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La fin d’une époque

En mars 1990, les Nordiques échangeaient Michel Goulet aux Blackhawks et Peter Stastny aux Devils

Michel Goulet
Photo d'archives Il y a 30 ans, le DG des Nordiques, Maurice Filion (au centre), annonçait qu’il troquait son attaquant Michel Goulet (à droite) aux Blackhawks.

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Il y a 30 ans, alors que s’écoulaient les dernières heures de la période de transactions dans la LNH, les Nordiques de Québec laissaient partir deux joueurs qui ont marqué à jamais l’histoire de la concession. 

Le 5 mars 1990, le directeur général Maurice Filion cédait d’abord l’ailier gauche Michel Goulet aux Blackhawks de Chicago en retour des attaquants Daniel Vincelette et Everett Sanipass ainsi que du défenseur Mario Doyon. Le gardien Greg Millen accompagnait le patineur de Péribonka dans la ville des vents ainsi qu’un choix de 6e ronde. 

Le lendemain, les Nordiques échangeaient l’âme de l’équipe en cédant le centre Peter Stastny aux Devils du New Jersey en retour de l’arrière Craig Wolanin et de considérations futures qui allaient devenir le défenseur Randy Velischek. 

« J’avais oublié l’anniversaire, mais je n’oublierai jamais la journée de la transaction, résume Stastny, que nous avons joint à Bratislava. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je rêvais de terminer ma carrière avec les Nordiques. Cette transaction a profondément influencé ma carrière et ma famille. Après dix ans à Québec dans une ville que j’appréciais grandement, je me posais beaucoup de questions. Je ne connaissais rien d’autre.  

« J’étais très émotif et ça demeure une journée inoubliable, de poursuivre l’ancien capitaine fleurdelysé, qui était à Winnipeg la veille d’affronter les Jets quand il a appris la nouvelle de la bouche du président Marcel Aubut. Lors du point de presse, c’était la première fois de ma vie d’adulte que je pleurais. Je rêvais de jouer pour une seule équipe et de me retirer où ma carrière avait débuté. J’aimais ma vie tranquille à Québec et je ne recherchais pas l’aventure. J’ai été béni par Dieu que tout se soit bien passé. » 

Pas de surprise 

De son côté, Goulet savait depuis quelques semaines que les Nordiques souhaitaient l’échanger. « Cela avait pris plus de temps que prévu, souligne celui qui a disputé 11 saisons dans l’uniforme des Nordiques et qui était à l’époque le seul rescapé de l’AMH (il a joué en 1978 avec les Bulls de Birmingham). Boston et Chicago étaient intéressés à mes services, mais les Blackhawks étaient les plus intéressés. Il n’y a donc pas eu de surprise. Les Nordiques voulaient vendre et reconstruire. Ça s’est fait de la bonne façon. Maurice a toujours été super avec moi. Il était ouvert.  

« Je savais que j’étais encore capable de jouer, mais les Nordiques prenaient une direction différente, d’ajouter Goulet. Maurice a travaillé fort pour tenter de me passer. C’était le bon temps. » 

Nouveau départ 

Déçus de quitter, Stastny et Goulet ont retrouvé un environnement plus positif en se joignant à des formations dont l’objectif était de se rendre jusqu’au bout. Derniers au classement général en 1989, les Nordiques ont vécu la même chose en 1990. 

« C’était vraiment déprimant, rappelle le grand Slovaque. On a raté les séries éliminatoires à mes trois dernières saisons alors que j’avais raté les séries une seule fois, à ma première saison à Québec. La première année, je me disais : “OK, ça va passer.” Ce fut difficile la deuxième et très difficile la troisième. On ne pouvait pas voir la lumière au bout du tunnel. » 

« Avec les Hawks, on a atteint la finale de conférence en 1990 face aux Oilers et nous avons perdu en finale de la coupe Stanley en 1992 contre Mario Lemieux et les Penguins, de renchérir le natif de Péribonka, qui a marqué 548 buts dans la LNH. C’était beaucoup plus facile. » 

Joueurs obtenus en échange de Michel Goulet 

<b>Daniel Vincelette</b>
Photo d'archives
Daniel Vincelette

 

<b>Everett Sanipass</b>
Photo d'archives
Everett Sanipass

 

<b>Mario Doyon</b>
Photo d'archives
Mario Doyon

Joueurs obtenus en échange de Peter Stastny 

<b>Craig Wolanin</b>
Photo d'archives
Craig Wolanin

 

<b>Randy Velischek</b>
Photo d'archives
Randy Velischek

 

 

Un mal pour un bien 

Peter Stastny
Photo d'archives
Peter Stastny

Sous le choc de quitter les Nordiques après dix saisons à Québec, Peter Stastny reconnaît avec le recul que ce fut une bénédiction incroyable d’être échangé. 

« La transaction m’a apporté de très belles choses à moi et à ma famille et je remercie la vie, exprime le meilleur pointeur de l’histoire des Nordiques. Ce fut également bon pour les Nordiques, qui ont remporté la coupe Stanley six ans plus tard, après avoir déménagé au Colorado. » 

Âgé de 34 ans au moment de la transaction, Stastny croyait disputer une ou deux autres saisons avant d’accrocher ses patins. Son passage avec les Devils du New Jersey a complètement changé la donne pour le mieux, sans compter que sa terre natale, la Slovaquie, a retrouvé son indépendance le 1er janvier 1993 après une scission avec la Tchécoslovaquie trois ans après la révolution de Velours de 1989. 

« Je pensais jouer un an ou deux encore si j’étais demeuré avec les Nordiques, mais j’ai disputé cinq saisons avec les Devils et les Blues, souligne-t-il. La transaction m’a rajeuni et m’a procuré une nouvelle énergie qui m’a poussé à relever de nouveaux défis. J’ai aussi eu la chance de représenter la Slovaquie aux Jeux olympiques de Lillehammer, en Norvège, en 1994. J’ai porté le drapeau de mon pays lors des cérémonies d’ouverture et de fermeture des Jeux. » Il avait aussi représenté la Tchécoslovaquie aux Jeux de 1980. 

En mars 1990, Peter Stastny quittait Québec pour le New Jersey. <i>Le Journal de Québec</i> se faisait l’écho de la tristesse du hockeyeur en titrant « La fin d’un grand rêve ».
Photo d'archives
En mars 1990, Peter Stastny quittait Québec pour le New Jersey. Le Journal de Québec se faisait l’écho de la tristesse du hockeyeur en titrant « La fin d’un grand rêve ».

 

Conte de fées 

Même si la Slovaquie ne comptait pas parmi les puissances en Norvège, Stastny s’est illustré avec une récolte de 16 points en six parties. 

Le conte de fées allait se poursuivre la saison suivante. Âgé de 39 ans, Stastny a contribué à écrire une page importante de l’histoire de son pays dans un scénario digne de Hollywood. 

« J’ai aidé la Slovaquie à monter dans le Groupe A au Championnat mondial, raconte l’auteur de 1239 points en carrière dans la LNH, dont le pays avait dû débuter dans le Groupe C avant de gravir les échelons. Au Championnat mondial du Groupe B qui était présenté à Bratislava, ma ville natale, nous avons gagné pour mériter de monter dans le Groupe A. C’était complètement fou dans les gradins. Il y avait des gens partout dans les marches. Tous ces événements ne seraient pas arrivés si je n’avais pas été échangé. Au départ, je ne voulais pas bouger, mais j’ai changé d’opinion avec les années. » 

Le Championnat mondial de 1995 a été le point d’orgue d’une carrière extraordinaire. « Je n’aurais pas pu écrire un plus beau scénario, résume-t-il. Quelle façon de dire au revoir à ma carrière de hockeyeur. Le Bon Dieu m’a béni de plusieurs choses après la transaction. » 

Transaction incroyable 

Échangé une journée plus tôt que son coéquipier et intronisé au Temple de la renommée du hockey en même temps que Stastny en 1988, Michel Goulet a lui aussi tiré profit de la transaction qui l’a envoyé à Chicago. « Mes dix années à Québec furent les plus belles de ma carrière, mais ce fut une transaction incroyable, mentionne-t-il. J’ai adoré l’équipe et la ville. J’ai adoré mes années à Chicago. » 

Le Canadien doit-il se départir de ses vétérans ? 

À 24 heures de la fin de la période des transactions, le Canadien de Montréal devrait-il échanger certains de ses meilleurs vétérans à l’instar des Nordiques de 1990 dans l’espoir de connaître du succès à moyen terme ? 

« C’est douloureux de regarder Montréal depuis deux ou trois ans, mentionne Peter Stastny. Il y a toujours de l’espoir et ça s’écroule en fin de saison. La direction doit avoir un plan clair comme c’était le cas à Québec à l’époque et comme c’est le cas au New Jersey et à Detroit. À Montréal, ce n’est pas vraiment clair. Échanger tes vétérans te permet de reconstruire plus vite. Tu dois patienter de deux à trois ans, mais tu peux remonter vite comme on le voit au Colorado. » 

« Quand tu termines dans le bas du classement pendant quelques années, tu sélectionnes beaucoup de talent, de poursuivre Stastny. On l’a vu avec les Nordiques, qui ont repêché au premier rang quelques années de suite. Même s’ils ont échangé Mats Sundin à Toronto pour pratiquement rien, ils ont gagné la coupe Stanley quand même en 1996 à leur première année au Colorado. » 

Rebâtir pour mieux repartir 

Goulet abonde dans le même sans vouloir commenter la situation précise du Canadien. « À un moment donné, tu dois rebâtir, résume-t-il. Les Nordiques ont fait la bonne affaire et ils ont pu repêcher des joueurs incroyables. Même chose à Los Angeles, New Jersey et Chicago, qui ont rebâti avant de finalement gagner la coupe Stanley. Pour les amateurs, c’est difficile pendant trois ou quatre ans, mais ils voient que le club s’en va dans la bonne direction.  

« Quand tu tentes de participer aux séries éliminatoires et que tu entres par la dernière porte, tu repêches toujours en milieu de peloton, de poursuivre l’auteur de 548 buts en carrière. Le travail d’un directeur gérant n’est pas facile et il doit prendre de grosses décisions. C’est à Montréal de décider quel chemin ils veulent prendre. Ce n’est pas facile de rebâtir. Tu as besoin de temps et de chance. »