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L’importance de la médecine préventive qui cible notre mode de vie: une leçon de l’Italie!

Young woman is resting and eating a healthy salad after a workout. Fitness and healthy lifestyle concept.
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Dans cette chronique, je vous ai déjà souligné à maintes reprises qu’afin de prévenir les maladies cardiovasculaires, il était aussi important de mesurer et de cibler des comportements comme la qualité de l’alimentation et le niveau d’activité physique que de mesurer des facteurs de risque dits biologiques comme le cholestérol, la tension artérielle et la glycémie (taux de sucre dans le sang). Par ailleurs, le tour de taille et la condition cardiorespiratoire (capacité à faire de l’effort physique) sont également deux puissants indicateurs de votre mode de vie qui affectent l’espérance de vie. 

Malheureusement, nos médecins de famille ne sont pas outillés pour mesurer et cibler ces comportements et leurs conséquences, et la plupart d’entre eux doivent s’en remettre aux tests biologiques classiques pour évaluer le niveau de risque de leurs patients. Ainsi, même si nos comportements jouent un rôle fondamental dans l’évolution de notre profil de santé, la prévention des maladies cardiovasculaires en pratique médicale se centre largement sur l’utilisation des médicaments pour abaisser le cholestérol, la tension artérielle et la glycémie. Pourtant, un nombre sans cesse croissant d’études montrent qu’une alimentation de qualité, un mode de vie actif, un tour de taille normal et une bonne condition cardiorespiratoire réduisent considérablement les probabilités de développer des problèmes de santé.

Une remarquable étude italienne – l’étude Moli-sani réalisée dans la région de Molise – vient appuyer ces faits et en arrive à la conclusion suivante : le contrôle de quatre indicateurs du mode de vie a un impact considérable sur le risque de mortalité, non seulement dans la population en général, mais également chez des individus avec un diagnostic de diabète ou de maladies cardiovasculaires (1). Il n’est donc jamais trop tard pour cibler notre mode de vie afin d’en retirer des bénéfices.

Dans cette étude, des participants âgés de 35 ans et plus ont été recrutés au hasard à partir du registre de la municipalité. En plus d’un ensemble d’indicateurs sanguins (cholestérol, glycémie, marqueurs inflammatoires, etc.) et de la tension artérielle, les sujets étaient répartis sur la base de quatre indicateurs de leur mode de vie : 1. qualité de l’alimentation ; 2. niveau d’activité physique ; 3. fumeur ou non-fumeur ; 4. tour de taille élevé ou normal. Ainsi, ces quatre indicateurs simples permettaient aux chercheurs de générer un score simple du mode de vie variant de 0 (aucun facteur favorable) à 4 (les comportements favorables du mode de vie sont tous présents). Durant la période de suivi de 8,2 ans, les auteurs ont examiné les taux de mortalité toutes causes confondues ou par maladies cardiovasculaires ou par cancer chez 22 839 participants en fonction du nombre d’indicateurs d’un mode de vie sain. Les résultats sont sans équivoque. En effet, chez les individus qui avaient les quatre comportements favorables, c’est-à-dire qui ne fumaient pas, qui n’avaient pas d’obésité abdominale, qui mangeaient bien et qui faisaient de l’activité physique, la mortalité toutes causes confondues était réduite de 47 %, la mortalité cardiovasculaire de 46 % et la mortalité associée aux cancers de 38 % comparativement aux individus qui n’avaient aucun ou qui avaient seulement un comportement favorable. Par ailleurs, chaque augmentation du score du mode de vie (par exemple, passer de 2 à 3 indicateurs d’un mode de vie sain) réduisait la mortalité toutes causes confondues de 20 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus, de 22 % chez les participants avec le diabète et de 24 % chez ceux qui avaient déjà une maladie cardiovasculaire. Phénomène intéressant : les chercheurs ont noté qu’une partie des effets bénéfiques observés n’était pas expliquée par les changements favorables dans les facteurs de risque traditionnels tels que le cholestérol, la tension artérielle et la glycémie. Ainsi, à leur grande surprise, jusqu’à 50 % des effets bénéfiques du mode de vie sur le risque de mortalité étaient attribuables aux changements dans de nouveaux marqueurs sanguins incluant ceux reflétant l’inflammation (qui, incidemment, sont très liés à l’obésité abdominale).

En résumé, cette magnifique étude italienne montre que mesurer et cibler quatre indicateurs simples du mode de vie (la qualité nutritionnelle, l’activité physique, le tabac et le tour de taille) comporte une grande valeur. Oui, les médicaments améliorent le cholestérol, la tension artérielle et la glycémie, et réduisent ainsi le risque de maladies cardiovasculaires, mais on peut faire encore davantage si on se donne les moyens, pourtant simples, de faire de la véritable médecine préventive.

1. Bonaccio M et coll. Impact of combined healthy lifestyle factors on survival in an adult general population and in high-risk groups: prospective results from the Moli-sani Study. J. Intern. Med. 2019; 286: 207–220.

* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.