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Expérience du Journal : un masque qui dérange dans les lieux publics

Pendant trois heures, les journalistes du Journal ont déambulé dans plusieurs lieux publics

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Notre Journaliste Magalie Lapointe attend le métro après avoir acheté un café dans un restaurant qui acceptait toujours les tasses réutilisables.

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Si le port de masques chirurgicaux et la crainte du coronavirus ne semblent pas causer d’inquiétude dans les rues de Montréal, l’expérience de journalistes du Journal montre un malaise face à l’inconnu.  

Visages masqués et mains gantées, nos deux journalistes ont parcouru samedi après-midi la ligne orange du métro et certains lieux publics du centre-ville de Montréal.        

Avec les trois cas confirmés et un probable au Québec, Le Journal a voulu vérifier si la peur du COVID-19 était aussi présente ici que ce que l’on voit dans certains pays beaucoup plus touchés par la maladie.        

Indifférence  

Le constat a été bien différent selon lequel de nos journalistes portait le masque de protection. Face à notre reporter d’origine asiatique, les gens ne semblaient pas en faire grand cas, n’hésitant pas à s’asseoir à côté de lui dans le métro.        

« Il a le coronavirus ! », a été le seul commentaire négatif entendu à la station de métro Berri-UQAM. Ce propos a été accueilli dans l’indifférence totale.        

Selon le psychologue Éric Bergeron lorsque « le signal de danger est trop évident », les gens préfèrent le nier.         

« Est-ce que les gens craignaient que leur réaction ait l’air d’une réaction raciste ? La question se pose », ajoute le Dr Bergeron.        

Peur  

À l’inverse, quand notre journaliste originaire de la Montérégie se trouvait dans la foule, les gens ne se gênaient pas pour la dévisager et passer des commentaires.        

« T’as tu vu ? Elle porte un masque », a lancé un homme en la regardant avec dédain, tandis que la personne qui l’accompagnait a ajouté qu’elle « doit être malade » sans plus préciser sa pensée.        

Au Palais des congrès, de nombreuses personnes l’ont dévisagée sans gêne. Les regards étaient directs, et plusieurs préféraient bifurquer pour la laisser passer. Dans le métro, un usager n’a pas voulu s’asseoir à côté d’elle, allant même jusqu’à changer de wagon.        

Ces réactions n’ont pas surpris le psychologue.        

« L’élément culturel joue probablement ici, à Montréal. Les Blancs ne portent pas de masque pour quoi que ce soit, s’ils en portent, c’est que c’est plus grave que lorsqu’une personne d’origine asiatique en porte, puisqu’elles en portent souvent pour protéger les autres », admet-il.        

Reste que les personnes plus anxieuses face aux maladies pourraient vouloir en faire plus pour leur sécurité, selon la psychologue Myra Gravel Crevier.        

« [Elles] pourraient tenter d’éviter le plus possible ce qu’elles relient au risque de contamination pour se sentir plus en contrôle dans une situation imprévisible », explique-t-elle.        

Le visage qui fait fuir  

Dès que j’ai enfilé mon masque, j’ai remarqué que les gens me dévisageaient. Née et habitant encore dans ma ville natale, Saint-Hyacinthe, je me suis toujours fondue dans la masse. Une grande brune aux yeux bruns n’a rien d’unique. Pour la première fois de ma vie, j’ai senti que je dérangeais.        

Les gens se tassaient, m’esquivaient. Ils me laissaient passer. Malgré le flot de personnes, ils n’hésitaient pas à me laisser toute la place. Que ce soit au Palais des congrès, dans les différentes stations de métro ou en plein cœur du centre-ville, tous ou presque m’observaient.        

Aucun passant ne m’a posé de questions. Par contre, leurs conversations cessaient dès qu’ils me croisaient. Avant notre expérience, je m’attendais à ce que mon collègue (asiatique) soit plus dévisagé que moi. Or, le constat a été l’inverse. Les gens étaient empathiques envers lui, méfiants avec moi. On me fuyait, littéralement.        

À croire qu’à Montréal, voir une Blanche se promener avec un masque fait craindre les passants.        

- Magalie Lapointe  

Le confort avant la crainte         

Michaël Nguyen
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Michaël Nguyen

Dans le métro, le masque médical attirait nettement l’attention. Les usagers me jetaient des regards, puis s’asseyaient à proximité de moi. Une femme a semblé hésiter, elle a rapidement regardé pour voir s’il y avait de la place ailleurs pour finalement s’asseoir à côté de moi, sans paraître inconfortable.        

J’ai tout de même noté que j’attirais beaucoup plus l’attention que lors de mes déplacements habituels dans le métro, sans masque de protection.        

Sur la rue Sainte-Catherine, la situation a été bien différente : personne ne faisait attention à moi, même lorsque je toussais.         

La seule personne qui m’a fixé était un autre asiatique qui portait un masque N95 : nous nous sommes lancé un regard approbateur avant de continuer notre chemin.        

Ma crainte de créer un malaise auprès des autres a vite disparu au Complexe Desjardins, où se déroulait une compétition de gymnastique. Les nombreux spectateurs étaient bien plus concentrés à admirer les prouesses des athlètes que de se soucier de moi, pourtant la seule personne à porter un masque médical parmi la foule somme toute nombreuse.         

Plus encore, une femme, en remarquant que ma place ne donnait pas une bonne vue, a demandé à l’enfant qui l’accompagnait de se coller à elle afin de me faire de la place à ses côtés et me permettre ainsi de mieux admirer le spectacle.        

Le confort et la courtoisie passent loin devant la méfiance et la crainte du COVID-19, semble-t-il.        

- Michaël Nguyen  


NOTRE DÉMARCHE  

Cette expérience, loin d’être scientifique, était avant tout une façon de prendre le pouls de la population face à l’inquiétude grandissante devant l’épidémie. Moins ancrée dans nos pratiques, l’utilisation du masque est très répandue en Asie pour limiter la propagation des maladies. Avec le nombre grandissant de citoyens qui cherchent à se protéger, force est de constater que nous devrons nous y habituer.    

Les Canadiens à bord du navire rapatriés  

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Photo AFP

Les Canadiens coincés à bord du navire de croisière Grand Princess, en quarantaine au large de la côte ouest des États-Unis en raison du coronavirus, seront rapatriés au pays à l’aide d’un avion nolisé.       

Pas moins de 253 Canadiens se trouvent à bord du bateau, qui transporte quelque 3500 passagers et membres d’équipage. En date de jeudi, 21 personnes à bord avaient contracté le COVID-19.       

« La décision de rapatrier les Canadiens qui se trouvent à bord du Grand Princess fait suite à une demande d’aide du gouvernement des États-Unis, et nous reconnaissons l’importance de collaborer étroitement ensemble pour limiter la propagation du COVID-19 », a expliqué par communiqué le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, dimanche.       

Par ailleurs, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a conseillé aux croisiéristes canadiens « d’y repenser à deux fois » avant d’embarquer sur un navire de croisière.       

Quelques recommandations   

  • Se laver les mains souvent à l’eau tiède courante et au savon pendant au moins 20 secondes.         
  •  Se couvrir la bouche et le nez avec l’intérieur du coude ou un mouchoir lorsque l’on tousse ou éternue.         
  • Éviter de rendre visite aux personnes dans les hôpitaux ou les centres d’hébergement de soins de longue durée dans les 14 jours suivant le retour d’un pays étranger ou si l’on est malade.         
  • Éviter le contact direct pour les salutations, comme les poignées de main, et privilégier l’usage de pratiques alternatives.              

Un faux sentiment de sécurité        

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Photo AFP

Porter un masque pour éviter d’être contaminé par le coronavirus est loin d’être une solution miracle, selon un expert. Cliquez ici pour lire la suite.  

Les craintes s’amplifient  

Munie d’un masque de protection, la représentante du <em>Journal</em> s’est rendue dans une boutique spécialisée dans les soins pour les ongles de Québec. Les étalages de masques sont vides dans pratiquement tous les commerces de Québec.
Photos Arnaud Koenig-Soutière
Munie d’un masque de protection, la représentante du Journal s’est rendue dans une boutique spécialisée dans les soins pour les ongles de Québec. Les étalages de masques sont vides dans pratiquement tous les commerces de Québec.

Les craintes et les répercussions de l’épidémie du coronavirus passent à un autre niveau à Québec. Le nombre grandissant d’étalages vides met de la pression sur des commerces dont les affaires risquent d’être plombées pendant plusieurs mois. Cliquez ici pour lire la suite.  

Des inquiétudes alimentées par la crise en Italie  

Des clients à la sortie d'une épicerie à Milan en Italie.
Photo AFP
Des clients à la sortie d'une épicerie à Milan en Italie.

Les importantes précautions prises par les pays moins touchés par l’épidémie, comme le Canada, sont de moins en moins mises en doute avec le cas alarmant de l’Italie, dont le quart de la population est placé en quarantaine. Cliquez ici pour lire la suite.