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«Les Dernières Heures» de Minette Walters: survivre à la peste noire

Minette Walters
Photo courtoisie, Fabio De Paola

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Minette Walters, la grande dame du roman noir anglo-saxon, récompensée par de nombreux prix littéraires, s’est lancée dans un fascinant roman historique en écrivant Les Dernières Heures. Inspirée par des vestiges trouvés sur sa propre propriété, dans le Dorset, elle raconte avec une incroyable précision les ravages de la pire pandémie de l’histoire : celle de la peste noire.  

En juin 1348, la mort noire s’introduit en Angleterre par le port de Melcombe, dans le comté de Dorset. Ce mal, d’origine inconnue, se propage à vitesse folle et tue des milliers de gens en un rien de temps. En Europe, il fera 25 millions de victimes en cinq ans. 

Le peuple, mené par l’Église qui affirme que Dieu est responsable de ce malheur, croit voir là un châtiment terrible. 

Lady Anne, une châtelaine éduquée et lettrée, gère le château de Develish en l’absence de son cruel époux, Sir Richard. 

Visionnaire, avant-gardiste, animée par la compassion, elle met tout en œuvre pour protéger ses paysans. 

Faisant fi des usages habituels, Lady Anne nomme un esclave, Thaddeus Thurkell, comme régisseur du domaine. 

Ils mettent Develish en quarantaine et ordonnent à tous les serfs de venir s’installer à l’intérieur des douves. Tous ensemble, ils devront lutter, en dépit des vivres qui diminuent et des tensions qui augmentent. 

Sur son domaine 

Minette Walters, en entrevue, explique qu’elle vit à quelques kilomètres de Melcombe, où la peste s’est introduite en Angleterre. 

«Quand nous avons acheté notre manoir, ici dans le Dorset, nous avons appris qu’il fait partie d’un tout petit hameau, dans une vallée très isolée. Nous avons fait des recherches sur son histoire, et nous avons découvert que la construction de la petite chapelle qui est sur nos terres, avait été terminée au 12e siècle – avant la peste noire», dit-elle. 

«On peut encore voir des tertres sur notre terre – ce sont les vestiges des anciennes habitations. Je suis allée au Dorset History Center pour m’informer. La petite communauté a été décimée très tôt parce que nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du point d’introduction de la peste noire. Chaque fois que je marchais sur mes terres, je me demandais qui étaient ces gens.» 

Alors qu’elle écrivait d’autres romans policiers, Minette Walters s’est lancée dans les recherches. «J’ai étudié l’histoire du comté de Dorset et celui de la peste noire. J’ai découvert dans les archives que seulement une personne sur dix avait survécu à l’épidémie dans le comté de Dorset. C’est à ce moment que j’ai pensé raconter l’histoire des survivants.» 

Elle s’est demandé comment ils avaient bien pu échapper à l’épidémie... et ces idées lui ont trotté dans la tête pendant dix ans. Un jour, l’image de Lady Anne lui est apparue – celle d’une personne assez sage pour placer tous ses gens en quarantaine. 

Expérience valorisante 

Elle a décidé de relever le défi et d’écrire un roman historique – quelque chose qu’elle n’avait pas envisagé. L’expérience a été exigeante, mais très valorisante. 

«Même si j’adore l’histoire et les romans historiques, c’est beaucoup plus difficile de construire une histoire se déroulant dans le comté de Dorset au 14e siècle qu’écrire des romans policiers. J’ai passé trois ans à lire tout ce que je pouvais sur le sujet. Mais c’était intéressant et j’ai adoré l’expérience!» 

Minette Walters, brillante écrivaine, s’est longtemps demandé si son personnage de Lady Anne avait bien pu exister. 

«Dans les archives de la paroisse, j’ai noté que tellement de maris, de pères, de frères sont morts, et que les femmes ont dû prendre la relève des différents commerces. C’est assez clair que la plupart d’entre elles l’ont fait avec grand succès. Lady Anne est une de ces héroïnes anonymes de l’histoire.»  

  • Minette Walter vit dans le Dorset, au Royaume-Uni. 
  • Elle a publié plusieurs best-sellers, dont Le sang du renard, lauréat du plus prestigieux prix de littérature policière anglaise, le Gold Dagger Award. 
  • Elle a déjà visité Montréal et rêve de découvrir Québec. 
  • La suite, The Turn of Midnight, a déjà été publiée en version anglaise.  
Les Dernières Heures<br/>
Minette Walters<br/>
Éditions Robert Laffont<br/>
522 pages
Photo courtoisie
Les Dernières Heures
Minette Walters
Éditions Robert Laffont
522 pages