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Très exigeant de traiter les malades du coronavirus

Un médecin au chevet de patients infectés exhorte la population à écouter la santé publique

Dr Michel de Marchie
Photo Pierre-Paul Poulin Le Dr Michel de Marchie, intensiviste à l’Hôpital général juif de Montréal, s’occupe des deux patients atteints de coronavirus. Ils sont actuellement traités aux soins intensifs en raison d’une importante insuffisance respiratoire.

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Les deux patients infectés à la COVID-19 qui sont hospitalisés à l’Hôpital général juif de Montréal requièrent des soins « 100 fois » plus importants, témoigne un médecin à leur chevet, qui s’inquiète de l’impact d’une probable hausse de cas sur le réseau de la santé.   

« Ça demande des soins qui doivent être délicats, accrus, avec des précautions phénoménales. Les ressources qu’on doit mobiliser pour les soins des patients, c’est de l’ordre de grandeur de 100 fois ce qu’on fait habituellement », souligne le Dr Michel de Marchie, intensiviste à leur chevet.       

Hier, deux patients atteints du coronavirus étaient hospitalisés à l’Hôpital général juif de Montréal, préparé à recevoir ces cas. Les deux hommes, dont l’identité est protégée, sont traités aux soins intensifs en raison d’une insuffisance respiratoire, indique Michel de Marchie.       

Ainsi, ils font partie des 15 % de patients qui ont développé la forme sévère de la maladie et qui nécessitent des soins hospitaliers.       

« L’infection produit une réaction inflammatoire au niveau du poumon, et ils entrent en insuffisance respiratoire. Ils ont besoin d’une assistance ventilatoire. Les deux sont stables, mais ont besoin de support », dit celui qui pratique depuis 40 ans.       

Sous sédation  

« Anxieux », les hommes sont sous sédation. Questionné sur la particularité du coronavirus, le Dr de Marchie insiste sur les soins exceptionnels liés à cette infection.       

« On en a deux [cas]. On va espérer qu’on n’en aura pas d’autres, avoue-t-il. Imaginez les ressources en personnel et en matériel, ça risque d’être astronomique. »       

En plus d’une infirmière par patient, un deuxième employé est affecté au matériel nécessaire (blouses, masques, etc.). De plus, la situation génère un stress additionnel « non négligeable » sur les employés, qui font tout pour bien se protéger.       

« Ça demande des ressources à tous les points de vue », note-t-il.        

Pour le moment, impossible de prédire la durée d’hospitalisation de ces deux patients, puisque l’évolution de la maladie est « imprévisible ».       

« Mais, on parle plus de semaines que de jours », croit-il.       

Répondre à la demande  

Si jamais le nombre de cas augmente rapidement au Québec, le Dr de Marchie croit que le réseau de la santé aura du mal à répondre à la demande.       

Par exemple, les hôpitaux pourraient être contraints d’annuler des chirurgies, faute de ressources.      

« On serait obligé de faire des choix difficiles, cède-t-il. Ça pourrait avoir des implications phénoménales.        

« On n’en est pas là, mais si jamais l’infection continue à augmenter, on va se retrouver dans les mêmes draps qu’en Italie. »       

Pour toutes ces raisons, le spécialiste exhorte la population à suivre les recommandations de la santé publique.        

« On ne peut pas lésiner là-dessus, insiste-t-il. C’est une responsabilité civile, sociale, morale. [...] Si vous transmettez le virus à une personne âgée ou frêle, ça peut avoir des conséquences pour la vie de la personne. Éthiquement, c’est inacceptable. »     

ÉTAT DES DEUX PATIENTS HOSPITALISÉS À MONTRÉAL   

Ayant besoin d’aide respiratoire, les deux patients hospitalisés pour le coronavirus à l’Hôpital général juif de Montréal sont isolés aux soins intensifs plutôt que dans une chambre dédiée aux cas d’épidémie telle que celle sur cette photo.
Photo Pierre-Paul Poulin
Ayant besoin d’aide respiratoire, les deux patients hospitalisés pour le coronavirus à l’Hôpital général juif de Montréal sont isolés aux soins intensifs plutôt que dans une chambre dédiée aux cas d’épidémie telle que celle sur cette photo.

Il s’agit de deux hommes en « relativement bonne santé » avant d’être infectés par la COVID-19.     

Ils sont traités aux soins intensifs de l’Hôpital général juif.      

Ils revenaient tous deux de voyages à l’extérieur du pays.     

Ils présentent une insuffisance respiratoirequi nécessite une assistance ventilatoire.     

La durée de leur hospitalisation est inconnue.     

Un d’eux a été intubé à son arrivée, la fin de semaine dernière.     

L’autre a été intubé dans un autre hôpital, puis transféré.     

Ils sont sous sédation.       

- À noter que l’identité des patients atteints de coronavirus est confidentielle.   

Il faut surtout éviter de submerger le réseau de la santé  

L’Italie est en quarantaine jusqu’au 3 avril prochain, en raison du coronavirus.
Photo AFP
L’Italie est en quarantaine jusqu’au 3 avril prochain, en raison du coronavirus.

Les hôpitaux italiens sont complètement débordés par la montée fulgurante du nombre de cas de coronavirus. Un scénario que les médecins du Québec veulent absolument éviter.      

« Ce qui est vraiment dangereux, c’est que tout le monde tombe malade en même temps, dit le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec. Ce serait une catastrophe. [...] On voit nos urgences qui sont pleines. »      

L’Italie compte plus de 15 000 cas de coronavirus, et plus de 1000 morts, selon l’Université Johns Hopkins, aux États-Unis. C’est le deuxième pays le plus touché, après la Chine.      

Des choix éthiques   

Devant le manque de ressources, l’association des anesthésistes italiens recommandait, samedi dernier, de soigner en priorité les patients « avec une plus grande espérance de vie ». Les employés devront faire des choix éthiques, plutôt que cliniques.      

Les écoles et tous les sites publics ont été fermés, à l’exception des commerces d’alimentation et de santé.