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Le virage Québec inc. de la Caisse

brulotte
Photo Agence QMI, Steve Madden Charles Émond, nouveau PDG de la Caisse de dépôt (au centre), en compagnie de Stéphane Achard, premier vice-président, Entreprises et Assurances de la Banque Nationale, et Guy Cormier, PDG du Mouvement Desjardins, lors du gala du Cercle des grands entrepreneurs du Québec.

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Est-ce que le Québec inc. a profité de la forte croissance de l’actif de la Caisse de dépôt et placement au cours des 10 lucratives années du règne de Michael Sabia ? 

Oui ! mais des bémols s’imposent. 

L’actif que la Caisse détient au Québec a augmenté de 99 % lors du règne de Michael Sabia, passant de 33,5 milliards $ en 2009 à 66,7 milliards $ à la fin de 2019. 

C’est bien... mais c’est quand même nettement inférieur à la croissance de l’actif total de la Caisse, lequel a bondi de 158 % au cours de ces 10 années, pour atteindre aujourd’hui les 340 milliards $. 

Forcément, un tel écart de croissance entre l’actif « Québec » et l’actif de l’ensemble du portefeuille a eu pour conséquence d’alléger le « poids » du Québec dans notre bas de laine de la Caisse. 

Alors que le « Québec » comptait pour 25,4 % de l’actif total de la Caisse en 2009, il ne compte aujourd’hui que pour 19,6 %. 

Autre donnée comparative peu flatteuse pour l’ego québécois : en 10 ans, l’actif « Québec » a augmenté de 33,2 milliards $, soit à peine 15,9 % des 208 milliards $ d’augmentation du gigantesque portefeuille de la Caisse. 

Qu’à cela ne tienne  

Évidemment, la Caisse, elle, fait fi de ces comparaisons négatives lorsqu’elle dévoile ses résultats. 

Elle mise plutôt sur « La tendance de l’évolution de l’actif Québec » dans le secteur privé.  

Ce que la Caisse inclut ici dans le « secteur privé » au Québec comprend non seulement ses investissements dans les entreprises québécoises (en Bourse et du privé), dans l’immobilier, dans le REM (payé à même nos impôts et épargnes), dans les obligations (et prêts) aux entreprises. 

Ainsi, lors du dévoilement des résultats de 2019, la Caisse vantait comme suit sa présence au Québec. 

« Dans l’objectif de maximiser son impact au Québec, la Caisse a continué de miser sur le secteur privé en 2019. L’actif total dans les entreprises privées québécoises atteint désormais 47,6 G$, marquant une augmentation de 155 % en 10 ans. » 

Concrètement, l’actif dans ce que la Caisse qualifie de « secteur privé » au Québec est passé de 18,7 milliards $ en 2009 à 47,6 milliards en 2019, pour une hausse de 28,9 milliards $. 

Le Québec inc. n’a pas de quoi sauter de joie. Cette hausse de 28,9 milliards $ dans le secteur « privé » québécois représente à peine 13,9 % de la fabuleuse augmentation de 208 milliards $ de l’actif total de la Caisse.  

Avec le nouveau PDG 

Sous la « surveillance » d’un François Legault et d’un Pierre Fitzgibbon nettement plus pro-Québec inc. que leurs prédécesseurs du gouvernement Couillard, il faut s’attendre à ce que le nouveau PDG de la Caisse de dépôt et placement, Charles Émond, investisse davantage dans le développement de nos entreprises. 

Lors de la présentation des résultats 2019 de la Caisse, jeudi dernier, Émond a tenu à souligner que la stratégie de la Caisse au Québec repose sur trois piliers:  

  • Accompagner les entreprises québécoises dans leur croissance et mondialisation 
  • Appuyer l’innovation et la relève 
  • Investir dans des projets structurants  

« Guidée par ces trois axes, la Caisse vise à faire émerger et à bâtir des entreprises québécoises fortes et innovantes, bien positionnées pour se développer ici comme à l’international. » 

Souhaitons qu’au cours de son mandat de cinq ans, Charles Émond évite de faire de grosses gaffes à la Michael Sabia, comme, par exemple, celle d’avoir acheté des trains indiens pour le REM de la Caisse ou celle d’avoir donné le feu vert à Lowe’s pour mettre le grappin sur RONA en lui cédant son gros bloc d’actions.