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La parabole des munitions

Bill Morneau
Photo courtoisie Le ministre des Finances, Bill Morneau.

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Entre cette peur sourde qui gagne la population, et la panique qui secoue les marchés, le ministre des Finances, Bill Morneau, s’est donné comme mission de rassurer tout le monde, à quelques semaines du budget fédéral. 

« Nous ferons des investissements judicieux et prudents dans le budget, tout en affichant une confiance dans l’économie que les Canadiens ont bâtie. » 

  • Écoutez l'entrevue d'Emmanuelle Latraverse avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

Bienvenue dans le merveilleux monde des paraboles du gouvernement Trudeau. 

L’arsenal du général Morneau 

Le fédéral, comme tous les gouvernements de la planète, est confronté à une situation sans précédent. Il devra à la fois dépenser pour empêcher le COVID-19 de se propager, et, surtout, se préparer à stimuler l’économie. Or l’efficacité des leviers habituels dont il dispose est loin d’être assurée.  

En effet, difficile d’inciter les gens à dépenser quand ils risquent d’avoir peur de sortir de chez eux ! 

« Nous avons les munitions nécessaires », plaide le ministre Morneau. Lire ici : le gouvernement fédéral sera prêt à dépenser des milliards si la situation dégénère. 

C’est rassurant. Mais comme dans toutes les paraboles, il faut lire entre les lignes.  

Le déficit risque d’exploser bien au-delà des 28,1 milliards prévus. 

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Pour sortir de la crise en 2009, le gouvernement Harper avait dû injecter 40 milliards de dollars dans l’économie.  

Combien de milliards Bill Morneau devra-t-il mettre de côté pour affronter le COVID-19 et parer aux conséquences des blocus ferroviaires ? Pas surprenant qu’il soit si discret sur le sujet. 

L’ancre du navire fédéral 

C’est ainsi que le général Morneau s’est bien gardé d’évoquer une autre analogie courante dans les cercles financiers, celle de l’ancrage fiscal. 

Imaginons que les finances publiques sont un navire ; l’ancre du bateau, c’est la discipline budgétaire. Jusqu’ici, le gouvernement Trudeau a toujours défendu ses déficits en plaidant qu’ils étaient raisonnables.  

L’ancrage fiscal des libéraux, c’était l’engagement que le ratio dette/PIB, soit la taille de la dette proportionnellement à celle de l’économie, diminue d’année en année. 

Or cette ancre qui empêche le navire des finances publiques de partir à la dérive est déjà bien fragile. Depuis 2015, la baisse du taux d’endettement est minime, voire marginale. 

Il est là, tout le risque. Un déficit massif, sans le bénéfice d’une croissance économique robuste pour absorber le tout, c’est l’ancrage même du gouvernement qui est menacé, avec les conséquences qu’on imagine. 

Il y a de ces moments où les paraboles, si belles soient-elles, se frappent à la dure réalité.