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Donald Trump le patient qui ne voulait pas savoir

Donald Trump le patient qui ne voulait pas savoir
AFP

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Nous souhaitons tous éviter le pire avec la propagation du virus, d’abord pour éviter un nombre accru de décès et de souffrance, mais aussi pour ne pas déstabiliser encore plus une économie qui s’essouffle.  

L’administration Trump est confrontée à un autre test majeur, peut-être le plus important de tout ce mandat. N’importe quel président serait ébranlé en s’attaquant à une situation qui peut dégénérer rapidement sur plusieurs fronts. Comme Canadiens ou Québécois, nous ne pouvons que souhaiter que nos voisins trouvent rapidement des solutions à court, mais aussi à long terme. Nous aurions beaucoup à perdre d’une débandade américaine.       

Si Donald Trump n’est responsable ni du virus ni des problèmes structurels de l’économie américaine, il est jusqu’à maintenant rattrapé par une vision à très court terme. Je me doute bien que les partisans du président qui consultent régulièrement ce blogue avanceront une fois de plus que je ne pardonne rien à l’actuel président, mais je souhaite malgré tout étayer un peu plus mon affirmation.       

Évitons tout d’abord d’être sensationnalistes. Rien ne permet pour l’instant d’affirmer qu’une récession guette les États-Unis. Mais si on considère les prévisions les moins optimistes, un ralentissement guette notre voisin et met en relief les points faibles de la situation économique actuelle.        

L’administration Trump connaît les indicateurs économiques moins favorables, mais elle se comporte depuis trois ans comme le patient qui refuse que son médecin lui présente la totalité de son dossier médical. Pourtant, être informé de son état pour mieux choisir les traitements devrait être un incontournable. Nier les symptômes et la sévérité de la situation n’empêchera pas le mal de progresser. Aussi bien se faire une raison et affronter la réalité.       

Malgré l’optimisme dont fait preuve Donald Trump, la croissance économique a ralenti sensiblement depuis deux ans et les dépenses ont augmenté. Si le président aime bien pointer aussi dans la direction de la création d’emploi, il n’ignore pas que la très grande majorité de ces emplois sont très précaires et peu payants. Au moins 44% des travailleurs américains parviennent à peine à boucler le budget en occupant qu’un seul emploi. Vous imaginez sans peine qu’un ralentissement ou une crise frapperait tous ces gens durement.       

Le président a annoncé qu’il comptait collaborer avec le Congrès pour offrir une aide financière aux travailleurs américains. Il faudra voir en quoi consiste cette aide et pour combien de temps elle constituerait une solution. Ce coup de pouce serait-il suffisant? Il faut espérer que oui, mais ce ne serait de toute manière que temporaire et fort probablement insuffisant.       

Non seulement bien des ménages américains parviennent tout juste à survivre, mais les entreprises américaines sont endettées plus qu’elles ne le devraient. Des citoyens endettés, des entreprises endettées et une dette publique qui augmente. Sans être un économiste, on peut au moins avancer que le portrait n’est pas rose et qu’on serait pessimiste pour moins. Et ça, avant même que la menace de la COVID-19 ne plane (oui, il faut dire LA maintenant).       

Les experts dont les projections sont les plus sombres envisagent déjà une crise pire que ce que le pays a traversé en 2008 tout juste avant l’élection de Barack Obama. Pourquoi? Parce que la crise de 2008 émanait des services financiers et des assureurs. Les administrations Bush jr et Obama ont évité le pire en injectant des sommes considérables pour sortir Wall Street du pétrin. Cette fois, les racines des problèmes sont plus nombreuses et l’action du gouvernement ne pourra être aussi ciblée.       

Un article publié ce matin sur le site Axios pointe aussi en direction de la marge de manœuvre restreinte de la Réserve fédérale. Après une intervention la semaine dernière et peut-être une autre d’ici la fin de la semaine, la Fed, sur laquelle Trump exerce de grandes pressions, pourrait bien se retrouver à court de munitions. L’ancien vice-président de la Bourse de New York George Ugueux croit d’ailleurs qu’on se dirige tout droit vers une récession.       

Comme je l’affirmais au départ, il serait particulièrement malhonnête d’imputer la totalité des problèmes au président Trump, mais en le voyant se comporter comme il le fait depuis le début de sa présidence, il fallait bien s’attendre à ce que la réalité le rattrape.        

Peut-on espérer du président américain qu’il reconnaisse les problèmes existants et qu’il joue franc-jeu? Peut-on espérer qu’il donne l’heure juste sur la propagation de la COVID-19 en s’assurant que seuls les experts de la santé publique soient entendus? Jusqu’à maintenant, la stratégie relève plus de la pensée magique que d’un plan d’intervention solide.       

J’imagine sans peine qu’un scénario de ralentissement économique et la menace d’une épidémie ne constituent pas de bonnes nouvelles quand on vise la réélection, mais toutes les fake news du monde ne vont rien changer aux faits. Aussi bien tirer le meilleur parti de l’aventure et démontrer que lorsque la situation l’exige, le président peut laisser le cirque de côté pour offrir une réponse responsable.        

Le président qui aime bien répéter «America First» devrait donner l’exemple et faire passer le pays avant ses querelles politiques ou son image personnelle.