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Réveillez-vous, Madame Roy!

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La CAQ a-t-elle quelque intérêt pour la culture ? Durant la campagne électorale, elle n’en a pas parlé et elle n’en parle pas davantage depuis qu’elle est au pouvoir. 

Lors de la formation de son cabinet, le premier ministre François Legault a nommé Nathalie Roy ministre de la Culture et des Communications. Claire Samson, que toute la carrière destinait à ce poste, en a fait une montée de lait. On s’attendait à sa démission, mais elle est rentrée dans le rang après un entretien avec le premier ministre. Sans être méchant, c’est à peu près tout ce qui s’est passé de notoire en culture depuis l’élection du gouvernement Legault. 

Je n’ai jamais vu à Québec un ministre de la Culture aussi silencieux que Mme Roy. Depuis Jean Lesage, tous les chefs de gouvernement avaient nommé à ce poste des personnalités qui n’avaient pas la langue dans leur poche. Les Georges-Émile Lapalme, Jean-Paul Lallier, Clément Richard, Louise Beaudoin, Liza Frulla et compagnie ont toujours donné beaucoup de relief à ce ministère.

Notre culture et notre identité seraient-elles à ce point assurées qu’elles n’ont plus besoin d’être défendues bec et ongles ?

PENDANT CE TEMPS, À TORONTO...

Alors que Mme Roy surfe sur le travail de ses prédécesseurs, son homologue de l’Ontario, Lisa MacLeod, ministre des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture, a décidé de faire de sa province le plus gros centre de production de films et de télévision du pays. Pour mettre en branle son projet, elle a formé un comité de 15 membres dont la mission est de l’épauler.

Sachant l’importance des majors américains pour réaliser ses ambitions, elle a nommé Jim Mirkopolous à la présidence du comité. Le vice-président des Studios Cinespace est « à tu et à toi » avec les patrons des grands studios américains et des géants du web, comme Netflix, Hulu et Amazon. L’Ontario devra compter sur leur complicité pour devancer la Colombie-Britannique, championne de notre industrie audiovisuelle.

Grâce à la situation géographique de Vancouver, il n’y a pas de décalage horaire avec Los Angeles et il ne faut guère plus de trois heures en avion d’une ville à l’autre. Cet avantage n’est pas étranger au fait que la production de films et de télévision dépasse 3,5 milliards de dollars par an en Colombie-Britannique. Malgré cela, Mme MacLeod est convaincue que l’Ontario réussira à combler son retard. L’an dernier, la production de films et de télévision s’est élevée à 2,5 milliards $ en Ontario.

VA-T-ON PERDRE DE BONS EMPLOIS ?

Depuis deux ans, des studios d’une superficie totale de 1,3 million de pieds carrés se sont ajoutés à ceux qui existaient déjà à Toronto, Hamilton et les environs. Plusieurs studios sont installés à Port Lands, à quelques kilomètres du centre-ville de Toronto. Netflix y a établi son centre de production. CBS, de son côté, a inauguré à Mississauga un studio de 260 000 pieds carrés. À titre de comparaison, c’est plus que la superficie de tous les studios Mel’s de Montréal, Saint-Hubert et Québec.

La production audiovisuelle de la Colombie-Britannique et de l’Ontario triple celle du Québec. Voilà des chiffres qui devraient sortir Mme Roy de sa torpeur. Quant à M. Legault, toujours à la recherche de « bons emplois », ne devrait-il pas s’assurer qu’on ne perd pas ceux que l’on a déjà ?