/weekend
Navigation

«Il préférait les brûler» de Rose-Aimée Automne T. Morin: tisser des liens avec un père mourant

Rose-Aimée Automne T. Morin
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir publié le récit Ton absence m’appartient en 2019, la journaliste et animatrice Rose-Aimée Automne T. Morin propose maintenant un premier roman dans la même veine, Il préférait les brûler. Puisant dans son expérience personnelle, elle s’est inspirée d’une relation fusionnelle avec un père mourant pour raconter l’histoire d’une petite fille bien singulière, Fauve. 

Rose-Aimée Automne T. Morin, ancienne rédactrice en chef du magazine Urbania, explore la mort et ses perversions dans cette autofiction. 

Elle fait une incursion au cœur de la famille, du pouvoir, du désir, de la rédemption et des responsabilités. Qu’on choisisse d’y faire face ou non. 

Fauve, une petite fille, raconte sa vie dans une famille où tout semble aller de travers. 

Son père, même s’il a fait des enfants puis les a abandonnés, aime cependant sa fille unique plus que tout. Il en fait son plus important projet lorsque le cancer--- frappe et qu’il sait qu’il n’en a plus pour longtemps.  

En entrevue, Rose-Aimée Automne T. Morin explique qu’elle avait un objectif bien précis en écrivant ce roman intense et très dramatique. 

«Ce que je trouvais de plus intéressant, c’était d’explorer à quel point un contexte familial difficile peut créer des perversions chez un enfant, par exemple le besoin de susciter le désir, une obsession pour la mort, une anxiété de performance. Bref, des troubles qui ne sont beaux à imaginer chez personne, encore moins chez un enfant, alors qu’ils peuvent survenir dans de tels cadres.» 

Son propre vécu 

Rose-Aimée s’est inspirée en grande partie de sa propre expérience. «Moi, en tant qu’enfant, j’ai beaucoup cherché à susciter le désir des hommes, ayant eu une relation super particulière avec mon père. C’est une des parties que je peux revendiquer, le besoin de séduction. Quand tu grandis dans la mort, le seul moyen peut-être de trouver un peu de vie, c’est dans l’idée du désir, de se sentir vivante aux yeux d’autrui. Je pense que c’est quelque chose que j’ai intégré extrêmement tôt dans mon existence.» 

L’auteure avait envie d’aller creuser dans ces parties «moins belles, pas chouettes à nommer, pas chouettes à vivre, mais qui sont nécessaires à comprendre». L’écriture lui a fait du bien. «Nommer cette injonction de désir, c’est s’en défaire un petit peu.» 

Rose-Aimée ajoute que, depuis sa plus tendre enfance, elle a essayé de garder l’intérêt de son père mourant, en espérant qu’il ne parte pas. 

«J’ai appris à séduire. C’est une des choses que je voulais transposer dans le personnage de Fauve. Après ça... il y a du vrai, il y a du faux. Je ne tiens pas à préciser qu’est-ce qui l’est.»  

Série documentaire 

Rose-Aimée sortira par ailleurs une série documentaire de cinq épisodes en avril sur Tout.tv : Comment devenir une personne parfaite

«Pendant trois mois, j’ai appliqué tous les trucs que la science et différents experts me donnaient pour devenir plus organisée, sexy, intelligente et spirituelle», explique-t-elle. 

«Je me penche sur le fait que, selon plusieurs observateurs, ma génération est la première à vivre avec une telle pression de performance et de perfection. Je me suis dit : mettons que j’embrasse cette quête jusqu’au bout, jusqu’où je peux me rendre.» 

Et la réponse est? «Je peux m’améliorer dans beaucoup d’aspects, mais je peux aussi finir terriblement angoissée et malheureuse. Dans les cinq épisodes, on entre dans mon quotidien et dans ma déchéance mentale.»  

  • Rose-Aimée Automne T. Morin a été rédactrice en chef du magazine Urbania de 2015 à 2018. 
  • Elle a publié le récit Ton absence m’appartient en 2019. 
  • Elle sera au Salon international du livre de Québec.  

EXTRAIT 

Il préférait les brûler<br/>
Rose-Aimée Automne T. Morin<br/>
Éditions Stanké<br/>
232 pages
Photo courtoisie
Il préférait les brûler
Rose-Aimée Automne T. Morin
Éditions Stanké
232 pages

«Méfie-toi des hommes qui veulent que tu te la joues innocente. Pourquoi tu te positionnerais d’emblée comme perdante dans cette relation de pouvoir? Prends le dessus. Affiche tes couleurs. Un jour, tu feras l’amour. Et si t’apprécies la chose, t’as pas à faire semblant d’être vierge pour le reste de ta vie. T’auras le droit d’explorer le sexe, d’en parler, d’en jouir. Pareil comme les hommes le font et s’en félicitent tout haut. Et juge pas celles qui en feront autant. Elles seront tes sœurs de combat dans un monde qui veut vous garder enfants et faibles et objets. Lis ça, c’est le Kama-Sutra.» 

– Rose-Aimée Automne T. Morin, Il préférait les brûler, Éditions Stanké