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L’éternelle Russie, éternellement réactionnaire

RUSSIA-KYRGYZSTAN-DIPLOMACY
Photo d'archives, AFP Vladimir Poutine

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La Russie se prépare à se donner une nouvelle identité constitutionnelle. Elle coulerait ainsi dans le ciment une vision d’elle-même qui n’est pas tout à fait – c’est le moins qu’on puisse dire – moderne. Et elle assurerait à Vladimir Poutine une mainmise sur le pouvoir. De la main droite, de la main gauche, peu importe. 

Elle est venue d’un peu nulle part, cette volonté d’apporter des amendements à la constitution russe de 1993, adoptée dans la suite de l’éclatement de l’URSS. Encouragée par Vladimir Poutine, on peut extrapoler que le président russe – dont le mandat se terminera en 2024 – se cherche un cadre légal pour se maintenir aux commandes du pays aussi longtemps qu’il le voudra. 

C’est possiblement ce que le renforcement des prérogatives du Conseil d’État – avec un responsable au-dessus de la présidence – pourrait signifier. On est tenté de vouloir à disséquer les chiures de mouche, à donner dans la kremlinologie (qui nourrissait les fantasmes des chercheurs occidentaux du temps de l’Union soviétique) ou sa version actuelle, la « poutinologie ». 

Sauf que, comme Anne Applebaum, spécialiste de la Russie à la revue The Atlantic, l’indiquait récemment : « Les meilleurs experts sur la Russie vont tous commencer par vous préciser, en parlant des dernières annonces en provenance de Moscou, qu’on ne sait jamais exactement ce qu’elles veulent dire. » 

En arrière toute ! 

Restera, restera pas, allez savoir ! Quand un homme décrit le regard qu’il porte sur le poste qu’il occupe – tel que Vladimir Poutine l’a dernièrement fait devant un groupe de représentants de la société civile – comme « non pas un travail, mais un destin », pas facile d’imaginer l’arracher... à son destin. 

Ce que les amendements constitutionnels pourraient aussi toutefois consolider c’est une Russie nationaliste, réactionnaire, xénophobe et homophobe. Rien de gai, c’est le cas de le dire. 

Les citoyens russes ont été appelés à soumettre des propositions d’amendements à la loi fondamentale du pays et, de toute évidence, ils ne manquent pas d’imagination : Poutine, déclaré « leader suprême » ; un amendement garantissant que la Russie sera à jamais une puissance nucléaire ; un autre, interdisant que la moindre portion de territoire soit donnée à des États étrangers, question de se garder, à jamais, la Crimée arrachée aux Ukrainiens et les îles Kouriles prises aux Japonais. L’Église orthodoxe pousse pour que soient écartées toutes références au caractère laïque de l’État russe, ce en quoi elle est soutenue par Guennadi Ziouganov... leader du parti communiste russe. L’opium du peuple n’a plus la même saveur. 

Vladimir Poutine, lui, en plus d’être favorable à la mention de Dieu dans la constitution, veut que la constitution stipule que le mariage est une union entre un homme et une femme. 

Celui qui le dit, c’est lui qui l’est 

C’est connu, les homosexuels passent un mauvais quart d’heure dans l’ex-empire soviétique. La loi punissant la « propagande de relations sexuelles non traditionnelles devant des mineurs » – adoptée à l’unanimité par la Douma, le parlement russe, en 2013 – vise essentiellement à criminaliser les activités publiques de la communauté LGBT. Les changements annoncés à la constitution n’augurent rien de bon sur ce plan.La Russie qu’annoncent les amendements à la constitution – s’ils sont adoptés par un « vote populaire » autour du 22 avril – sera plus autoritaire, plus conservatrice et plus refermée sur elle-même. On s’éloigne du rêve démocratique post-URSS. Ce qui nous ramène à l’élection présidentielle américaine et aux soupçons que Moscou chercherait à aider Donald Trump ou Bernie Sanders à remporter le scrutin. Pas sûr que le Kremlin voit en eux les meilleurs hommes pour aider à l’amélioration des relations entre les deux pays. 

Ce sont probablement toutefois les deux meilleurs candidats pour mettre le trouble dans la campagne politique, amplifier la discorde et, ultimement, discréditer le processus électoral. Difficile, après coup, de critiquer les Russes pour leurs changements constitutionnels tordus. Ils n’auront qu’à répondre : « Regardez-vous vous-mêmes ! » 

Vladimir Poutine 

Vingt ans au pouvoir  

  • 67 ans  
  • Né à Leningrad  (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) en mai 1952

Avant la présidence...  

  • Agent du KGB 
  • Posté en Allemagne de l’Est au moment de la chute du Mur de Berlin 
  • Directeur du FSB, successeur du KGB
  • Premier ministre sous Boris Eltsine (1999-2000)  

À la tête de la Russie...  

  • Président (2000-2008) 
  • Premier ministre (2008-2012) 
  • Président depuis 2012 
  • Son mandat doit se terminer en 2024  

Divorcé...  

  •  Père de deux filles :
    - Katerina, 33 ans, ex-danseuse de rock’n’roll acrobatique
    - Maria, 34 ans, endocrinologue  

Anciennement athée...  

  • Il se présente aujourd’hui comme un membre pratiquant de l’Église orthodoxe russe  

Fortune...  

  • Son salaire de président est d’un peu moins de 150 000 $ par année, mais ses avoirs sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars