/news/transports
Navigation

Carambolage sur l'A440 : deux héros ne voulaient abandonner personne

Les ambulanciers seront honorés par l’Assemblée nationale pour leur courage

héros de la 440
Photo Chantal Poirier Les ambulanciers d’Urgences-santé Mathieu Goyer et Marc-André Gaudreau seront honorés ce soir à Bois-des-Filion pour la bravoure dont ils ont fait preuve en août lors de la tragédie sur l’autoroute 440 à Laval.

Coup d'oeil sur cet article

Deux ambulanciers qui ont sauvé plusieurs citoyens au péril de leur vie lors du carambolage mortel sur l’autoroute 440 à Laval, l’été dernier, seront honorés pour leur bravoure aujourd’hui.  

« C’est sûr que cet événement-là, on ne l’oubliera jamais. Les images, les sons, c’est gravé dans nos têtes, laisse tomber Mathieu Goyer, en compagnie de son collègue Marc-André Gaudreau. Aujourd’hui, on se trouve chanceux de s’en être sortis sans blessure. »    

  • Écoutez l'entrevue de Mathieu Goyer avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

Les deux paramédics, partenaires depuis trois ans, étaient là par pur hasard le 5 août, quand quatre personnes ont perdu la vie dans le grave accident impliquant notamment deux poids lourds. Ils allaient finir leur quart de travail.      

« Je me rappelle d’un gros bruit, j’ai regardé dans le rétroviseur et ça venait tout juste de se produire, à cinq ou six voitures de nous », raconte M. Gaudreau, 30 ans.    

À ce moment, ils ont compris que la situation était critique. La collision était majeure et impliquait plusieurs véhicules. De la fumée se dégageait déjà des lieux, laissant présager un incendie.      

Rapidement, ils se sont mis en mode intervention et ont appelé des renforts.    

« Les flammes ont commencé quand Mathieu est arrivé avec la crowbar, et il essayait de dégager les gens », continue le trentenaire.    

héros de la 440
Photo d'archives, Agence QMI

« On les entendait crier »  

« Je suis allé tout de suite aux patients. Y’avait du monde dans les autos, on les entendait crier, renchérit M. Goyer, 40 ans. Puis, à un moment donné les pneus ont commencé à exploser et la chaleur était vraiment intense. Marc me criait de revenir, c’était dangereux. »   

Après avoir chacun enfilé leur habit de protection, les deux hommes sont retournés parmi la ferraille et le feu pour venir en aide aux victimes. Le temps pressait. Ils étaient les seuls membres des services d’urgence sur la scène.    

À un moment, ils ont repéré une maman avec ses deux jeunes filles prisonnières dans une voiture..     

« Les flammes s’approchaient de l’auto. On a finalement réussi à sortir une première petite fille, explique le quadragénaire. Il a fallu qu’on prenne un peu nos distances à cause de la boucane; et l’autre criait : “abandonnez-moi pas, laissez-moi pas ici’’. »    

L’aide des pompiers  

Ils ont finalement pu retourner la sauver. Puis, des pompiers arrivés entre-temps ont réussi à désincarcérer leur mère.      

Une fois l’intervention terminée, M. Goyer et M. Gaudreau ont été parmi les derniers à quitter les lieux, puis ils ont été transportés à l’hôpital pour être évalués.    

« Là-bas, y’a un chef qui est venu nous féliciter et nous dire que selon des témoins et des policiers, on avait sauvé six ou sept personnes à nous autres. C’est là qu’on a un peu réalisé, car nous, tout ce qu’on voyait, c’était les décès », relate M. Goyer.    


  

Les deux ambulanciers seront honorés ce soir par l'Assemblée nationale pour leur acte de bravoure à Bois-des-Filion. Des ministres et des députés seront présents pour l’occasion.  

Un retour au travail après cinq difficiles mois    

Après le drame sur l’autoroute 440, cinq mois d’arrêt de travail ont été nécessaires pour les deux ambulanciers afin de se remettre du traumatisme.    

« Nous, on vivait beaucoup de culpabilité et de la honte. Dans notre tête, on avait échoué et mal fait notre job. À cause de nous, il y avait des gens qui étaient morts et on s’en voulait », avoue M. Goyer, qui possède 18 années d’expérience.    

Les premières semaines après la tragédie ont été éprouvantes pour les deux hommes : cauchemar, irritabilité, impatience, manque d’appétit. Ils ne se reconnaissaient plus.      

« C’est vraiment psychologiquement que c’est venu nous atteindre. Les deux on se reparlait et on refaisait l’intervention moment par moment, pour voir où ça avait accroché. Après un certain temps, on a fini par accepter que si on avait à le refaire, ça serait de la même manière », soutient M. Gaudreau, qui compte huit ans de travail.      

« Pairs aidants »  

S’ils ont pu revenir au boulot aussi rapidement, c’est notamment en raison du programme de collègues « pairs aidants ». Ils ont été pris en charge la journée même du drame.     

« Y’a une amélioration qui est assez claire au niveau de la durée des absences, parce qu’ils ont eu le soutien immédiat, explique Josée Coulombe, psychologue et responsable du programme chez Urgences-santé. Même s’ils ne sont pas prêts à en parler, c’est important d’avoir une réponse qui est rapide et qu’ils se sentent appuyés. »    

« Bien qu’au départ il y a eu des ratés, le programme est important et on souhaite qu’il soit poursuivi, parce que les résultats sont là », soutient de son côté Réjean Leclerc, président du syndicat préhospitalier de la Confédération des syndicats nationaux.    

Encore plus fort  

MM. Goyer et Gaudreau ont attendu après la période des Fêtes pour faire un retour au travail progressif. Ils répondent à des appels 911 depuis cette semaine.    

« On avait vraiment besoin d’un gros break, ça a fait du bien », affirme M. Goyer.    

« L’idéal c’est aussi d’en parler, surtout avec des collègues, car ils peuvent mieux comprendre. Avant c’était tabou d’en parler, mais il ne faut pas », ajoute son partenaire.    

Le lien qui unit le duo est encore plus solide qu’avant, estiment-ils.    

« J’ai toujours eu 100 % confiance en Marc-André, mais maintenant je le sais encore plus qu’avant. J’ai une confiance aveugle désormais », conclut M. Goyer.