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Un cauchemar qui tire à sa fin

QATAR-US-AFGHANISTAN-DIPLOMACY-CONFLICT-TALIBAN
Photo AFP L’émissaire des États-Unis pour l’Afghanistan, Zalmay Khalilzad (à gauche), et le chef politique des talibans, Abdul Ghani Baradar se sont serré la main après avoir signé l’accord sous les applaudissements et les cris « Allah Akbar » samedi, à Doha, au Qatar.

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On verra donc, de notre vivant, la fin de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis.  

L’entente signée hier au Qatar entre les talibans – ceux-là même qui avaient donné refuge à Oussama ben Laden il y a 20 ans – et les Américains ouvre la voie au départ des 13 000 derniers soldats déployés là-bas, et ce, d’ici le printemps 2021. Bref, le plus vite possible ! 

La force politique de Donald Trump, c’est qu’il se fout des apparences. Il est vulgaire dans ses propos et ses idées, se contredit dans la même phrase, jure comme un païen, mais il reste lui-même, et ses partisans ne l’en aiment que davantage. 

Sauver les apparences, c’est tout ce qui justifiait encore la présence militaire américaine en Afghanistan. L’invasion du pays dans la suite des attentats du 11 septembre 2001 était légitimée par la chasse aux extrémistes d’Al-Qaïda. Dix-huit ans plus tard, les terroristes ont déguerpi ou ont été tués et il ne reste que des nationalistes en sandales qui en ont tout simplement assez de voir patrouiller des Occidentaux dans leurs villages. 

Les apparences à sauver, ce sont les femmes qui, grâce aux troupes étrangères, ont réussi, dans la capitale tout au moins, à démarrer des commerces et à se faire élire députés. Ce sont les filles qui ont pu quitter les quatre murs de leur maison pour se rendre à l’école. 

Les apparences à sauver, ce sont aussi les minorités ethniques qui ont enfin pu échapper à la domination des Pachtounes, l’ethnie majoritaire, et prendre un peu plus de place dans la vie politique. Et les apparences, c’est le gouvernement central, élu démocratiquement, mais rongé depuis le premier jour par la plus corrosive corruption. 

Respecter les « acquis » 

L’Administration américaine – du président Trump à son secrétaire d’État, Mike Pompeo, et au principal négociateur, Zalmay Khalilzad – jure que les talibans seront confrontés à des conditions strictes qui les forceront à respecter les « acquis » que 3500 soldats alliés tués là-bas – dont 158 Canadiens – en plus des deux mille milliards de dollars dilapidés ont apportés à ce pays qui reste, malgré tout, semi-moyenâgeux. 

On peut en douter. Les talibans attendront de voir décoller le dernier soldat américain, puis en feront à leur tête. Tout le monde le sait bien à Washington. Ses généraux et ses diplomates insistaient auprès du président sur la nécessité de sauver les apparences. Il vient de montrer, une nouvelle fois, qu’il s’en fiche éperdument.