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L’art de la contre-attaque

Gaston Blais 82 ans, tennis

Gaston Blais
Photo Chantal Poirier Après avoir perdu son œil gauche et combattu avec succès un cancer, Gaston Blais demeure l’un des joueurs les plus assidus parmi les vétérans du tennis au Québec.

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Dix ans après avoir perdu son œil gauche, délivré d’un cancer de la prostate et maintenant ennuyé par de l’arythmie cardiaque, Gaston Blais a l’habitude de gagner tous les matchs que la vie lui envoie. Toutes ces épreuves expliquent pourquoi il continue d’enfiler les victoires sur un court de tennis. 

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À 82 ans, il y a un homme de Beloeil qui ne passe plus incognito sur les terrains qu’il fréquente. Depuis ses 65 ans, il participe à la Gardnar Mulloy Cup, le rendez-vous mondial en Croatie, parce qu’il se trouve chaque année parmi les trois meilleurs Canadiens de sa catégorie d’âge. 

Vice-président de l’Association des vétérans de tennis du Québec, il joue en simple tous les jours. Quand sa saison de golf débute, il abaisse ses habitudes à trois matchs par semaine, mais on le voit à tous les tournois provinciaux, qu’il remporte d’ailleurs souvent. 

« Je continue de m’amuser et je joue encore parce que je veux aller aux limites de ce que je peux faire. Je veux voir jusqu’où on peut ralentir le vieillissement. Je fais attention à ma santé, mais je ne me laisse pas démolir par les problèmes de santé lorsqu’on vieillit », donne-t-il à entendre. 

D’abord son œil  

On ne prévoit pas le jour où il perdra la touche parce qu’avec ce qu’il a vécu, il aurait abandonné sa raquette depuis longtemps. Un premier coup du destin nous le rappelle en décembre 2009 : un mélanome découvert derrière son œil gauche l’oblige à subir une chirurgie et à remplacer son œil malade par une prothèse. 

Dans les jours suivants, la recommandation de son ophtalmologiste est ferme : oui au tennis, mais plus de compétition. « À 72 ans, après avoir perdu un œil, l’effet de perspective ne se récupère pas. Si tu avais 8 ans, tu développerais un deuxième réflexe, mais pas à ton âge », l’avise alors sa spécialiste. 

« Je lui ai répondu : vous ne me connaissez pas. J’ai recommencé à jouer deux semaines après l’opération, même si je n’avais pas d’équilibre. J’ai aussi recommencé la compétition et, à la fin du mois de janvier suivant, j’ai gagné le championnat provincial », raconte-t-il. 

Ensuite, le cancer  

Le tennis a repris tous ses droits après cet épisode. Jusqu’à la mauvaise nouvelle suivante. Il y a six ans, un cancer de la prostate l’a soumis à une curiethérapie, suivie de 25 traitements radioactifs au rythme d’un par jour à la même heure durant cinq semaines. 

Vous l’aurez deviné. Oui, il empoigne toujours sa raquette, même si on lui a également diagnostiqué des problèmes d’arythmie durant sa rémission. 

« Il y a des gens que ça les aurait jetés par terre d’apprendre toutes ces nouvelles : fibrillation auriculaire, cancer de la prostate et œil gauche perdu. Je n’ai rien changé à ma façon de vivre. » 

Une année sabbatique 

Il continue de frapper la balle, malgré qu’il a convenu de faire l’impasse sur le prochain championnat canadien prévu à Vancouver – trop loin, juge-t-il – et par conséquent, le championnat mondial. Mais il fait déjà la promesse de recommencer l’année suivante. 

De toute évidence, son épouse avait eu raison dans sa réplique à l’ophtalmologiste, qui l’avait informée des exemples de ses clients qui ont perdu l’usage d’un œil et « qu’il faut ramasser à la petite cuillère après six mois ou un an pour leur remonter le moral ». 

« Je pense que vous ne connaissez pas Gaston », l’avait-elle avisé à son tour. « Il ne s’écrasera pas... »