/entertainment/stage
Navigation

«Les trois sœurs»: au cœur de l'âme russe

«Les trois sœurs»: au cœur de l'âme russe
PHOTO COURTOISIE/Yves Renaud

Coup d'oeil sur cet article

C'est au cœur du fatalisme russe que nous plonge la pièce Les trois sœurs, le classique du début du XXe siècle du grand Anton Tchekhov, au TNM.  

Pleines d’espoir, ces trois femmes voient leur bonheur ailleurs que dans leur petite ville du fin fond de la Russie. Elles s’imaginent à Moscou, là où elles ont grandi.   

La benjamine Irina (Rebecca Vachon) est la plus exaltée. La cadette Macha (Evelyne Brochu) est coincée dans un mariage qui la rend malheureuse, alors que l’aînée Olga (Noémie Godin-Vigneau) essaye tant bien que mal de tirer le meilleur du peu dont elle dispose.   

Ces trois sœurs vivent avec leur frère, joué par Guillaume Cyr qui sait rendre la mollesse du personnage avec justesse.   

«Les trois sœurs»: au cœur de l'âme russe
PHOTO COURTOISIE/Yves Renaud

Dans ce lieu exempt de tout intérêt, les espérances, les discussions philosophiques et les interactions avec les autres viennent donc combler le vide.   

Ce quatuor est ainsi entouré d’un baron moche, magnifiquement interprété par Benoît McGinnis, épris d’Irina. L’étrange Soliony (Vincent Côté) est son rival de cœur, tandis que le bon mari de Macha (Frédéric Paquet) ajoute une touche de naïveté au menu.   

Ils sont complétés par un vieux médecin épris de vodka (Robert Lalonde) et la domestique (Michelle Labonté), qui offre une dose de fraîcheur au groupe.   

Humour   

La première moitié du spectacle est parsemée d’humour et de traits d’esprit. L’arrivée du beau lieutenant-colonel Verchinine (Éric Bruneau) vient raviver Macha. De son côté, le frère des sœurs s’éprend de Natacha, qu’Émilie Bibeau rend mesquine à souhait.   

Toutefois, cette aspiration à des jours meilleurs fond comme neige au soleil. L’amour ne remplit pas ses promesses. Le travail, présenté comme salvateur, engendre davantage de frustrations que de satisfactions. Voilà des notions toujours fort contemporaines, plus de 100 ans plus tard.   

Bref, malgré leur culture et leur éducation, les trois sœurs sont impuissantes, enfermées dans leur triste vie.   

Résignation   

Le metteur en scène René Richard Cyr a choisi un cadre anonyme pour souligner cet emprisonnement. La résignation des personnages l’a, en quelque sorte, amené à opter pour le renoncement et à mettre au rencart l’audace dans sa proposition.   

La solide distribution de comédiens porte le contenu avec aisance, mais sans abandon, tandis que le contenant épouse l’univers fade dans lequel ils évoluent.   

«Les trois sœurs»: au cœur de l'âme russe
PHOTO COURTOISIE/Yves Renaud

Le mal de vivre poursuit ainsi inexorablement sa marche, avec résignation et sans grande émotion, malgré une belle fin teintée d’un optimiste lointain.   

La pièce Les trois sœurs est présentée jusqu’au 31 mars au TNM.