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[PHOTOS] Voici 10 femmes d'affaires trop peu connues qui ont marqué Québec

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Comme le dit l'expression, «derrière chaque grand homme se cache une femme». À toutes les époques, plusieurs entreprises de Québec ont atteint le succès. On connaît l'histoire de leurs propriétaires, des hommes.   

Ce que l'on sait moins, c'est que beaucoup de ces entrepreneurs sont décédés en bas âge et que c'est leurs conjointes qui poursuivaient les affaires, dans l'ombre de leurs défunts maris. Elles sont souvent demeurées inconnues, bien que la situation tende à changer, notamment grâce à la toponymie.             

En cette Journée internationale des femmes, voici 10 de ces chefs d'entreprises méconnues.            

1) Jeanne Badeau (vers 1638-1706)            

Plaque à la mémoire de Pierre Parent et de Jeanne Badeau située à Beauport, sur le boulevard François-de Laval
Photo Association des familles Parent d’Amérique
Plaque à la mémoire de Pierre Parent et de Jeanne Badeau située à Beauport, sur le boulevard François-de Laval

Jeanne Badeau a été une femme de carrière. Au XVIIe siècle, les jésuites extrayaient du calcaire sur la rive droite de la rivière Beauport. En 1670, Pierre Parent et son épouse, Jeanne Badeau, acquièrent et industrialisent l'exploitation des jésuites, jusque-là artisanale. Ils assument conjointement l'administration de l'entreprise familiale jusqu'au décès de Pierre Parent, survenu en 1698.            

Dès lors, Jeanne assume seule la direction de la carrière. Plusieurs bâtiments patrimoniaux de Québec sont construits avec la pierre des Parent/Badeau.            

Jusqu'au début du XXe siècle, plusieurs générations de Parent vont se succéder aux commandes de l'entreprise de leur ancêtre, faisant d'eux une dynastie du calcaire. Cette carrière est toujours active aujourd'hui.            

La rue Jeanne-Badeau située dans l'arrondissement Beauport rappelle sa mémoire.            

2) Claire-Françoise Bissot (1656-1710)            

Affichette de la rue Claire-Bissot dans l'arrondissement Les Rivières
PHOTO J.F. CARON
Affichette de la rue Claire-Bissot dans l'arrondissement Les Rivières

Louis Jolliet a été explorateur, cartographe, hydrographe du roi et seigneur de l'île d'Anticosti. On le dit le découvreur du Mississippi. Dans le cas qui nous occupe, il a surtout été commerçant.            

En 1675, il épouse Claire-Françoise Bissot. Elle était l'arrière-petite-fille de Louis Hébert et de Marie Rollet. Femme d'affaires, elle participera à la gérance des concessions de pêche de son époux sur la Côte-Nord.            

Vers 1695, elle formera une société, notamment avec son époux et son frère, pour faire du commerce à Mingan. Malgré ses activités commerciales, elle donnera naissance à sept enfants.            

La rue Claire-Bissot située dans l'arrondissement Les Rivières rappelle sa mémoire.            

3) Marie-Catherine Peuvret (1667-1739)            

Manoir seigneurial de Beauport
Photo Louis-Prudent Vallée, BAnQ
Manoir seigneurial de Beauport

Marie-Catherine Peuvret est née dans une famille active au sein du pouvoir colonial. À 16 ans, elle épouse Ignace Juchereau Duchesnay. La tante de Marie-Catherine, Michelle-Thérèse Nau, et l'oncle d'Ignace, Joseph Giffard, leur offrent comme cadeau de mariage leur seigneurie de Beauport.            

Ignace décède en 1715. À 48 ans, la veuve a eu 17 enfants. Elle aurait pu confier la gestion de la seigneurie à l'un de ses fils majeurs, mais elle décide, contre vents et marées, d'assumer son rôle de seigneuresse.            

Son caractère indépendant dérangera, et pour s'affirmer, elle devra se battre contre les Jésuites, le Séminaire de Québec, des membres de la noblesse et des gens de sa propre famille. Néanmoins, elle parvient à s'imposer et à se faire respecter, et ce, jusqu'à sa mort.            

Elle a établi sa progéniture, et la seigneurie est demeurée entre les mains de ses descendants jusqu'à la fin du régime seigneurial, survenue en 1854.            

4) Marie-Anne Barbel (1704-1793)            

La maison Louis-Fornel, Place Royale
Photo Wikimedia Commons
La maison Louis-Fornel, Place Royale

Marie-Anne Barbel était fille et conjointe de bourgeois marchands. En 1723, elle épouse Louis Fornel. Elle devait s'y connaître en affaires puisqu'en 1743, lorsqu'il quitte Québec pour faire un séjour sur la côte du Labrador, Louis Fornel lui signe une procuration par laquelle il lui délègue l'entière autorité sur ses affaires.            

En 1745, il décède. Elle signe désormais «Veuve Fornel». Elle prend alors la direction, avec ses enfants, du magasin général de son mari, elle participe au commerce des fourrures sur la Côte-Nord et au Labrador, et elle devient régisseuse du poste de traite de Tadoussac. Elle fera prospérer les affaires familiales.            

Cependant, la guerre de la Conquête viendra brouiller les cartes. Toutes ses maisons de la basse-ville seront détruites lors des bombardements du siège de Québec, et les affaires tournent au ralenti. Elle se retire, paie ses dettes et partage ce qui reste entre ses héritiers. Elle aura été une excellente femme d'affaires, mais elle sera victime des aléas de la guerre.            

Elle a eu 13 enfants, dont cinq parviendront à l’âge adulte. La rue Anne-Barbel située dans l'arrondissement Les Rivières rappelle sa mémoire.            

5) Elizabeth Johnson Taylor (1803-1860)            

Elizabeth Johnson Taylor
Photo Ville de Lévis, fonds Eileen Reid Marcil
Elizabeth Johnson Taylor

C'est en 1811 qu'Elizabeth Johnson Taylor quitte l'Angleterre pour venir s'établir à Québec avec ses parents. Elle était la fille de George Taylor, un constructeur de bateaux.            

En 1825, son père consent à ce qu'elle épouse Alison Davie, un autre constructeur de bateaux, mais à la condition qu'il s'associe à lui dans son chantier. En 1829, les associés ouvrent un chantier à Lévis, et c'est Davie qui s'en occupera.            

En 1836, Alison Davie se noie, et c'est son épouse, Elizabeth Johnson Taylor, qui prend dès lors la direction du chantier, et ce, en élevant ses neuf enfants. Elle le gère jusqu'en 1850 alors qu'elle passe la main à son fils aîné, George Taylor Davie.            

Elle ne devait pas être une mauvaise administratrice puisqu'elle lui lègue une entreprise en excellente santé financière. Elle aura été la première femme au Canada à diriger un chantier maritime.            

6) Élise L'Hérault dit L'Heureux (1827-1896)            

Élise L'Hérault dit L'Heureux
PHOTO LES LIVERNOIS PHOTOGRAPHES, MICHEL LESSARD, MUSÉE DU QUÉBEC, 1987, P. 338
Élise L'Hérault dit L'Heureux

En 1849, Élise L'Hérault épouse Jules-Isaïe Livernois. La pharmacie de la côte de la Fabrique était très populaire.            

Toutefois, il faut savoir que ce n'est qu'en 1893 que leur petit-fils ouvrira ce commerce. En effet, c'est d'abord en 1854 que le couple Livernois/L'Hérault ouvre un studio de photographie. Il deviendra le plus important studio à Québec.            

En 1865, Jules-Isaïe décède. Élise se retrouve veuve avec sept enfants à nourrir. Comme elle a déjà acquis une bonne expérience dans le domaine, elle décide de poursuivre les activités du studio. De plus, elle va initier son fils Jules-Ernest au métier. C'est lui qui prendra un jour la relève de sa mère.            

Elle s'associera également avec son gendre Louis Bienvenu. Trois générations de Livernois réaliseront plus de 300 000 clichés documentant notamment l'évolution architecturale, urbaine et touristique de la capitale. L'entreprise ne fermera ses portes qu'en 1974.            

7) Marie-Louise Hamel (1821-1910)            

Marie-Louise Hamel
PHOTO REVUE CAP-AUX-DIAMANTS
Marie-Louise Hamel

Native de L'Ancienne-Lorette, Marie-Louise Hamel se retrouve, à l'âge de 14 ans, commis dans un magasin de la rue Saint-Paul à Québec. C'est là qu'elle s'initie aux affaires.            

En 1843, elle épouse Zéphirin Paquet, et le couple s'installe dans Saint-Jean-Baptiste, où Zéphirin est laitier. Le 28 juin 1845, le grand incendie du faubourg Saint-Jean les jette à la rue. Ils s'installent alors dans Saint-Roch, où Marie-Louise ouvre un magasin de chapeaux et de vêtement. Son époux agira à titre de commis.            

Elle lui enseigne les règles de l'art. Finalement, en 1850, il ouvre un nouveau magasin, la Compagnie Paquet, qui, au fil des ans, deviendra le plus grand magasin à rayons de la capitale. Dans les années 1960, l'entreprise comptera plusieurs succursales. Elle sera en activités jusqu'en 1981. Tout ça grâce à Marie-Louise, qui avait expliqué à son laitier de mari comment faire.            

8) Julie Blais (1825-1912)            

Julie Blais
PHOTO COLLECTION PRIVÉE
Julie Blais

Julie Blais était une femme de fer. Fille de forgeron, elle épouse un fondeur, Charles Terreau. Issu d'une famille des forges du Saint-Maurice, celui-ci s'installe à Québec et il ouvre sa fonderie.            

Lorsqu'il décède en 1865, bien qu'elle ait la charge de quatre enfants, Julie décide de poursuivre elle-même la gestion de l'entreprise de son défunt mari. Fait rare à l'époque, elle poursuit l'aventure sous sa propre raison sociale, soit la Fonderie Veuve Chs Terreau. Elle sera à la tête de l'entreprise durant 30 ans.            

Sous sa gouverne, la fonderie sera agrandie plusieurs fois. En 1895, elle se retire au profit de ses enfants, Julie, Roch et Louis, et de son gendre, Archange Racine. L'entreprise deviendra Terreau & Racine et sera en activité jusqu'en 1968. Julie Blais aurait pu dire: «Mission accomplie».            

9) Malvina Racicot (1851-1937)            

La maison de Germain Lépine située sur la rue Saint-Vallier Est, vers 1900
PHOTO BANQ, FONDS J.E. LIVERNOIS LTÉE
La maison de Germain Lépine située sur la rue Saint-Vallier Est, vers 1900

C'est en 1845 que l'ébéniste Germain Lépine ouvre une entreprise de pompes funèbres sur la rue Saint-Vallier, dans le quartier Saint-Roch à Québec. En 1897, il donne son entreprise à son fils Germain, bien que lui et son épouse, Malvina Racicot, géraient les affaires depuis déjà quelques années.            

En 1917, lors du décès de son mari, Malvina se retrouve seule à la direction de l'entreprise familiale, qu'elle partagera avec ses sept fils. Sous sa direction, les affaires prendront un essor considérable. Elle introduira notamment le service ambulancier.            

Elle a su faire de son établissement une institution dans la capitale et une référence dans le domaine des services funéraires. Elle aura eu 16 enfants.            

10) Diana Boilard (1880-1950)            

La pâtisserie Diana
Photo Collection Jocelyn Paquet
La pâtisserie Diana

En 1898, Jos Vaillancourt ouvre un magasin de pâtisseries, confiseries et boulangerie sur la rue Saint-Joseph. En 1900, il épouse Diana Boilard.            

Les affaires vont rondement qu'en 1911 alors que Vaillancourt meurt. Bien qu'elle attende son neuvième enfant, Diana décide de prendre l'entreprise en main. Elle sera appuyée par sa sœur Noéma, qui renonce à la vie religieuse pour la suivre. Elle laisse alors tomber la boulangerie pour ne conserver que la pâtisserie. Le commerce connaît dès lors un essor prodigieux.            

C’est sous sa gouverne qu’est né le célèbre gâteau May-West. En 1942, deux de ses fils reprennent la production du pain en fondant les Produits Diana Inc. en hommage à leur mère.            

Le commerce étant installé dans le centre industriel Saint Malo, les gâteaux Vaillancourt seront produits jusqu’en 1972 alors que Vachon en fait l’acquisition. Quant aux Produits Diana, ils seront englobés par la boulangerie Samson au début des années 1980. Les May-West (une autre femme) existent toujours, et ce, grâce à la détermination des sœurs Boilard.          

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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