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Joe Biden achète du temps en Caroline du Sud

Joe Biden achète du temps en Caroline du Sud
AFP

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Un Joe Biden énergique, agressif, souriant et serrant les poings. Un Joe Biden qui se permet de décocher quelques flèches bien senties en direction de Bernie Sanders et qui annonce son retour dans la course, toutes des images que son équipe de campagne espérait depuis un certain temps.  

Nous n’avons pas encore le Joe Biden qui rejoignait Barack Obama sur la scène, les manches retroussées et le pas léger après avoir été choisi comme candidat à la vice-présidence en 2008. Si on pouvait pointer vers les effets du temps, Biden a tout de même 12 ans de plus, il manquait plus qu’une cure de rajeunissement pour Biden. Il ne semblait plus dans le coup.   

Acculé au mur avant le plus récent débat, il a offert sa meilleure performance. Sachant qu’il jouait probablement son va-tout, l’ancien vice-président était plus incisif, plus mordant. Il n’a pas offert une performance extraordinaire, mais il s’agissait de sa meilleure depuis le début.   

À ce petit regain d’énergie, il peut maintenant ajouter sa première victoire à vie dans une primaire! Est-il pour autant réellement de retour? Samedi soir, Joe Biden a acheté un peu de temps, c’est tout. Cette victoire convaincante aura-t-elle un effet sur les résultats de mardi? La pente est encore raide.   

Bernie Sanders aurait assurément apprécié quelques gains supplémentaires en Caroline du Sud, mais il s’attendait à une défaite. Le sénateur du Vermont compte peu de nouveaux appuis en 2020 et Hillary Clinton l’avait écrasé dans cet État en 2016. S’il y a une inquiétude du côté de Sanders, elle réside justement dans cette incapacité à élargir sa base de manière substantielle. D’autres États du sud où l'on retrouve une majorité de démocrates noirs s’exprimeront mardi et Sanders doit espérer de meilleurs résultats.   

Il ne faut cependant pas se leurrer, Bernie est toujours le meneur. Quand on observe les prévisions pour le prochain rendez-vous, Sanders pourrait l’emporter dans 6 à 8 des 14 États qui voteront. Même si Joe Biden ou Michael Bloomberg parvenaient à s’imposer deux ou trois fois, ce serait trop peu pour ébranler l’avance du progressiste.   

À la fin de la soirée de samedi, nous apprenions que Steyer quittait la course. S’il n’y a pas d’autres abandons, tout ce que les centristes peuvent espérer mardi, c’est ralentir la progression de Sanders. Comme tous les délégués d’un État ne vont pas au vainqueur et qu’ils sont plutôt accordés proportionnellement, les Biden et Bloomberg doivent espérer plusieurs deuxièmes ou troisièmes places pour éviter que Bernie ne file avec le magot.   

Il sera intéressant d’observer si d’autres noms vont annoncer leur départ d’ici à mardi. Il reste bien peu de motifs valables aux Buttigieg, Klobuchar et Warren pour s’accrocher. À moins de viser une convention contestée (un grand risque...) ou de monnayer son départ, il n’y a pas de chemin vers la victoire pour ces trois candidats.   

Joe Biden et Michael Bloomberg doivent espérer se retrouver seuls contre Bernie Sanders le plus rapidement possible. Des deux hommes, Biden est le mieux placé pour ébranler le meneur, mais comme je le précisais plus tôt ce matin, ses coffres ne sont pas très garnis.    

Si l’armée de stratèges et de spécialistes des données de Bloomberg lui indiquent qu’en s’accrochant trop longtemps il fera le jeu de Sanders, et à leurs yeux celui de Trump, le milliardaire se rangera à leur avis. On peut déjà parier qu’il respecterait sa promesse d’investir autant qu’il le faudra pour détrôner Donald Trump. Biden serait alors un allié bien plus naturel que Sanders.   

La course à l’investiture entre désormais dans sa phase cruciale et bien des scénarios sont envisageables. Pour les éléments les plus centristes du parti qui ne souhaitent pas mener une campagne résolument progressiste, le temps file. Parions qu’au moment où j’écris ces lignes, au moins trois candidats se sont fait suggérer de déposer les armes pour éviter de diviser le vote. Steyer est parti. Qui sera le prochain ou la prochaine? Je parierais sur Amy Klobuchar.