/misc
Navigation

Le Canada brisé?

FD-MANIFESTATION-AUTOCHTONES-MONTREAL
Photo Agence QMI, Maxime Deland Une femme porte une pancarte sur laquelle on lit : la réconciliation n’a jamais eu lieu, lors d’une manifestation en soutien à la communauté wet’suwet’en, mardi à Montréal.

Coup d'oeil sur cet article

Il paraît que le Canada est brisé ! Ce n’est pas là le regard exclusif des souverainistes québécois ou de séparatistes albertains. C’est le verdict des deux tiers des Canadiens selon un sondage DART & Maru/Blue publié dans le National Post

Il serait tentant de rejeter la faute de ce désaveu sur le climat politique actuel. La crise ferroviaire, le réveil du ras-le-bol des Premières Nations, le retour des barricades en territoire Mohawk, la colère engendrée en Alberta par l’annulation du projet Teck Frontier, contribuent certainement au sentiment collectif que le Canada est ingouvernable.

Une réconciliation brisée

Au cœur de ce désaveu collectif envers le Canada, il y a de nombreuses réconciliations inachevées. Celle entre notre société moderne et les Premières Nations, celle entre le secteur énergétique au pays et nos aspirations climatiques, celle entre ces travailleurs inquiets de perdre leur emploi et ceux qui sont inquiets pour l’avenir de la planète.

Ce gouffre semble aujourd’hui infranchissable, parce que le discours politique ne laisse plus aucune place à la nuance. Les politiciens préfèrent la voix des réflexes ultra-partisans, séduits par la simplicité du tout ou rien. C’est donc « la faute d’Ottawa » si l’Alberta est en crise, « la faute de l’Alberta » si le Canada ne réduit pas assez ses GES, « la faute de la rectitude politique » si on n’envoie pas la police démanteler les barricades, et j’en passe.

Or ces enjeux complexes ne se régleront jamais dans les extrêmes, surtout dans un pays aux réalités économiques aussi diversifiées que le Canada. 

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Des institutions brisées

Le malaise actuel met surtout au grand jour l’incapacité du Canada comme pays de gérer les différences profondes entre ses régions. La question nationale au Québec en a longtemps été le symptôme. Viennent s’y ajouter le nationalisme autochtone et la colère albertaine. D’ailleurs dans son récent ouvrage La démocratie au Canada, l’éminent politicologue Donald Savoie y voit le fruit d’un vice de procédure dans la façon dont le pays s’est construit. Une fédération dont les institutions nationales n’ont pas été conçues pour représenter et défendre les régions.

Selon lui, ce n’est pas le Canada qui serait brisé, mais ses institutions. Pour les Pères de la Confédération, imaginer une fédération fonctionnelle était le dernier de leurs soucis. Le rendez-vous manqué de 1982 n’a rien réglé. On en paie aujourd’hui le prix.

Décidément, le Canada est confronté à une tempête parfaite. Et pourtant, il semble plus facile de marquer des points politiques à courte vue que de se lancer dans des réformes constitutionnelles.