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D’enfant de la guerre à coiffeur de vedettes

Le Québécois Nermine Grbic travaille dans des conditions difficiles

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Nermine Grbic dans son salon de Québec.

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Descendre à un kilomètre sous terre ou subir des froids sibériens pour coiffer des vedettes sur des plateaux de tournage, ça n’effraie pas Nermine Grbic. Le coiffeur de Québec, qui vient d’obtenir une nomination aux Canadian Screen Awards, estime qu’avoir fui un pays en guerre et séjourné dans des camps de réfugiés l’ont préparé à travailler dans des conditions extrêmes.

« Je dis oui à beaucoup de projets que d’autres ne voudraient pas faire parce que c’est aventurier, violent et fou. À cause de mon passé, j’endure beaucoup de choses », confie celui qui s’est échappé de sa Bosnie natale avec sa famille quand il était gamin.

Avec Frédérique Bradet
pour une publicité de 
Promutuel Assurance.
Photo courtoisie
Avec Frédérique Bradet pour une publicité de Promutuel Assurance.

Instinct de survie

Pour le nouveau film de Sophie Dupuis, Souterrain, il a récemment passé un mois dans les profondeurs d’une mine d’or de Val-d’Or « sans internet, loin de ma famille et de mes amis, à faire des retouches avec un casque de sécurité dans un Jeep blindé ».

« Une assistante a quitté [...] le tournage. C’était trop intense pour elle », se rappelle-t-il.

Il était aussi du tournage du premier film Netflix québécois, Jusqu’au déclin, un suspense nordique. « On a gelé à -40 dans la forêt. J’avais acheté des bas chauffants à 300 piasses, et ça ne réchauffait même pas. »

Pour sa prochaine aventure, il s’installera plusieurs semaines sur un bateau pour tourner, sur une mer dans le Nord, l’adaptation du roman Le grand marin.

S’il peut affronter des conditions de travail périlleuses, Nermine Grbic dit le devoir à « l’instinct de survie fort » qu’il a développé entre la Bosnie, la Slovénie, où sa famille a vécu pendant quelques années dans des camps de réfugiés, et le Québec, où il a posé les pieds à l’âge de 11 ans, en 1997, ne sachant dire que « bonjour » en français.

« Pendant une partie de ma vie, j’étais destiné à mourir et je cherchais à me cacher », confie-t-il.

Aujourd’hui, il parle français avec un accent québécois parfait qui lui permet de se fondre dans la masse. Comme lorsqu’il tentait de sauver sa peau durant sa jeunesse.

« J’aime les accents parce qu’ils permettent de passer inaperçus », explique-t-il.

Marjo : un défi

Avec Marjo sur
Chien de garde.
Photo courtoisie
Avec Marjo sur Chien de garde.

Son passé en zones de guerre lui a aussi procuré une « capacité d’analyser l’humain rapidement », qui le sert bien, notamment lorsqu’il doit convaincre une vedette de changer de tête. Comme ce fut le cas quand il a fait passer les cheveux de Marjo du blond au roux sur le plateau de Chien de garde. « S’il faut que j’amène une femme, qui est une chanteuse blonde et reconnue depuis 30 ans, à entrer dans un personnage qui n’est totalement pas elle, je dois être sûr qu’elle va vouloir avant de le lui proposer. Pour y arriver, j’ai une minute. »

Le même temps dont il disposait, dit-il, pour deviner si les gens qu’il croisait, dans sa jeunesse, avaient des intentions malveillantes.

Plus de deux mois pour concevoir une coiffure

La coiffure de Louis Negin 
dans le film The Twentieth Century.
Photo Courtoisie
La coiffure de Louis Negin dans le film The Twentieth Century.

« J’ai eu un choc quand j’ai appris la nouvelle. »

Pour un travailleur de l’ombre comme Nermine Grbic, le simple fait de recevoir une nomination dans un gala prestigieux comme celui des Canadian Screen Awards est un immense honneur.

« Je me trouve hyper chanceux parce que ce sont souvent les mêmes cliques qui se retrouvent là, et c’est une académie très pointilleuse. »

Cette nomination, le coiffeur de Québec la doit aux coiffures excentriques qu’il a créées pour le film d’époque The Twentieth Century, du cinéaste mont-réalais Matthew Rankin.

« Comme moi, c’est un obsédé dans son domaine. Quand je l’ai rencontré, il avait dessiné tous les looks de son film. Techniquement, c’était très difficile. Toutes les filles étaient des gars, il y avait beaucoup d’androgynie. Pour le personnage du juge, on a fait des tests pendant deux mois et demi parce que Matthew ne voulait pas d’une perruque blanche, vénitienne, cheap. »

Repartira-t-il avec le trophée ? Réponse le 29 mars, à Toronto.

SES PRINCIPAUX PROJETS

Cinéma  

  • Chef de département sur le plateau des films Ailleurs, Chien de garde, La disparition des lucioles et La petite fille qui aimait trop les allumettes, pour lequel il a obtenu une nomination pour le prix Iris des meilleures coiffures.
  • Assistant sur le tournage de 1987 et Hochelaga : terre des âmes.

Télé 

  • Escouade 99, Goblin, Lost Generation, Big Top Academy

Pubs télé

  • Les fromages d’ici, Loto-Québec, Promutuel Assurance