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Stupidité sociale et coronavirus: le cas américain

Rush Limbaugh
AFP Rush Limbaugh

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Le déni et la désinformation sur les risques du coronavirus prolifèrent dans les médias qui ont la cote auprès des Américains les moins éduqués et les moins dégourdis, parmi lesquels les partisans de Trump sont fortement représentés.  

L’animateur de radio de la droite «idiote» Rush Limbaugh affirme dans son émission: «Il semble que le coronavirus soit en train d'être transformé en arme pour faire tomber Donald Trump.» Il ajoute: «Maintenant, je veux vous dire la vérité. Le coronavirus, ce n'est pas plus grave que le rhume.» Il suggère aussi que la pandémie est un complot des Chinois pour anéantir l'économie américaine à l’aide d’une arme biologique.    

D'autres personnalités conservatrices, dont le sénateur républicain Tom Cotton, reprennent aussi la théorie du complot chinois.    

Des responsables du Pentagone ont pourtant déclaré que des théories du complot concernant le coronavirus, y compris son origine présumée comme arme biologique, faisaient partie d’une campagne de désinformation russe. J’en ai parlé dans un blogue récent.     

Les journalistes Jeremy W. Peters et Michael M. Grynbaum du New York Times écrivent que la crise du coronavirus est une nouvelle illustration du fait que la vie quotidienne, aux États-Unis, est maintenant saturée de fausses nouvelles, de réalités déformées et de vérités dérangeantes balayées du revers de la main.     

La stupidité sociale et politique qui ravage actuellement les États-Unis est une menace comme le coronavirus. Qu’est-ce que la stupidité sociale et politique? Le rédacteur en chef du History News Network, Rick Shenkman, constate que des millions d’Américains sont mal informés et, surtout, qu’ils s’en fichent éperdument lorsque cela contrarie leurs convictions profondes et leur tranquillité d’esprit.     

L’expression stupidité sociale et politique vient à l’esprit lorsqu’on apprend qu’un sondage récent révèle qu'environ 80% des républicains et 60% des démocrates ne pensent pas que le coronavirus pose une menace imminente. Trump, ses alliés dans les médias et une partie significative des Américains soupçonnent que l’actuelle crise de santé publique mondiale est une nouvelle opération du «Deep state» des démocrates et des Chinois pour déstabiliser son administration.    

Le commentateur d’extrême droite et ami de Trump Sean Hannity, de Fox News, a déclaré que le coronavirus était peut-être une fraude du «Deep State» pour semer la panique dans la population, et nuire à l'économie et encourager la dissidence anti-Trump.      

Le coronavirus présente pourtant un danger bien réel pour les téléspectateurs de Fox News et les auditeurs des charlatans radiophoniques comme Rush Limbaugh. Ils sont plus âgés que la moyenne et les vieux courent un risque plus élevé de complications graves s’ils le contractent. Comme ils votent aussi républicains, ça dévasterait l’électorat de Trump pour les prochaines présidentielles.     

Ironie du sort, dans le cas du coronavirus, la stupidité sociale des Américains conservateurs se retourne contre eux. Un participant à la Conservative Political Action Conference à Washington, où se trouvaient de nombreux élus républicains, s'est déclaré infecté par le coronavirus. Dans les coulisses de la conférence, il avait serré la main à plusieurs politiciens et conférenciers.     

Le président de la CPAC, Matt Schlapp, s'est séquestré chez lui parce qu'il a serré la main du participant infecté. Il venait de s’en prendre aux médias sur Fox News, les accusant d’exagérer la menace du coronavirus dont la contagiosité, disait-il, était très faible. Deux politiciens républicains, le sénateur Ted Cruz du Texas et le représentant Paul Gosar d’Arizona, aussi présents à la conférence, se sont également immédiatement mis en quarantaine.     

Trump et ses amis disent tout et n’importe quoi sur le coronavirus parce qu’ils s’inquiètent des conséquences politiques de la pandémie. Un sondage Quinnipiac montre que la cote d'approbation de Trump a chuté à 41%, alors que la crise du coronavirus s'aggrave. 43% approuvent la réponse du président à l’épidémie dont ils minimisent le danger.