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La prison intérieure

La prison intérieure
AFP

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Mercredi, les crimes sexuels commis à répétition par l’ex-producteur américain déchu, Harvey Weinstein, l’ont finalement rattrapé. Au terme d’un procès historique, le juge James Burke l’a condamné à 23 ans d’emprisonnement. Une peine tout aussi historique.

À 67 ans, c’est une véritable sentence à vie. Prédateur en série, Weinstein ira en appel. Un nouveau procès pour deux autres agressions sexuelles distinctes l’attend aussi. Malgré cet appel, l’important est que rien ne saura effacer l’indéniable puissance du message porté par ces 23 ans de prison.

Clair et précis, il dit qu’agresser une femme est un crime méritant enfin d’être pleinement puni. Pour l’avenir, incluant dans nos propres tribunaux, les juges seraient sages d’en prendre acte. Les crimes sexuels sont trop peu réprimés. Il faut que ça change.

Les dommages causés par ces crimes sont pourtant documentés depuis longtemps. Les Silence Breakers – les 25 femmes qui ont dénoncé Weinstein avec courage et détermination, l’ont toutes dit. Ces agressions les ont marquées à vie. Profondément. 

Indécence

Chaque agression vole quelque chose d’essentiel à la victime, qui qu’elle soit. Elle lui prend son intégrité physique et psychologique. Elle la prive pour la vie de tout sentiment de sécurité. Elle en précipite plusieurs en stress post-traumatique, une condition dont les séquelles nombreuses peuvent aussi nécessiter de longues interventions par médicaments et thérapie.  

S’il est vrai que Weinstein croupira en prison pour un sacré temps, le fait est que chaque victime est condamnée d’office par son agresseur à la prison intérieure. D’où l’énormité du travail de reconstruction qui attend chacune d’entre elles.

Après avoir reçu sa sentence, Weinstein a néanmoins poussé l’indécence jusqu’à refuser de s’en excuser auprès d’elles. Dans un discours erratique, il a parlé des «vérités différentes» séparant, selon lui, les accusations de ses victimes par opposé à ses propres dénégations. 

Se voyant de toute évidence comme l’unique vraie victime, autant au procès que face au mouvement #metoo, Weinstein, tout en disant éprouver des «remords» pour elles, est allé jusqu’à exprimer ses «remords» pour «tous les hommes qui doivent passer à travers cette crise».

Inquiétant

À elle seule, cette déclaration est formidablement révélatrice. À ses yeux, les agresseurs seraient eux aussi des «victimes». Plus particulièrement encore, à l’ère du #metoo. Trompeur, ce discours victimaire de la part d’un agresseur, on l’entend aussi souvent chez les hommes qui frappent leur conjointe ou ex-conjointe. 

Les violences sexuelles et conjugales, y compris verbales, ont en effet beaucoup en commun. Leur mécanique de base est similaire. L’homme violent cherche à exercer un pouvoir et un contrôle total sur sa victime. D’où l’incapacité de plusieurs, même une fois accusés ou mis sous arrêt, de voir l’ampleur du mal qu’ils ont fait. 

En cela, l’affirmation de Weinstein est d’une candeur presque bénéfique. Trop rares sont les hommes qui, parmi la minorité d’entre eux capables de violence contre les femmes, finissent par reconnaître leur propre responsabilité de même que l’ampleur des effets nocifs de leur violence.

Sans cette double reconnaissance, aucune réhabilitation digne de ce nom n’est évidemment possible. C’est bien là, le plus inquiétant.