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Dossier Gallese: le Service correctionnel du Canada écorché par un expert

Un criminologue affirme que le service a agi en proxénète en permettant à Eustachio Gallese de visiter les salons de massage

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Photo courtoisie, SPVQ Eustachio Gallese

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Le Service correctionnel du Canada est sévèrement blâmé pour sa gestion du cas Eustachio Gallese par un expert en criminologie qui estime notamment que l’organisme «s’est placé en position de proxénète» en le laissant solliciter des travailleuses du sexe.  

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Philippe Bensimon a été très critique du travail du Service correctionnel canadien (SCC) lors de son passage devant les parlementaires du Comité permanent de la sécurité publique jeudi matin. 

Professeur en criminologie et lui-même ancien agent de libération conditionnelle, l’expert a critiqué la stratégie permettant à Gallese de visiter des salons de massage. Rappelant l’enquête ouverte par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) à ce sujet, il a évoqué le caractère illégal de la pratique. C’est ce qui avait permis au meurtrier de rencontrer sa victime, Marylène Levesque, qu’il a tuée le 22 janvier dernier. 

Philippe Bensimon
Capture d'écran
Philippe Bensimon

«Autoriser un cas lourd puisque déjà condamné pour meurtre à solliciter à plusieurs reprises des services de nature sexuelle constitue un acte criminel [...] Ce faisant, le Service correctionnel du Canada s’est placé en position de proxénète en l’autorisant à fréquenter un salon de massage», a insisté M. Bensimon.  

«Un cas Gallese par année» 

Incisif dans ses réflexions, le criminologue a déploré la position adoptée par le SCC et la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) lors de leur passage devant le même comité mardi. 

Les dirigeants des deux organismes avaient à ce moment soulevé le caractère rarissime des récidives violentes de détenus en liberté conditionnelle ou en semi-liberté, soulevant le chiffre de 99,9% de réussite du processus. Une réponse que M. Bensimon qualifie de «propagande». 

«Je peux vous dire que des cas de meurtres au Canada perpétrés par des détenus élargis dans la communauté, c’est environ huit par an. [...] Sur ces huit en moyenne par an, environ dix sur une dizaine d’années avaient déjà commis un meurtre», a lancé le chercheur, ajoutant que de tels chiffres voulaient donc dire «un cas Gallese par année». 

L’expert déplore aussi que les dirigeants aient blâmé l’agente de libération conditionnelle plutôt que de prendre la responsabilité de la dérive. 

«Chaque fois qu’il y a un incident au service correctionnel, on tape vers le bas au lieu de regarder en haut», critique Philippe Bensimon. «Un rapport a plusieurs signatures. Il y a l’agent, un contrôle de qualité par son supérieur immédiat, ça fait partie d’une équipe de gestion de cas. [...] Je regrette que son nom soit sorti dans les journaux, il y a une enquête en cours et on a déjà décidé le coupable.»  

Maison de transition inappropriée 

L’expert a aussi critiqué la décision de placer Eustachio Gallese et d’autres détenus de crimes graves dans des maisons de transition plutôt que dans des centres correctionnels communautaires. Selon lui, les mesures de contrôles y seraient plus appropriées pour ces criminels qui retrouvent le monde extérieur après «10, 15, 20 ou 30 ans». 

«Le détenu n’est pas contrôlé de la même façon en [maison de transition]. N’y envoyez pas des perpétuités, des détenus qui ont fait 20, 30 ans, c’est du suicide, le loup dans la bergerie. [...] En CRC [maison de transition], le gars, il sera en Floride. Ça ne marche pas», assure le criminologue qui réclame aussi plus d’agents de libération conditionnelle pour mieux suivre les dossiers.  

«Ça en prendrait deux fois plus en milieu carcéral et quatre fois plus dans la communauté» . 

La proximité d’un témoin avec les conservateurs critiquée 

Autre témoin appelé devant le comité permanent jeudi matin, l’ancien commissaire Dave Blackburn a réitéré sa position sur la nomination des nouveaux commissaires aux libérations conditionnelles. Le professeur au département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais blâme depuis le début de cette affaire la gestion du gouvernement Trudeau des nominations.

L’ancien commissaire et ancien candidat conservateur a toutefois été écorché par les députés libéraux présents jeudi. Joël Lightbound a notamment soulevé ses liens de proximité avec le parti conservateur, M. Blackburn agissant actuellement comme président de campagne en Outaouais pour le candidat à la chefferie Peter McKay. 

«Il faut savoir que le témoignage de M. Blackburn me semblait teinté de partisanerie et il est important de savoir d’où il vient», a soulevé M. Lightbound. 

La directrice générale de la Société John Howard du Canada, Catherine Lattimer, était aussi présente jeudi.