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Une guerre ou une catastrophe migratoire?

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La Turquie est en train de perdre la guerre en Syrie. Pour faire pression sur l’Europe et recevoir son aide, elle a décidé d’ouvrir ses frontières et de laisser passer librement jusqu’à 3,6 millions de réfugiés parqués en territoire turc.

Pour les Européens, qui se préparent à lutter contre l’épidémie de COVID-19, l’ouverture des frontières turques arrive à un très mauvais moment. De manière irresponsable et idiote, le gouvernement américain a assuré la Turquie de son soutien total.

Qui sont les nouveaux réfugiés ?

Les réfugiés qui traversent la frontière turque pour se rendre en Europe attirent la commisération. Chaque famille de réfugiés cache une histoire d’horreur. Mais ces réfugiés vont arriver dans une Europe qui bascule de plus en plus vers l’extrême droite, en raison, entre autres, de la présence grandissante de réfugiés et d’immigrants non européens sur son sol. D’autre part, le drame des réfugiés ne doit pas servir à cacher une vérité embarrassante : la nouvelle vague de réfugiés en provenance d’Idlib est constituée en majorité de fondamentalistes religieux musulmans. Leur fondamentalisme religieux, comme tous les autres fondamentalismes religieux, est incompatible avec le fonctionnement des démocraties.

Que cherche la Syrie en reprenant Idlib ?

La région d’Idlib a été sous l’emprise de l’État islamique, puis sous d’autres forces fondamentalistes religieuses, à peine moins rigoureuses que celles de l’État islamique. Ce sont ces forces religieuses que le président syrien, Bashar al-Assad, appuyé par les Russes, tente de déloger pour reconquérir le territoire d’Idlib. Or, ces forces religieuses fondamentalistes sont appuyées par la Turquie.

Quels sont les objectifs de la Turquie ?

Le gouvernement turc appuie les forces religieuses islamistes en Syrie pour plusieurs raisons. D’abord, le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, est lui-même un islamiste. Ensuite, la Turquie et la Syrie sont des pays ennemis. Tout ce qui peut affaiblir la Syrie, y compris un morcellement territorial, est le bienvenu. Enfin, Erdogan veut remplacer les populations kurdes du nord de la Syrie par des populations non kurdes, parce qu’il est obsédé par la crainte que les Kurdes qui habitent en Turquie forment un pays indépendant.

Bashar al-Assad est-il dans cette guerre un allié des démocraties ?

Bashar al-Assad, malgré tous ses défauts de dictateur, et malgré son alliance avec la Russie, est un allié de fait des démocraties occidentales contre l’islamisme. Les chrétiens qui vivent en Syrie l’appuient parce qu’il les protège contre les islamistes. Mais plusieurs instances américaines, aveuglées par leur obsession antirusse d’une autre époque et très influencées par des fondamentalistes religieux, chrétiens cette fois, sont incapables d’identifier l’ennemi régional commun aux démocraties, c’est-à-dire les forces islamistes.

Que faut-il prévoir ?

Une nouvelle vague d’immigrants, si elle se concrétise, renforcera les partis d’extrême droite en Europe. Washington estime peut-être que ces partis d’extrême droite affaibliront l’Union européenne. Ce genre de calcul est dangereux. Les Européens demeurent les meilleurs alliés des États-Unis. Les affaiblir est aussi affaiblir les États-Unis. Mais surtout, il existe un réel danger de guerre générale entre la Turquie et la Syrie. Malheureusement, des hauts dirigeants de l’OTAN ont assuré la Turquie de leur soutien total si le conflit finissait par l’opposer directement à l’OTAN. La Grande-Bretagne s’est ralliée aux États-Unis. Il n’est pas sûr que les gouvernements européens puissent résister au chantage migratoire de la Turquie. Entre la guerre contre la Syrie et une nouvelle vague migratoire, certains gouvernements pourraient choisir la guerre.