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Fitzgibbon a approuvé l’aide au cofondateur de la CAQ

Legault ignorait pour les 5 M$ versés à la firme de Charles Sirois, mais pas son ministre...

Fitzgibbon a approuvé l’aide au cofondateur de la CAQ
Photo Simon Clark

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Le gouvernement Legault a bel et bien approuvé le versement de 5 M$ de fonds publics dans une firme du cofondateur de la CAQ Charles Sirois, une aide dont le premier ministre disait ignorer l’existence jusqu’à la semaine dernière.

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Notre Bureau d’enquête a eu la confirmation que le cofondateur de la Coalition avenir Québec avait en effet besoin d’une approbation politique pour bénéficier de ce « programme normé » du gouvernement, c’est-à-dire balisé par des paramètres d’octroi en principe bien précis.

Nous avions révélé mercredi dernier que Québec avait pris une participation directe, en janvier, dans l’entreprise CVTCORP, dont Charles Sirois et son fils sont les premiers actionnaires via une autre firme.

CVTCORP, basée à Sainte-Julie, sur la Rive-Sud, produit des transmissions pour des véhicules agricoles et de construction. L’entreprise n’est pas encore rentable et souhaitait un coup de pouce gouvernemental, car elle aurait de la difficulté à obtenir un financement bancaire traditionnel.

Le premier ministre Legault s’est montré irrité que le reportage mentionne qu’il est un ami de Charles Sirois, même s’il n’a pas nié les faits sur le fond. Il a parlé d’un « traitement odieux » de la part du Journal

La semaine dernière, le premier ministre François Legault était en colère contre un article du <i>Journal</i> – jamais démenti – qui rapportait que son gouvernement venait d’investir 5 M$ dans la firme du cofondateur de la CAQ, Charles Sirois.
Photo Simon Clark
La semaine dernière, le premier ministre François Legault était en colère contre un article du Journal – jamais démenti – qui rapportait que son gouvernement venait d’investir 5 M$ dans la firme du cofondateur de la CAQ, Charles Sirois.

« Qu’est-ce que je suis supposé dire à ma mère de 91 ans, qui lit ça ? » a-t-il demandé dans les heures suivant la publication, en mêlée de presse, évoquant même une éventuelle poursuite judiciaire.

« Le montant a été donné en vertu d’un programme normé. Je n’étais pas au courant avant d’avoir lu Le Journal de Montréal de ce montant qui a été versé à Charles Sirois », a-t-il affirmé.

Approbation politique

François Legault a raison de dire qu’il s’agit d’un programme normé. L’entreprise de M. Sirois devait en effet correspondre à certains critères pour obtenir 5 M$ d’un programme d’Investissement Québec (IQ) nommé ESSOR.

Mais ce qu’il n’a pas mentionné devant les médias, c’est qu’une approbation politique de son gouvernement était en plus nécessaire.

Un des membres les plus influents de son cabinet, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a eu à autoriser directement cet investissement. C’est ce que nous a confirmé ce lundi Mathieu St-Amand, directeur des communications au cabinet du ministre Fitzgibbon.

« Si l’aide accordée sous forme de prise de participation est d’au moins 2 M$ et d’au plus 5 M$, l’autorisation du ministre responsable doit être obtenue. L’approbation du ministre se fait à la suite d’une recommandation positive d’IQ et du MEI [le ministère de l’Économie et de l’Innovation] », a-t-il écrit dans un courriel.

Selon le porte-parole, plusieurs conditions doivent être remplies quand Québec investit de la sorte dans une entreprise.

« Les conditions incluent, entre autres, l’analyse complète du dossier par IQ [Investissement Québec], l’obtention d’un avis sectoriel favorable du MEI [ministère de l’Économie et de l’Innovation], une vérification diligente légale et financière à la satisfaction d’IQ et la négociation des conventions de souscription et d’actionnaires à la satisfaction d’IQ », a-t-il détaillé.

Il obtient le maximum

M. St-Amand nous a également confirmé que les 5 M$ octroyés à l’entreprise du cofondateur du parti au pouvoir est le montant maximal qui peut être versé en vertu du programme normé ESSOR.

Rappelons qu’en plus de cette prise de participation, Québec a versé au début février une subvention de 5 M$ dans une autre entreprise liée à Charles Sirois, soit l’hôtel de luxe Château Mont-Saint-Anne.

Là encore, le premier ministre Legault n’était pas au courant de cette aide financière, selon son cabinet. Il n’a pas apprécié non plus que notre Bureau d’enquête souligne que Charles Sirois et lui sont des amis.

– Avec la collaboration de Jean-François Cloutier