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Schizophrène depuis l'adolescence, il veut faire tomber les préjugés

Maintenant en paix avec lui-même, Luc Vigneault utilise son expérience pour changer les perceptions vis-à-vis de la schizophrénie.
Photo Annie T. Roussel Maintenant en paix avec lui-même, Luc Vigneault utilise son expérience pour changer les perceptions vis-à-vis de la schizophrénie.

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Aux prises avec la schizophrénie depuis son adolescence, un homme de Québec qui a surmonté de lourdes épreuves et les nombreux jugements lance un cri du cœur afin de démocratiser cette maladie.  

À l’âge de 10 ans, Luc Vigneault a perdu son père. La même année, il confie avoir été agressé sexuellement, avant d’être envoyé dans un orphelinat.  

Ces événements ont finalement mené à une première crise schizophrénique quelques années plus tard. 

«Je voyais des ombres qui me poursuivaient et qui me disaient que j’étais un moins que rien. Comme il y a beaucoup de tabous qui entourent cette maladie, je n’osais pas en parler à personne», raconte l’homme, aujourd’hui âgé de 60 ans, marié et père de famille. 

S’est ensuite ensuivie une longue chute dans l’univers de la drogue, après qu’un médecin lui eut dit, à l’époque, «qu’il était fini» et qu’il n’aurait pas d’avenir.  

Comme de 40 % à 60 % des personnes qui souffrent de schizophrénie, il a tenté de s’enlever la vie. 

Dorénavant, grâce à une bonne hygiène de vie et un peu de médications, M. Vigneault se porte beaucoup mieux. Il a même écrit deux livres pour favoriser le rétablissement des personnes atteintes de maladies mentales. 

«Problème de santé publique» 

Pour le psychiatre Marc-André Roy, même si la schizophrénie ne touche qu’un pour cent de la population canadienne, ses effets peuvent affecter énormément de gens.  

«Quand on calcule que chacune des personnes atteintes a des proches qui vont aussi être affectés par cette maladie-là, on se dit que c’est vraiment un problème de santé publique majeur», soutient-il. 

Il fait allusion aux frais de santé, mais surtout à la perte de productivité de l’entourage du malade.  

Et pourtant, il constate que très peu d’informations circulent à ce sujet et que la majorité de la population est mal informée. 

Préjugés et mépris 

C’est d’ailleurs en raison de ce manque d’informations que les préjugés et le mépris par rapport aux personnes schizophrènes demeurent un problème, selon Luc Vigneault. Il dénonce la culture populaire et «l’héritage des asiles d’antan» d’être responsables de cette «image du fou dangereux» qui persiste. 

«Il y a encore beaucoup de stigmatisation. Il faut dire que le cinéma ne nous aide pas. Ce qu’on y voit, ce n’est pas du tout ça! Les schizophrènes peuvent être dérangeants, mais ils ne sont pas dangereux.» 

Qui plus est, cette perception de la maladie lui a énormément nui dans son parcours professionnel. 

«Quand je suis allé chez Emploi Québec, la première chose qu’on m’a dite, c’est qu’on ne pouvait pas m’aider à cause que j’étais schizophrène. J’ai dû les menacer de les emmener en cour!» se rappelle celui qui est désormais pair aidant et chargé de cours aux universités Laval et de Montréal. 

La maladie en chiffres  

  •  85 000 personnes touchées au Québec. 
  • 40 % à 60 % des schizophrènes tentent de s’enlever la vie. 
  • 10 % y parviennent. 
  • La maladie se manifeste habituellement entre 15 et 25 ans. 
  • Dans 80 % des cas, les symptômes s’améliorent dès qu’ils sont traités. 
  • 14 au 21 mars, première édition au Québec des Journées de la schizophrénie.  

Source : Journées de la schizophrénie