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Joe Biden va creuser l’écart avec Bernie Sanders

Primaires démocrates du 10 mars dans six États

Joe Biden va creuser l’écart avec Bernie Sanders
AFP

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Ce mardi, des primaires ont lieu dans six États et Joe Biden devrait consolider son avance alors que Bernie Sanders verra ses chances s'effriter.  

Six États sont en jeu dans les primaires du parti démocrate le 10 mars, pour un total de 352 délégués élus: l’Idaho (20), le Michigan (125), le Mississippi (36), le Missouri (68), le Dakota du Nord (14) et l’État de Washington (89). Selon les indications disponibles, Joe Biden devrait s’arroger la part du lion de ces délégués et consolider son avance sur Bernie Sanders.    

Selon les dernières données disponibles (Associated Press), le compte actuel des délégués est de 664 pour Biden, 573 pour Sanders, 64 pour Elizabeth Warren, 61 pour Bloomberg et des miettes pour les autres. Comme les délégués sont attribués proportionnellement au vote dans chaque État, une avance de près de 100 délégués est très difficile à rattraper.   

Michigan: le test (ultime?) pour Sanders  

L’État à surveiller sera évidemment le Michigan, sur lequel Bernie Sanders a beaucoup misé ces jours derniers en y tenant plusieurs rallyes impressionnants. Sur papier, cet État à prédominance démocrate qui a basculé vers Trump en 2016 devrait être taillé sur mesure pour le sénateur du Vermont, qui courtise les ouvriers sévèrement touchés par la mondialisation et les délocalisations—les mêmes qui ont fait pencher la balance vers Donald Trump et ses promesses de protectionnisme en 2016.    

Entre autres appuis de taille, Sanders compte dans ses rangs le volubile cinéaste Michael Moore, originaire de Flint, une des villes les plus durement touchées par la désindustrialisation. Pour sa part, Joe Biden peut compter sur la gouverneure Gretchen Whitmer et plusieurs autres élus en vue du parti. En 2016, Sanders avait causé la surprise en l’emportant de justesse sur Hillary Clinton. Malgré la crainte du COVID-19, les assemblées de Sanders étaient bondées pendant la fin de semaine dans la région de Détroit, où l’électorat démocrate est très majoritairement afro-américain, même si ce groupe tend en général à appuyer Joe Biden. Sanders a aussi investi massivement en publicité télévisée, alors que la campagne de Biden est restée frugale à ce chapitre.    

Malgré tout, les sondages disponibles accordent une avance confortable à Joe Biden. Les deux coups de sonde postérieurs au Super Mardi donnent plus de 20 points d’avance à Biden dans l’État (Detroit Free Press, 4-6 mars: 51%/27%; Mitchell Research, 8 mars, 54%/33%). Les seuls sondages où Sanders a été en avance lors de la dernière année ont été ceux qui correspondaient au creux de la campagne de Biden et le pourcentage d’appui du sénateur du Vermont n’a jamais dépassé les 28%. Bref, il serait extraordinairement étonnant que le Michigan opte pour Sanders et Biden devrait y obtenir une majorité d’au moins une vingtaine de délégués.   

Résultats serrés dans l’Ouest, balayages pour Biden dans le Sud  

Dans les États de l’Ouest en jeu demain, Washington (89 délégués), Dakota du Nord (14) et Idaho (20), Bernie Sanders avait emporté des victoires convaincantes en 2016, avec plus des deux tiers des votes. Les sondages récents indiquent toutefois une égalité statistique entre les deux candidats dans l’État de Washington (voir ici) et aucune donnée n’est disponible dans les deux autres États. Au mieux, donc, Sanders pourrait espérer gagner une poignée de délégués sur Biden dans ces trois États.    

C’est au Mississippi et au Missouri que les choses vont se gâter pour Sanders. Au Mississippi, l’État qui compte la plus forte proportion d’Afro-Américains dans son électorat démocrate, le seul sondage récent disponible donne une avance colossale de 77% à 22% pour Joe Biden. Au Missouri, un État qui chevauche le Nord et le Sud, l’avance de Biden est de 62% à 32% (Data for Progress, 4-7 mars). Dans ces deux États, l’avance de Biden se creusera donc par une marge de 35 à 40 délégués.    

Somme toute, dans une atmosphère marquée par la crise du COVID-19 et la dégringolade des bourses, il ne serait pas étonnant de voir des résultats encore plus défavorables à Sanders, dont l’appel à la révolution n’a rien de rassurant pour les électeurs de la classe moyenne ou à revenus modestes qui forment la grande majorité de l’électorat démocrate. On lui préférera fort probablement la stabilité que représente l’ancien vice-président Biden.   

Un ralliement hâtif de Sanders?  

Le coup d’assommoir que pourrait recevoir Bernie Sanders demain suffira-t-il à le convaincre de lancer la serviette? C’est peu probable, car Sanders se sent investi d’une mission transformatrice et il est peu enclin à se laisser convaincre par les dirigeants d’un parti auquel il ne s’identifie pas. Si ses défaites dépassent nettement ses attentes, Sanders pourrait juger souhaitable de négocier un ralliement en échange de concessions sur son programme politique, mais ce ne serait pas vraiment dans l’intérêt de Biden, qui a déjà considérablement fléchi son propre programme vers la gauche en réponse aux pressions de Sanders et d’autres progressistes comme Elizabeth Warren.    

À moins d’un séisme imprévisible, il faut donc s’attendre à une course à la présidence entre Donald Trump et Joe Biden. Même si l’actuel président multiplie les tweets et les appels à l’électorat démocrate en faveur de Bernie Sanders, il est peu probable que ces appels soient efficaces. Une chose est sûre: une conclusion rapide de la course entre Biden et Sanders et un ralliement hâtif au meneur par tous les leaders d’opinion du parti ne peuvent qu’aider le but premier de tous les démocrates et de bien d’autres aux États-Unis et ailleurs: déloger Donald Trump de la Maison-Blanche.   

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM