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L’apparition du chevreuil: fuir le harcèlement et les haters

L'apparition du chevreuil
Photo courtoisie, Éditions Alto L’apparition du chevreuil
Élise Turcotte, Éditions Alto, 160 pages

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Inspirée par les préoccupations qui sont bien de notre temps, l’écrivaine Élise Turcotte s’est intéressée aux dérapages des réseaux sociaux et à la violence insidieuse qui mine la société dans son nouveau roman, L’apparition du chevreuil. Entre le cyberespace envahi de prédateurs et le danger qui guette une écrivaine en pleine forêt, elle fait une puissante démonstration de courage.

Dans L’apparition du chevreuil, une écrivaine à bout de souffle fuit le tumulte de la ville pour tenter de trouver un peu de calme dans un chalet, après avoir été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Cependant, elle est loin d’être à l’abri puisqu’elle réalise vite qu’une ombre noire la guette, comme une proie. Qui peut bien s’aventurer jusqu’au cœur de la forêt pour la surveiller ? Qui la suit ? Et pourquoi ? Brusquement, une histoire familiale vient la hanter, et s’ajoute au climat de tension duquel elle n’arrive pas à s’échapper.

Élise Turcotte sert un roman bouleversant, très dérangeant parce qu’il est réaliste.

L'apparition du chevreuil
Photo courtoisie, Julie Artacho

« Ce qui m’a motivée, c’est tout ce qui se passe depuis cinq ans : les mouvements sur les agressions non dénoncées, le mouvement #MeToo, tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux, toutes les fois où on essaie de parler et où la parole est mal entendue », commente-t-elle.

« J’ai pensé à une histoire qui parlerait de la violence qui est faite aux femmes qui essaient de prendre la parole. Dans mon roman, il n’est pas question d’agression sexuelle, mais la narratrice parle. Dans sa famille, elle essaie de dire, d’avertir, et sa parole est toujours niée. »

Le danger

Quel danger guette une personne qui ose dénoncer l’inacceptable ? Dans le roman, un fou furieux d’extrême droite court après sa victime, jusqu’au fond des bois.

« Beaucoup de femmes, de journalistes ont dénoncé des choses sur les réseaux sociaux et ont été victimes d’agression, de menaces, de phrases vraiment heavy. Ça m’interpellait : comment ça se fait que, dès qu’on prend la parole, ce ne soit pas entendu ? »

Élise Turcotte voulait aussi lier la vie politique avec la vie intime et la vie sociale. « Ce qui se passe en société se reflète souvent dans la famille. Je voulais montrer comment les débats sociaux arrivent dans la famille et créent des dérapages. »

Des menaces

Dans le roman, l’écrivaine reçoit des menaces de la part d’un hater, et d’un membre de sa famille élargie qui déraille complètement.

« Sa parole est niée, dans sa propre famille. La tension vient beaucoup du silence, du non-dit, de ce qu’on n’a pas le droit de dire, de ce qui n’est pas écouté. »

Le personnage du bouc émissaire l’intéressait beaucoup. « C’est celui qui reçoit des menaces, mais aussi de la haine et de la violence, et des phrases assassines. Mais la personne qui parle, c’est elle qui prend ses responsabi­lités, qui veut regarder les choses avec lucidité. »


► Élise Turcotte est poète, nouvelliste et romancière.

► Elle a reçu plusieurs prix prestigieux pour son travail, dont deux prix littéraires du Gouverneur général.