/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le «bon vieux temps»...

L'époque où on «tassait» les «Indiens» est révolue!

Le «bon vieux temps»...
Photo Stevens Leblanc

Coup d'oeil sur cet article

Quelle mouche a piqué François Legault? Par son commentaire sur les AK-47, le premier ministre du Québec nuit à la résolution du conflit.  

François Legault, en politique depuis longtemps, nous a parfois habitués aux déclarations surprenantes. On se souviendra de sa déclaration intempestive de 2012, lorsque, s'adressant à Vincent Marissal, il avait affirmé que «les filles attachaient moins d’importance aux salaires que les garçons».     

 

 

Cela avait fait bondir même ses plus proches collaborateurs au sein de la Coalition avenir Québec, alors parti naissant et en quête de crédibilité. Certains s’étaient demandé si M. Legault valait bien d’être suivi dans cette aventure.    

En novembre 2014, Legault récidivait dans un discours de congrès de son parti en désignant l’animatrice Julie Snyder comme «la femme de quelqu’un d’autre». Piquée au vif, avec raison, l’animatrice avait répliqué de façon virulente au chef caquiste en lui rappelant qu’une telle remarque témoignait d’un «manque de respect envers le public et les femmes en général».     

Voilà à quoi j’ai pensé en prenant connaissance de la déclaration intempestive du premier ministre du Québec à propos de la présence présumée d’armes de type AK-47 à Kahnawake. Non, mais qu’est-ce qu’il vient de faire là, le premier ministre!     

  

Le «bon vieux temps»...
AFP

L’usage de la force  

On le sait maintenant, sur la question des barricades en appui au combat des Wet'suwet'en, le premier ministre Legault prône la ligne dure. Pour lui, le plus pressant est de dégager les rails. Quitte à faire usage de la force s’il le faut. Les injonctions, les policiers pour les faire respecter... La loi, c’est la loi.     

Si l’on admet que certains militants plus extrémistes profitent de la cause des Wet'suwet'en pour faire avancer leur «agenda» politique, cela ne doit pas occulter le fait que le nœud du problème demeure entier; des nations autochtones se tiennent et ne plieront pas devant l’usage de la force.    

Point final.    

Et par sa déclaration intempestive, le premier ministre du Québec vient de leur donner une maudite bonne raison de ne rien lâcher du tout.     

Dans sa réponse, mesurée, le Conseil mohawk de Kahnawake a fermement condamné ces allégations lancées frivolement par le premier ministre.     

Du côté des policiers, on n’a pas dû apprécier cette déclaration non plus. Martin Geffroy, directeur du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR), a réagi sur les réseaux sociaux de la façon suivante: «S'il y a des AK-47, c’est une erreur stratégique de le dévoiler publiquement avant l’opération policière. Je ne vois pas dans quel scénario cela peut être productif pour nos forces policières.»    

Effectivement.    

  

Le premier ministre Justin Trudeau a durci le ton, le vendredi 21 février 2020, en demandant la levée du blocus ferroviaire, mais n'a pas dévoilé d'échéance pour une sortie de crise.
Crédit photographe: Guillaume St-Pierre / Journal de Québec
Photo Guillaume St-Pierre
Le premier ministre Justin Trudeau a durci le ton, le vendredi 21 février 2020, en demandant la levée du blocus ferroviaire, mais n'a pas dévoilé d'échéance pour une sortie de crise. Crédit photographe: Guillaume St-Pierre / Journal de Québec

«L’élixir maudit du dysfonctionnement politique»  

Je citais récemment un texte du Foreign Policy où l'on parlait de la dépendance de l’économie canadienne au pétrole comme d'une recette parfaite qui mène au dysfonctionnement politique.     

La gestion erratique, parfois même incompréhensible, de cette crise par le premier ministre Justin Trudeau en est un témoignage probant.     

On apprenait ce matin que les «préconditions» que le gouvernement de la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral tentaient de mettre en place afin d’organiser une rencontre de discussion avec les chefs héréditaires wet'suwet'en étaient tombées à l’eau.     

Le gouvernement voudrait que les barricades soient levées avant les discussions, ce que les chefs héréditaires ne peuvent imposer aux nations qui les soutiennent. La situation évolue et, au moment d’écrire ces lignes, il semble que l’on arrivera tout de même à tenir une rencontre.    

Pendant ce temps, le premier ministre canadien est dans une situation sans issue: faire respecter les injonctions – ce qui suppose l’usage de la force pour dégager les barricades – tout en évitant de perdre la face aux yeux des Premières Nations, mais aussi d’une part non négligeable de la population qui appuie leurs revendications.    

Il fut un temps, au Canada (et au Québec), où toute sympathie envers les revendications des Premières Nations aurait été anecdotique, au mieux. Cette époque est révolue.     

Enfin, et tant mieux!    

  

Les chefs héréditaires wet’suwet’en se sont déplacés jusqu’au Québec pour s’entretenir avec les Mohawks de Kahnawake après avoir rencontré la veille ceux de Tyendinaga, en Ontario. Kahnawake, le samedi 22 février 2020.
JOËL LEMAY/AGENCE QMI
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Les chefs héréditaires wet’suwet’en se sont déplacés jusqu’au Québec pour s’entretenir avec les Mohawks de Kahnawake après avoir rencontré la veille ceux de Tyendinaga, en Ontario. Kahnawake, le samedi 22 février 2020. JOËL LEMAY/AGENCE QMI

Rappelons-le, à la base, cette crise résulte de cette manière toute coloniale qu’a le Canada de tasser les Premières Nations, de tout faire pour attiser les divisions internes s’il le faut, afin de favoriser ses intérêts, lesquels se manifestent, concrètement, trop souvent, par les pipelines et la dévastation inhérente au développement de l’industrie pétrolière.    

Quand cette modeste nation wet'suwet'en s’est levée et s’est dressée devant l’industrie pétrolière, quand elle a bloqué le passage de l’oléoduc sur son territoire, quand les images de policiers voulant dégager de force la barricade – comme on le fait habituellement dans l’indifférence – sont parvenues à la population canadienne, tout à coup, cette histoire n’a plus été anecdotique.     

Woh minute!     

Cet usage de la force ne passe plus. Les beaux discours de «réconciliation» ne valent rien si l’on n’écoute pas celles et ceux chez qui on passe ces maudits tuyaux. Si on ne porte pas attention à la manière ancestrale dont ces nations autochtones se gouvernent.    

Les doléances des opposants au pipeline Coastal LNG sont légitimes, qu'elles concernent la dignité que ces nations revendiquent ou l’aspect environnemental de la question. Plusieurs non-autochtones les partagent. Il faut les entendre.     

Et l’usage de la force, dans la situation actuelle, c’est l’injonction au silence. C’est la négation du dialogue. C’est la méthode de l’ancien temps envers les «Indiens».     

Cette époque est révolue.     

Qu’on demande à l’industrie pétrolière de se retirer des terres wet'suwet'en en attendant que le tout se règle.     

Ce sera la meilleure façon de faire lever les barricades. N’en déplaise aux tenants de la ligne dure et autres nostalgiques de l’ancien temps.