/sports/opinion/columnists
Navigation

Henri Richard: Un bon gars au cœur de lion

Henri Richard
Photo d'archives Le jeune Serge Savard, au début de sa carrière, en compagnie d’Henri Richard.

Coup d'oeil sur cet article

Henri Richard disait toujours qu’il avait eu la bonne fortune d’être au bon endroit, au bon moment lorsqu’on lui parlait de ses 11 conquêtes de la coupe Stanley. C’était du Henri Richard tout craché. L’homme ne se prenait pas pour un autre. Il ne pétait pas plus haut que le trou.

Dieu sait pourtant le grand rôle qu’il a joué pendant les grandes années de dynastie du Canadien. En deux occasions, la première fois en 1966 à Detroit et la seconde fois en 1971 à Chicago, il a marqué le but qui a donné la coupe au Tricolore.

« Et, en 1959, ajoute Marcel Bonin, il m’a aidé à inscrire le but qui nous a procuré la coupe cette année-là (contre les Maple Leafs de Toronto au Forum). »

M. Bonin remplaçait Maurice Richard, blessé, à l’aile droite aux côtés du « Pocket Rocket » et Dickie Moore. 

Jouer en utilisant les gants du « Rocket » lui avait porté chance. Il avait marqué 10 buts et totalisé 15 points en 11 matchs dans les séries.

Les grands sont tous partis

M. Bonin habite une résidence pour personnes âgées à Joliette. L’homme de 88 ans est tout un personnage. Il s’est battu contre un ours dans un match arbitré par Joe Louis. Il n’était pas une armoire à glace, mais il était fort comme un cheval.

Il était aussi un tireur d’élite. Lorsqu’il évoluait avec les Red Wings, il s’entraînait au stand de tir des policiers de Detroit parmi lesquels il comptait des amis. C’était annonciateur du métier qu’il ferait après sa carrière dans le hockey, qui a pris fin prématurément en raison d’une sérieuse blessure au dos.

Il a travaillé pour le service de police de Joliette à raison d’un salaire hebdomadaire de 58 $ au début. 

M. Bonin a traversé plusieurs épisodes de santé au fil des années, mais sa force légendaire lui a permis de tenir le coup. Sa mémoire est encore bonne. Il se sent bien là où il vit.

La nouvelle de la mort d’Henri Richard le chagrine.

« Ma radio est toujours allumée quand je suis au lit », raconte-t-il.

« C’est comme ça que j’ai appris la mort d’Henri. Ça me fait de la peine. Avec lui, toutes les légendes de mon époque sont parties. Le “Rocket”, Jean Béliveau, “Boom Boom” (Bernard Geoffrion), Jacques Plante, Doug Harvey, Dickie Moore.

« Chez les autres joueurs du Canadien de cette époque, il ne reste que moi, Jean-Guy Talbot, qui en a arraché au cours des deux dernières années, André Pronovost, Don Marshall et Albert Langlois. »

Et Serge Savard de dire depuis sa maison de Hilton Head : « C’est comme ça. On va tous y passer. »

Toujours la pédale au plancher

La mort fait partie du cycle de la vie.

Pourquoi on vit et pourquoi on meurt, chante Michel Fugain.

Mais entre les deux, Henri Richard aura vécu sa carrière de joueur de hockey à fond de train.

« Lui, il ne connaissait qu’une vitesse. Il se donnait toujours à 100 pour cent, autant dans les entraînements que dans les matchs », continue Savard.

« Contrairement à ce que j’ai entendu ici et là, Henri n’avait pas été nommé capitaine par la direction. C’étaient nous, ses coéquipiers, qui l’avions élu.

« Il n’était pas du genre à faire des discours. Il prêchait par l’exemple. Les jeunes qui le voyaient travailler pendant les séances d’entraînement avaient intérêt à ne pas se pogner le cul. Il avait du caractère, Henri. Il n’avait peur de personne. »

Comme des frères

C’était un Richard. Un homme de peu de mots, mais que la moindre étincelle pouvait enflammer.

Savard l’a appris à ses dépens un jour.

Après une défaite à l’étranger, il fut décidé de garder la porte du vestiaire fermée. Richard s’interposa en faisant valoir que les journalistes avaient un travail à faire. Savard eut le malheur de lui dire qu’il devait coucher avec eux. Le sang de Richard n’a fait qu’un tour. Il a giflé Savard.

Mais l’affaire fut vite oubliée. Il s’agissait d’une petite chicane de famille.

« Car on était comme des frères dans ce temps-là, reprend Bonin. Henri voulait toujours gagner. Il détestait perdre. »

Cela peut parfois causer des frictions dans un vestiaire.

Lorsque Bonin a été forcé d’accrocher ses patins à 30 ans, il a gardé contact avec Henri.

« J’allais le voir à sa taverne (qui était située sur la rue de Bleury entre l’avenue des Pins et la rue Sherbrooke). Il ne m’a jamais fait payer une bière. »

Pas reconnu à sa juste valeur

Savard revoit Henri et son grand ami Claude Provost autour d’une broue.

« Ils se pognaient, c’était drôle de les voir se chicaner », raconte-t-il.

Quand les coéquipiers de Richard voulaient le taquiner, ils recouraient souvent au même truc.

« Quand on arrivait quelque part, on disait : “Connais-tu le frère de Maurice ?” On l’agaçait toujours avec ça. »

L’effet ne ratait jamais.

Mais quelque part, c’était ça.

Henri était vu comme le frère du grand Maurice Richard. 

« Il a toujours vécu dans l’ombre de son frère, dit Savard. Mais on a eu du plaisir avec lui. Henri, c’était un bon gars, c’était un gars d’équipe. Tous les joueurs étaient comme ça à l’époque, que ce soit Guy Lafleur, Larry Robinson ou Jacques Lemaire. 

« Les joueurs ne touchaient pas de bonis personnels avec le Canadien. C’étaient des bonis d’équipe. »

Enfin, Savard aurait pensé que Richard aurait eu droit à des adieux comme ceux qui furent faits à son frère et Jean Béliveau. Mais Mme Richard tenait à ce que ça se fasse en toute simplicité.

« Ça va être à l’image d’Henri », conclut Savard.

Exactement.