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Johanne Mongeau, une passionnée à découvrir

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Les bureaux du Salon international du livre de Québec sont situés rue Saint-Pierre, près du fleuve, un environnement que Johanne Mongeau aime au plus haut point.

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Derrière chaque grand homme se cache une femme, dit le proverbe. Il sied fort bien à Johanne Mongeau, directrice des communications du Salon international du livre de Québec, qui a partagé la vie de Jean-Paul L’Allier pendant 33 ans.

À la suite d’un article sur la parution de l’autobiographie de Jean-Paul L’Allier, à la fin de l’été dernier, un lecteur m’invitait à réaliser un portrait de sa compagne, Johanne Mongeau. 

« Ce serait intéressant, je crois, de savoir QUI est Johanne Mongeau, où est-elle née, ses parents faisaient quoi, etc. [...] J’ai fait une recherche sur le web et on ne trouve rien qui la décrit personnellement. »

Ce lecteur ne s’était pas trompé. Il y a bien eu quelques articles concernant son épouse lorsque M. L’Allier s’est lancé en politique municipale à Québec. Il faut donc remonter à la fin des années 80.

« Après, les gens m’ont oubliée, j’ai continué à faire ma vie, 16 ans ont passé [période où M. L’Allier a siégé comme maire de Québec], mais c’est vrai que, depuis, il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie », dit-elle en riant.

Bien entendu, il est difficile de ne pas faire référence à Jean-Paul L’Allier, figure marquante de Québec, lorsqu’il est question d’elle. N’allez pas croire non plus que cela puisse indisposer la principale concernée, bien au contraire. Elle m’a d’ailleurs invitée, après notre entretien, à ajouter au texte que Jean-Paul fut l’amour de sa vie. 

Les journalistes culturels connaissent bien Johanne Mongeau. Depuis une vingtaine d’années, elle effectue, à titre de directrice des communications, le relais entre eux et les organisateurs du Salon international du livre de Québec (SILQ) ou encore des invités.

Passionnée de trek en haute montagne, Mme Mongeau raconte en entrevue avoir gravi huit sommets depuis 2010.
Photo Stevens LeBlanc
Passionnée de trek en haute montagne, Mme Mongeau raconte en entrevue avoir gravi huit sommets depuis 2010.

Contacts privilégiés

Elle s’occupe également, avec l’équipe, d’élaborer le programme et les documents pour chaque édition du salon, de choisir le (la) président(e) d’honneur à chaque édition, ainsi que les invités d’honneur. 

« C’est un travail qui est très stimulant, et qui est très différent d’une année à l’autre, car on change de contacts continuellement. Il faut être à l’affût de ce qui se publie durant l’année, et faire notre choix parmi ces milliers de publications. »

Des liens d’amitié se sont tissés au fil des ans, aussi, comme avec Marie Laberge. L’auteure, qui est originaire de Québec, est depuis devenue une bonne ambassadrice du SILQ, dont elle a assumé la présidence d’honneur à quelques reprises. Elle est présente à chaque édition, et animera cette année une soirée avec la grande écrivaine Margaret Atwood, le 14 avril. « Ce sont deux grandes dames qui, paraît-il, se ressemblent sur plusieurs points sur leurs assises, leur écriture », expose Mme Mongeau. 

Elle occupe le poste de directrice des communications du SILQ depuis une vingtaine d’années.
Photo d'archives, Pascal Huot
Elle occupe le poste de directrice des communications du SILQ depuis une vingtaine d’années.

Plusieurs auteurs ont aussi marqué Mme Mongeau, dont Amélie Nothomb, qui l’a séduite, et qu’elle aimerait bien recevoir de nouveau à Québec. Elle la qualifie d’invitée en or, comme le sont aussi plusieurs autres, comme Éric-Emmanuel Schmitt et Dany Laferrière. 

Touriste dans sa ville

L’organisation du SILQ loge dans des locaux d’époque appartenant à la SODEQ, près du fleuve. Chaque jour de travail, la directrice des communications arrive très tôt dans cet environnement qu’elle aime au plus haut point, où il y a beaucoup de vie et où elle se sent comme une touriste dans sa propre ville. 

« On a l’impression de venir travailler en vacances, quand on stationne sur le bord du fleuve, qu’on voit Place de Paris et le Château Frontenac. » 

À son arrivée, Mme Mongeau marche avec Olive, son berger de Brie. Elle l’appelle affectueusement la « stagiaire du SILQ ». « J’ai commencé à l’emmener au décès de Jean-Paul, car dans les deux dernières années de sa vie, il était beaucoup plus à la maison, donc beaucoup plus avec le chien. »

Olive, le berger de Brie de Mme Mongeau, l’accompagne au travail depuis quatre ans.
Photo Stevens LeBlanc
Olive, le berger de Brie de Mme Mongeau, l’accompagne au travail depuis quatre ans.

Quand son maître est décédé, Olive a commencé à décliner. « Avec la permission de tout le monde, j’avais pris la décision de l’emmener travailler avec moi, en me disant que ça allait se replacer. Finalement, ça fait quatre ans qu’elle est ici avec nous. »

La dernière année s’est avérée plus difficile pour l’organisation du SILQ, avec le renvoi de l’ex-PDG, à la suite de révélations du Bureau d’enquête du Journal. « Mais maintenant que Daniel Gélinas a repris la barre, on a vraiment tourné la page, et le dossier est clos », affirme Mme Mongeau. Le changement de cap opéré depuis a amené beaucoup de dynamisme, souligne-t-elle. 

Gravir des montagnes

Originaire de Montréal, Johanne Mongeau a connu une enfance très heureuse, avec sa sœur aînée, dans la ville de Mont-Royal, auprès d’un père comptable et d’une mère à la maison. Jeune, elle a été agente de bord pour Air Canada. Puis, elle a complété un baccalauréat en histoire et une maîtrise en science politique à l’Université de Montréal. 

Elle a d’abord œuvré comme recherchiste à Radio-Canada, avant de devenir attachée de presse de la Place des Arts. « Je n’avais pas de plan de carrière, je n’avais pas vraiment d’idée de ce que je voulais faire, mais je savais que je ne voulais pas d’un métier routinier. »

Puis M. L’Allier a été nommé délégué général du Québec à Bruxelles, et Mme Mongeau l’y a suivi. Le couple s’est marié et a eu un enfant, avant de s’établir pour de bon à Québec. En 1989, M. L’Allier est devenu maire de Québec, ce qu’il demeurera jusqu’en 2005. Cette période intense a beaucoup marqué sa famille. « C’est un mode de vie, la mairie, c’est tout le monde qui embarque dans le bateau. »

Pendant six mois, elle a reçu des fleurs au bureau parce que M. L’Allier souhaitait se faire pardonner de s’être lancé dans un dernier mandat, contre toute attente. C’était le contexte des fusions. Sa femme avait appris sa décision à la télévision, lorsqu’il avait réagi à la candidature d’Andrée P. Boucher, ardente défusionniste.

Mme Mongeau qualifie les onze années qui ont suivi la politique jusqu’au décès de M. L’Allier, en 2016, d’extrêmement agréables. La pression et les obligations étaient retombées. Son mari était plus détendu. Il a pu se consacrer à sa passion, la pêche, et elle, au trek en haute montagne, activité qu’elle adore.

Ainsi, elle a gravi huit montagnes depuis 2010, portée par le sentiment de dépassement qui accompagne chaque expédition. C’est parti de Jean Soulard, qui organisait une expédition à l’Aconcagua au profit de la Fondation Gilles Kègle, et qui l’a convaincue d’embarquer. 

Mme Mongeau a adoré le Népal et l’Inde, où elle aimerait retourner. Elle s’entraîne six jours sur sept pour garder la forme. Il y a quelques mois, Mme Mongeau devait partir en Iran pour gravir le Damavan, mais vu la situation tendue, le projet a dû être reporté. 

Grand vide

Après quatre ans sans son cher complice, Jean-Paul L’Allier, Johanne Mongeau ressent toujours le grand vide qu’il a laissé derrière lui. Elle l’exprime très bien : il est tout simplement irremplaçable. La parution des mémoires inachevées de son mari n’y a d’ailleurs rien changé. 

Occupée entre toutes ses passions, son travail, la famille et la montagne, elle voit que le temps passe néanmoins très vite. « La vie continue, et c’est une vie intense, pas plate, qu’on vit. »

Ses souhaits vont davantage vers l’avenir des plus jeunes, dit-elle, inquiète quant aux changements climatiques dont on commence à voir les effets, mais aussi pour le climat politique tendu dans le monde. « J’aimerais qu’il y ait tellement de changements dans les prochaines années, pour ce qu’on va laisser à nos enfants. » 

En rafale

Un Faible pour le Diamant

Lorsque Linda Beaulieu l’a appelée pour faire partie du conseil d’administration du théâtre Le Diamant, de Robert Lepage, Johanne Mongeau s’est empressée d’accepter. Non seulement elle éprouvait un faible pour le projet et aussi pour le créateur, mais Le Diamant « faisait partie de l’attachement de Jean-Paul pour Québec, avec la Caserne [d’Ex Machina] et tout le plaisir qu’ils ont eu à bâtir ce projet-là. » Le Diamant permet à Québec de rayonner partout à travers le monde, avec Robert Lepage comme grand patron, dit-elle, rappelant à quel point il a été difficile de concrétiser le tout. 

La lecture, mais pas l’écriture

Lorsque des gens lui disent qu’elle devrait écrire des livres elle aussi, Johanne Mongeau éclate de rire. « Pour ce genre d’écriture, je n’ai aucun talent, assure-t-elle. Je suis entourée de gens qui ont du talent, alors je suis assez gâtée pour ça. » Grande lectrice depuis toujours, sauf pendant les mois précédant le Salon international du livre de Québec (SILQ), elle dévore quatre à cinq livres par semaine. Puis, elle s’assure de lire quelques œuvres de chaque auteur invité par le SILQ. « Ça permet de cerner un peu l’œuvre de la personne, dit-elle. Ce n’est pas moi qui vais poser des questions en entrevue [aux auteurs], mais j’aime mieux me sentir à l’aise et connaître l’œuvre de la personne. »

Jardin Jean-Paul-L’Allier

En septembre 2017, lorsque fut inauguré le jardin Jean-Paul-L’Allier, dans Saint-Roch, Johanne Mongeau avait exprimé le souhait que toute la famille puisse s’y réunir pour pique-niquer, incluant les petits-enfants qui n’auraient pas la chance de connaître leur grand-père. « On l’a fait le 12 août, à chaque année, pour souligner l’anniversaire de naissance de Jean-Paul, sauf cette année, car les enfants n’étaient pas là. » La tradition représente une belle façon, pour sa famille, de penser à lui et d’en parler. « Je pense qu’on va se donner souvent rendez-vous là. »