elle ne reçoit plus sa matière première. 

- Avec la collaboration de l’Agence QMI 


Trains 

Perturbé depuis plus de deux semaines et à l’arrêt complet depuis le 13 février dans l’est du pays, le réseau du Canadien National est fortement ébranlé. Des blocus l’affectent à Saint-Lambert et à Belleville, en Ontario. On estime que présentement, c’est l’équivalent de 4500 wagons de train, d’habitude remplis par les manufacturiers, qui restent bloqués sur le réseau. L’entreprise montréalaise a annoncé, cette semaine, 450 mises à pied, mais des dizaines d’autres travailleurs sont moins sollicités qu’à l’habitude, ce qui fait chuter leurs revenus. « Il y a beaucoup de familles qui sont en crise », dit Christopher Monette du syndicat des Teamsters. VIA Rail a pour sa part mis à pied 1000 salariés. « Cette interruption générale est une situation sans précédent dans notre histoire », a déclaré la PDG de VIA Rail, Cynthia Garneau. Moins touché, le Canadien Pacifique n’a pas fait de mises à pied. Pour l’instant, les investisseurs restent calmes : tant le CN que le CP n’ont perdu que 3 % en Bourse au cours des deux dernières semaines.  

- Sylvain Larocque, Le Journal de Montréal 


Ports 

L’impact du blocus ferroviaire se fait ressentir dans les principaux ports du Québec. Au Port de Montréal, plus ou moins 15 % des conteneurs sont immobilisés, soit environ 4000 imposantes caisses métalliques. La direction indique que, pour le marché du Québec, la marchandise continue de circuler par camion. L’impact se fait principalement sentir sur les produits et les commodités en provenance de l’Ontario et de l’Ouest canadien, comme les grains. Au Port de Trois-Rivières, un navire dans l’attente de wagons du Canadien Pacifique pourrait partir avec un retard de sept jours. Chaque journée supplémentaire entraîne des coûts entre 50 000 $ et 60 000 $ pour la compagnie. Au Port de Québec, en deux semaines, ce sont entre « deux et trois navires » qui devaient venir chercher une cargaison de grains qui ont été contraints de modifier leur cap pour obtenir leur marchandise. Au Port de Saguenay, la direction assure ne pas être victime de cette situation. Elle précise desservir majoritairement des entreprises locales. Le Port de Sept-Îles n’a pas rendu nos appels. 

- Jean-Michel Genois Gagnon, Le Journal de Québec 


Camionnage 

L’industrie du camionnage doit composer avec une augmentation de la demande de sa clientèle régulière et l’arrivée de nouveaux clients à la recherche d’autres possibilités pour des marchandises normalement transportées par wagons.  

« C’est certain que la pression est forte et qu’en ces temps de pénurie de main-d’œuvre, ce n’est pas toujours facile de répondre à la demande », affirme Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec.  

Peut-on pour autant dire que l’industrie n’arrive plus à répondre à la demande ? Voilà un pas que le spécialiste refuse de franchir. Car si le blocus actuel entraîne une hausse de clientèle pour certains, il entraîne aussi une réduction du volume d’affaires d’autres entreprises de camionnage, spécialisées dans le transport de fret arrivant par train ou bateau. 

- Martin Jolicoeur, Journal de Montréal 

L’industrie ferroviaire au Canada  

  • 33 000 travailleurs 
  • 100 000 $ salaire annuel moyen 
  • 342 millions de tonnes transportés en 2018 
  • 16,6 G$ revenus totaux en 2018 
  • 41 757 km de voies 
  • 59 000 wagons 
  • 3764 locomotives  

Source: Association des chemins de fer du Canada