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Les Syriens, pris entre deux feux

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La Syrie, on n’en parle pratiquement plus. C’est vrai qu’à un certain moment, il y en avait pour tous les délires : les sadiques de l’État islamique dans un coin, les tordus d’Al-Qaïda dans l’autre, les forces du bourreau de Damas, les Kurdes, les Turcs, les Iraniens, les Américains, les Russes... c’était les Nations unies du chaos.

Au fil de neuf années de guerre civile, l’armée syrienne — guidée par le président Bachar al-Assad et brutalement soutenue par Moscou et Téhéran — a rétabli ce qu’on doit tristement appeler « l’ordre » dans une bonne partie du pays. Assad, ses militaires et leurs alliés auront un jour à répondre d’un nombre incalculable de crimes contre l’humanité, mais on n’en est pas encore là.

La Syrie reste essentiellement fracturée en trois entités : la principale, contrôlée par Damas, le nord-est, entre les mains des Kurdes, et des morceaux de territoire que l’armée turque occupe à la frontière des deux pays. Puis, il y a cette poche de résistance dans le nord-ouest, la province d’Idlib.

IDLIB, ULTIME REFUGE

C’est là, à Idlib, qu’au fil de la guerre et de leurs défaites ailleurs en Syrie, les opposants au régime ont fini par se terrer. On y trouve quelques rebelles, épousant encore les idéaux démocratiques à l’origine du mouvement de protestation contre Assad en mars 2011.

Autrement, ce sont les plus enragés, chassés d’ailleurs, qui sont rassemblés là : des djihadistes de tout poil, dont d’indécrottables fidèles d’Al-Qaïda, souvent venus de l’étranger. La vérité la plus crue, c’est que nulle part — pas plus en Europe qu’aux États-Unis ou chez nous, au Canada — n’existe l’envie sincère de rapatrier ces extrémistes musulmans.

La Turquie voisine ne tient ni à les voir traverser sa frontière ni à accueillir d’autres Syriens, déplacés par la guerre. Parce que c’est le volet véritablement tragique de la violence des derniers jours : les efforts de Bachar al-Assad pour reconquérir Idlib se font à coups de bombardements d’écoles, d’hôpitaux et de maisons privées.

Parallèlement à cette crise humanitaire, une trentaine de ses soldats turcs, la semaine dernière, ont été tués dans un raid aérien, vraisemblablement mené par les Russes, qui appuient l’armée syrienne.

C’est là que le sort de cette province — plus petite que la Gaspésie — nous interpelle. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé au secours l’OTAN — la grande alliance dont le Canada est membre — puisque ses soldats ont été la cible d’une puissance ennemie. Si l’Alliance atlantique devait être aspirée dans ce conflit, c’est aussi le Canada qui le serait.

UN SAUVEUR À VENIR ?

À une autre époque et dans d’autres circonstances, les États-Unis auraient fait la police, ordonné l’arrêt des attaques, menacé de déployer porte-avions, bombardiers et troupes même. C’était excessif, agressif, mais ça faisait réfléchir. Les Américains ne sont plus là et Donald Trump encore moins.

Hier, la Maison-Blanche confirmait qu’une entente avait été conclue, promettant un retrait complet des soldats américains d’Afghanistan, si les talibans se tiennent tranquilles au cours des quatorze prochains mois. Trump remplirait ainsi son engagement de mettre fin à la plus longue guerre — 18 ans ! – livrée par les États-Unis.

L’avant-veille, un allié du président au Congrès, Lindsey Graham, exigeait une réponse ferme des États-Unis — par l’imposition d’une « no-fly zone » au-dessus du nord-ouest de la Syrie — pour mettre fin au massacre. Réponse du Pentagone : totalement hors de question que les Américains se réengagent militairement en Syrie !

En d’autres mots, si ce n’est plus en Irak ou en Afghanistan, ce ne sera surtout pas en Syrie. Regardez ailleurs, les États-Unis ne sortiront pas d’une guerre pour plonger dans une autre, peu importe les cris d’appel à l’aide.